Dimanche 5 juillet, pendant que la France avait les yeux sur les quarts de finale, quelque chose d'important pour l'avenir de nos officines s'est joué à Dijon, dans l'assemblée générale du 62e congrès de l'Association nationale des étudiants en pharmacie de France. L'ANEPF y a élu, à l'unanimité, son nouveau bureau national pour le mandat 2026-2027 : Matthéo De Faria à la présidence, entouré de 21 étudiants venus de 14 villes universitaires. On pourrait classer l'information au rayon des brèves corporatives de l'été. Ce serait passer à côté de ce qu'elle raconte : le portrait d'une génération organisée, méthodique, qui produit de la donnée avant de revendiquer, et qui affiche parmi ses quatre priorités une ambition que bien des organisations installées n'osent pas formuler, porter la voix des étudiants en pharmacie dans le débat présidentiel. Chez PharmaPex, nous passons l'essentiel de notre temps sur les dossiers qui fâchent, l'économie officinale, les remises, les fermetures. Aujourd'hui, place à une excellente nouvelle : la relève existe, elle est ambitieuse, et elle arrive dans une profession qui a besoin d'elle comme rarement. Reste une question, et elle nous concerne tous, titulaires : serons-nous à la hauteur de notre relève ?

Ce que dit l'élection du 5 juillet

Les faits d'abord. Le nouveau bureau, élu à l'unanimité, succède à l'équipe conduite par Noémie Chantrel-Richard, dont le mandat 2025-2026 avait notamment porté sur le bien-être étudiant et l'attractivité des études. La nouvelle équipe affiche quatre priorités : promouvoir les études de pharmacie, défendre les conditions de vie des étudiants, accompagner les réformes de la formation, et porter la voix des étudiants dans le débat présidentiel. Sa composition dit l'étendue du spectre couvert : enseignement supérieur, santé publique, affaires hospitalières, industrie, mobilités internationales, transition écologique. Rappelons ce qu'est l'ANEPF : fondée en 1968, asyndicale et indépendante politiquement, elle fédère les associations des 24 facultés de pharmacie et représente les 33 000 étudiants en pharmacie de France. C'est l'interlocuteur étudiant des pouvoirs publics sur toutes les réformes qui dessinent la profession de demain, et donc, très concrètement, celle de vos futurs adjoints, de vos futurs associés et de vos futurs repreneurs.

L'unanimité mérite un mot. Dans une période où la profession se divise sur à peu près tout, remises, biosimilaires, missions, financement, une génération capable d'élire son équipe nationale sans une voix contre envoie un signal de cohésion que leurs aînés feraient bien de méditer. Ce n'est pas de l'uniformité, leurs enquêtes internes montrent une diversité réelle de parcours et d'aspirations : c'est de la discipline collective au service d'une cause commune. Une compétence qui ne s'enseigne dans aucune unité d'enseignement.

Une équipe structurée autour de plusieurs pôles

Autour de Matthéo De Faria, le bureau s'organise en pôles. Antoine Mamet occupe les fonctions de secrétaire général, Arthur Guillard celles de premier vice-président chargé de la communication et du design, Justin Bernard est porte-parole et Jules Demangeat assure la trésorerie. L'équipe compte également Geoffrey Gambart, rédacteur des guides, Jimmy Benisty, chargé des relations partenariales, Agathe Dupuis, chargée de l'enseignement supérieur, Noémie Gardez, chargée de l'industrie, et Manon Delaunay, chargée du tutorat. D'autres missions sont portées par Louane Girard pour la communication et l'audiovisuel, Malcolm Mouchel pour la politique de formation, Florent Fontaine pour la logistique de formation, Lorraine Conter pour le suivi des événements, Noémie Gauthier pour la santé publique, Soëla James pour la transition écologique et la santé environnementale, Émilie Azema pour les affaires internationales et Rozenn Le Roux pour les mobilités. Un attelage qui couvre, du soin à l'international, l'ensemble des fronts sur lesquels se joue l'avenir du métier.

Une génération qui produit de la donnée avant de revendiquer

Ce qui nous frappe le plus dans le travail de l'ANEPF, et que la profession sous-estime, c'est sa méthode. Cette association étudiante fait ce que très peu d'organisations professionnelles installées font : elle mesure avant de parler. Son Grand Entretien, dont la troisième édition a recueilli 3 786 réponses d'étudiants à travers près de 250 questions, constitue l'une des photographies les plus précises qui existent des aspirations de la relève officinale. Son enquête santé mentale, 1 648 réponses au printemps, a débouché sur des groupes de travail et des auditions d'acteurs spécialisés, pas seulement sur un communiqué. Ajoutez le défi « Bouge Ta Pharma » lancé avec le soutien de l'Ordre des pharmaciens pour faire rayonner le métier, un moteur de recherche des masters et diplômes universitaires accessible à tous, et des alertes argumentées sur la hausse préoccupante du coût des études ou sur le bilan de la réforme d'entrée dans les études de santé.

Mesurer, publier, proposer : c'est exactement la mécanique de crédibilité que nous défendons pour les officines elles-mêmes. Une organisation qui arrive à la table des négociations avec 3 786 réponses structurées pèse plus lourd qu'une organisation qui arrive avec des impressions. Les étudiants l'ont compris avant beaucoup d'autres, et c'est une raison de plus de les prendre au sérieux : quand cette génération dit quelque chose de ses conditions d'études ou de ses aspirations professionnelles, elle le dit chiffres en main.

Pourquoi cette relève est stratégique : la démographie ne pardonnera pas

Il faut maintenant poser le décor dans lequel cette équipe prend ses fonctions, car il donne à l'événement sa vraie portée. La profession traverse une tension démographique que chaque titulaire connaît dans sa chair : la difficulté à recruter des adjoints, rappelée encore fin juin lors des Assises du maillage, où la pénurie de professionnels figurait parmi les premières causes de fragilité du réseau. La crise d'attractivité des études a été documentée de façon spectaculaire à la rentrée 2022, quand près de 1 100 places de deuxième année de pharmacie étaient restées vacantes, un chiffre qui avait sonné comme un avertissement national. Et pendant ce temps, le maillage s'effrite : 34 villages ont perdu leur dernière pharmacie en 2025. Mettez ces trois faits côte à côte et la conclusion s'impose : chaque étudiant en pharmacie qui choisit l'officine, s'y épanouit et s'y projette est, littéralement, une pharmacie de plus qui restera ouverte dans dix ans. La relève n'est pas un sujet de congrès. C'est la variable qui décidera de la carte sanitaire de 2035.

La bataille de l'attractivité se gagne au comptoir, pas au ministère

Les réformes de la formation, les quotas, les aides : tout cela compte, et l'ANEPF s'en occupe avec sérieux. Mais soyons honnêtes sur un point que les rapports ne disent jamais : l'image d'un métier ne se décrète pas dans les textes, elle se transmet dans les lieux où il s'exerce. Un étudiant choisit l'officine, ou la fuit, sur la foi de ce qu'il y a vécu : son stage de sixième année, son job d'été, la manière dont un titulaire lui a confié, ou refusé, sa première vraie responsabilité clinique. Chaque officine de France est, qu'elle le veuille ou non, un bureau de recrutement de la profession. Un stagiaire cantonné au rangement des génériques pendant six mois retiendra que l'officine est un commerce. Le même stagiaire associé aux entretiens pharmaceutiques, aux vaccinations, aux nouvelles missions cliniques que la LFSS 2026 élargit, retiendra qu'elle est un lieu de soin, et il le dira à toute sa promotion. La génération qui vient de s'élire à Dijon cherche du sens, de la clinique et de la considération : trois choses qu'un titulaire peut offrir dès demain matin, sans attendre aucun arrêté.

Ce que vous pouvez faire, et dès cette rentrée

Action 1 : ouvrez votre officine à la relève, vraiment

Contactez l'association étudiante de votre faculté de rattachement, proposez-vous comme maître de stage si vous ne l'êtes pas, et si vous l'êtes déjà, auditez honnêtement ce que vivent vos stagiaires : combien d'actes cliniques réels, combien de missions en autonomie accompagnée, combien de conversations sur le métier, l'installation, la reprise ? Le meilleur argument d'orientation de la profession, ce n'est pas une campagne : c'est un stage réussi qui se raconte dans un amphi.

Action 2 : montrez le métier tel qu'il devient, pas tel qu'il était

Cette génération arrive au moment exact où l'officine bascule vers le soin : missions cliniques élargies, premier recours reconnu, entretiens, dépistage, vaccination. Faites de votre comptoir la démonstration vivante de cette bascule devant chaque jeune qui y passe, étudiant, préparateur en formation, lycéen en stage d'observation. Et parlez aussi de l'aventure entrepreneuriale, car c'est l'angle que presque personne ne montre : la reprise d'officine reste l'un des rares projets où un trentenaire peut devenir chef d'une entreprise de santé au coeur d'un territoire. Dans un pays qui perd des pharmacies de village, chaque vocation d'entrepreneur officinal compte double.

Action 3 : prenez la parole, votre récit est un outil d'orientation

La profession qui ne se raconte pas ne recrute pas. Un titulaire qui témoigne de son métier, sur les réseaux professionnels, dans la presse locale, au forum des métiers du lycée voisin, fait plus pour l'attractivité que bien des brochures. Racontez une garde qui a compté, une mission clinique qui a changé la trajectoire d'un patient, la réalité d'une reprise réussie. Et quand l'ANEPF publie une enquête ou lance une initiative comme Bouge Ta Pharma, relayez-la : la visibilité que vous offrez à la parole étudiante est un investissement direct dans votre propre capacité à recruter dans cinq ans.

Il y a quelque chose de réjouissant à voir une génération élire son équipe nationale à l'unanimité un dimanche de juillet, entre deux matchs, avec l'ambition tranquille de peser dans le débat présidentiel. À tous ceux qui répètent que les jeunes ne s'engagent plus, les étudiants en pharmacie viennent d'apporter un démenti chiffré, structuré et souriant. La relève est là : organisée, documentée, exigeante, exactement comme on peut l'espérer de futurs professionnels de santé. La seule vraie question que pose l'élection du 5 juillet ne s'adresse donc pas aux étudiants. Elle s'adresse à nous : cette génération mérite des comptoirs à la hauteur de son ambition. Félicitations à Matthéo De Faria et à ses 21 colistiers, merci à l'équipe sortante, et au travail, tous ensemble. La pharmacie de 2035 se recrute maintenant.

La pharmacie de 2035 se recrute maintenant

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