Le 17 juin 2026, l'Ordre national des pharmaciens a présenté son panorama 2025 de la démographie pharmaceutique : pour la première fois, le parc officinal national passe sous le seuil des 20 000 unités, à 19 990 officines. Ce chiffre rond concentre dix ans de contraction lente. Mais le réseau ne s'effondre pas, il se restructure. Et le risque qui pèse sur les titulaires en 2027 n'est pas celui que la profession surveille le plus.
Le chiffre, et sa vraie place dans dix ans de tendance
Le parc officinal recule de 20 242 à 19 990 officines en 2025, soit 252 de moins sur l'année, environ -1,3 % (ONP, panorama 2025). Il faut éviter ici le piège de lecture le plus courant : une tendance décennale n'est pas un rythme annuel, et confondre les deux revient à multiplier la réalité par plusieurs années.
Replacée dans le temps long, l'érosion est nette mais progressive. 23 162 officines en 2006, 19 990 aujourd'hui : le réseau a perdu près de 14 % de son parc en deux décennies. Surtout, le rythme s'est accéléré : d'environ 95 fermetures par an entre 2007 et 2014, on est passé à environ 211 par an depuis 2015 (Cour des comptes, 2025). Et les ouvertures ne compensent quasiment plus les disparitions. Pour mémoire, l'Ordre recensait déjà quelque 260 fermetures dans l'Hexagone sur l'exercice précédent. Ce n'est pas un effondrement soudain, c'est une contraction continue.
La densité que ressent vraiment le patient au comptoir
Le nombre brut d'officines ne dit pas grand-chose ; la densité, si. Avec environ 30 officines pour 100 000 habitants, la France se situe autour de la moyenne de l'OCDE, qui est de 29, et en deçà de la moyenne de l'Union européenne (OCDE, Panorama de la santé 2025). Le maillage français n'est donc pas exceptionnellement dense : sa vraie force tient à sa répartition, pas à son nombre.
Mais cette densité recule, et les fermetures se concentrent là où le tissu est déjà fragile. La Cour des comptes note que les fermetures en bourgs ruraux ont quintuplé entre 2015-2019 et 2019-2021. Historiquement, la Bretagne, les Pays de la Loire et le Centre-Val de Loire figurent parmi les régions les plus touchées, avec un recul de l'ordre de 11 % sur une décennie. Le réseau ne disparaît pas, il se distend, souvent au moment précis où le dernier médecin généraliste s'en va.
Pourquoi elles ferment : le moteur économique documenté
Les fermetures ne sont pas un accident statistique : elles épousent une dégradation économique précisément documentée. Le rapport conjoint de l'Inspection générale des affaires sociales (IGAS) et de l'Inspection générale des finances (IGF), rendu public le 7 mai 2026, en donne la mesure. En dix ans, l'excédent brut d'exploitation (EBE) médian a reculé d'environ 11 % et la rentabilité a perdu trois points.
La pression vient surtout des charges. Sur un panel de 1 905 officines représentant environ 10 % du réseau, la hausse de la masse salariale a absorbé à elle seule plus de la moitié de la progression de la marge brute en 2025 (CGP/Extencia, 2026). La courbe démographique épouse la courbe économique : comme le souligne le rapport, les fermetures sèches touchent d'abord les zones rurales et les officines aux chiffres d'affaires les plus faibles, là où la rentabilité ne suit plus.
La photo cachée : moins de titulaires, plus d'adjoints, des structures qui changent
Derrière le nombre d'officines, la profession se recompose. Le nombre de titulaires recule à 23 947 en 2025, soit -1,3 % sur un an et de l'ordre de -11 % sur dix ans. À l'inverse, les adjoints progressent, à plus de 30 000 inscrits, en hausse de 2,6 % sur l'année. Au total, la profession compte 75 731 pharmaciens inscrits à l'Ordre en 2025, en hausse de 3,2 % sur dix ans.
Et elle ne vieillit pas autant qu'on le croit. Si les pharmaciens de 66 ans et plus sont passés de 3,2 % des inscrits en 2015 à 6,2 % en 2025, les nouveaux entrants restent nombreux : on dénombre 3 044 primo-inscrits en 2025, en progression de 4 %, dont 8,1 % formés à l'étranger et une large majorité qui exerce dans sa région d'études. Ce qui change le plus, c'est le mode d'exercice : plus des trois quarts des officines sont désormais exploitées en société d'exercice libéral, et la part de pharmaciens salariés et intérimaires progresse. Moins de propriétaires installés seuls, plus de structures sociétales et de regroupements. Le réseau ne disparaît pas, il se restructure.
| Indicateur | 2025 | Évolution |
|---|---|---|
| Officines | 19 990 | -1,3 % sur un an |
| Pharmaciens titulaires d'officine | 23 947 | -1,3 % sur un an, environ -11 % sur dix ans |
| Pharmaciens adjoints (section D) | plus de 30 000 | +2,6 % sur un an |
| Total pharmaciens inscrits à l'Ordre | 75 731 | +3,2 % sur dix ans |
| Primo-inscrits | 3 044 | +4 % sur un an |
| Source : Ordre national des pharmaciens, panorama de la démographie pharmaceutique 2025, présenté le 17 juin 2026. | ||
Le rapport recommande de « décorréler totalement » la rémunération des officines des prix et des volumes des médicaments.
2027 : le vrai risque n'est pas le plafond des remises
Beaucoup de titulaires surveillent le plafond des remises sur les génériques. Sur ce point, la nouvelle est rassurante : il est sécurisé à 40 % du prix fabricant hors taxes, inscrit dans la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026. Ce n'est pas là que se joue le risque à court terme.
La direction tracée par le rapport IGAS-IGF est ailleurs : décorréler totalement la rémunération des volumes, en remplaçant le système des remises par des mécanismes de type appels d'offres ou centrales d'achat. C'est cette réforme structurelle qui menace une part significative du revenu officinal. L'Union des syndicats de pharmaciens d'officine (USPO) a d'ailleurs émis de sérieuses réserves sur ces mécanismes, qu'elle juge porteurs d'un risque de déstabilisation supplémentaire du réseau.
Le levier de compensation est nommé dans le rapport lui-même : les nouvelles missions et les honoraires conventionnels. L'avenant 2 à la convention, publié au Journal officiel du 21 mai 2026, en pose les premières pierres : il prépare la généralisation d'OSyS, un accompagnement des patients diabétiques de type 2 et l'entrée de la mesure de la pression artérielle dans les compétences officinales, et il crée une aide pouvant atteindre 20 000 euros par an pour les dernières officines des communes réalisant moins d'un million d'euros de chiffre d'affaires. En 2025, environ 200 officines avaient bénéficié de ce dispositif d'aide, pour un objectif initial proche de 1 000. La compensation existe donc, mais elle reste largement à déployer.
Ce que vous devez faire, et dans quel ordre
Action 1 : Calculer votre exposition réelle aux remises génériques
Le plafond à 40 % est sécurisé par la loi, mais le rapport IGAS-IGF annonce une réforme structurelle du modèle de rémunération à horizon 2027. La priorité immédiate : mesurer la part exacte des remises dans votre EBE réel, et estimer quel pourcentage de votre résultat disparaîtrait si ce levier était réduit. PharmaPex calcule ce score d'exposition en quelques minutes à partir de vos données réelles.
Action 2 : Cartographier votre gisement de missions non déployées
L'avenant 2 prépare de nouvelles missions rémunérées (OSyS, diabète de type 2, prévention cardiovasculaire). Identifiez celles pour lesquelles votre officine est éligible mais non engagée, et estimez leur impact annuel potentiel selon votre patientèle. Le taux de déploiement reste très inégal d'une officine à l'autre : l'avance est encore à prendre.
Action 3 : Suivre votre rentabilité comme un indicateur permanent
La bascule du volume vers l'acte n'est pas un projet ponctuel, c'est une tendance qui court sur plusieurs exercices. Suivez chaque trimestre l'évolution de votre EBE rapporté au chiffre d'affaires, comparez-la au repère que vous donne votre expert-comptable, et agissez sur les charges, les missions ou la structure si la courbe recule deux trimestres de suite, avant que la situation ne devienne contrainte.
Quelle part de votre marge dépend encore des remises et des volumes ?
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