Un avenant de revoyure doit obligatoirement s'ouvrir entre juin et septembre 2026 : c'est une contrainte juridique inscrite dans la convention pharmaceutique, rappelée par Philippe Besset, président de la Fédération des syndicats pharmaceutiques de France (FSPF). Le préambule de l'avenant 2, signé le 7 avril 2026 par l'Union nationale des caisses d'assurance maladie (UNCAM), la Fédération des syndicats pharmaceutiques de France (FSPF), l'Union des syndicats de pharmaciens d'officine (USPO) et l'Union nationale des organismes complémentaires d'assurance maladie (UNOCAM), liste déjà quatre axes structurants pour l'avenant 3. Ce que cet article révèle : chacune de ces missions a une trajectoire réglementaire identifiable, et chacune a un impact chiffré sur votre chiffre d'affaires si vous vous positionnez maintenant.

Un calendrier juridique contraint qui force la table de négociation dès l'été

La convention nationale pharmaceutique arrive à échéance en avril 2027. Philippe Besset, président de la FSPF, identifie le problème arithmétique : un avenant de revoyure doit obligatoirement s'ouvrir entre juin et septembre 2026, et on ne peut pas mener deux négociations à quelques mois d'intervalle. C'est donc l'avenant 3 qui devra fixer le modèle économique jusqu'à la prochaine convention. L'enjeu dépasse le rattrapage : il s'agit de poser les bases tarifaires de missions qui, pour la première fois, feront de l'officine un acteur clinique rémunéré en dehors de la dispensation.

La dynamique est confirmée par Pierre-Olivier Variot, président de l'USPO : « Cet avenant contient surtout un engagement essentiel : ouvrir sans délai des négociations structurelles. » La Caisse nationale d'assurance maladie (CNAM) a, de son côté, signalé dès décembre 2025 sa volonté de traiter l'entretien pharmaceutique diabète dans ce cadre conventionnel. La pression est symétrique : les syndicats veulent des revenus supplémentaires stables, la CNAM veut des résultats de santé publique traçables. Les missions qui suivent sont au croisement de ces deux impératifs.

Les quatre axes inscrits au préambule de l'avenant 2

Le préambule de l'avenant 2 acte quatre axes de négociation pour l'avenant 3 : la généralisation d'OSyS, un accompagnement officinal des patients diabétiques de type 2, une extension des compétences officinales à la mesure de la pression artérielle, et un engagement de travaux sur une intervention pharmaceutique portant sur le bon usage et la juste dispensation des médicaments. Les trois premiers axes constituent des missions cliniques directement rémunérées ; le quatrième est une intervention structurelle dont les modalités économiques restent à définir. Cet article analyse en détail les trois missions cliniques inscrites au préambule, plus deux pistes complémentaires portées par l'USPO.

OSyS : la rémunération de 12,50 € en phase transitoire, la vraie négociation commence maintenant

Depuis le 1er janvier 2026, le dispositif OSyS (Orientation dans le système de soins) est pérennisé par arrêté du 24 décembre 2025, publié au Journal officiel du 28 décembre 2025. Il couvre quatre situations cliniques : plaies simples, piqûres de tiques, conjonctivites et brûlures de premier degré. Ces quatre missions s'ajoutent aux TROD angines et cystites déjà passés dans le droit commun.

Le problème : la période transitoire de 12 mois, prolongeable jusqu'à 18 mois, maintient l'expérimentation dans ses conditions actuelles. Elle ne permet pas d'étendre OSyS à de nouvelles pharmacies en dehors des quatre régions pilotes (Bretagne, Occitanie, Centre-Val de Loire, Corse). La généralisation nationale effective dépend d'un décret en Conseil d'État, d'un arrêté d'application et d'une recommandation de la Haute Autorité de santé (HAS). Autrement dit : la négociation conventionnelle dans l'avenant 3 est le vrai point de passage obligé, aussi bien pour l'extension géographique que pour la fixation du tarif.

La rémunération actuelle dans les territoires pilotes est de 12,50 € par acte de triage (forfait premier recours, versé pour un triage complet en espace de confidentialité, remplissage de l'outil numérique, information du médecin et rappel téléphonique du patient). Les pharmaciens participants jugent ce tarif insuffisant pour un acte chronophage. Les organisations syndicales plaident pour une revalorisation. Le rapport d'évaluation rendu en octobre 2025 a jugé l'expérimentation reproductible et efficiente : c'est la base argumentaire qui sera opposée à la CNAM pour obtenir un tarif supérieur.

Entretien diabète type 2 et mesure de la pression artérielle : deux missions à la trajectoire législative claire

Le préambule de l'avenant 2 liste explicitement parmi les axes de travail de l'avenant 3 : un accompagnement des patients diabétiques de type 2 et une extension des compétences officinales à la mesure de la pression artérielle. Ce ne sont pas des hypothèses syndicales : ce sont des engagements conventionnels écrits.

Sur le diabète : plus de 4 millions de Français sont atteints de diabète de type 2. L'accompagnement officinal, dont le lancement est attendu à l'automne 2026, consistera en un entretien initial suivi de séances couvrant trois thèmes parmi sept, en espace de confidentialité : compréhension de la pathologie, traitements, observance, suivi du diabète, complications, règles hygiénodiététiques, activité physique. Le tarif n'est pas fixé : la FSPF indique qu'il sera calqué sur les tarifs existants des entretiens pharmaceutiques (antalgiques de palier II, traitements chroniques). Sur cette base, une estimation prudente d'une rémunération autour de 30 € par entretien et, potentiellement jusqu'à 1 200 € de chiffre d'affaires additionnel par an pour une officine parvenant à accompagner une quarantaine de patients (calcul : 40 patients × 30 €, basé sur un taux d'adhésion de 20 % du portefeuille estimé à 190 patients DT2 par officine). Ces chiffres sont des estimations indicatives à confirmer lors de la négociation tarifaire.

Sur l'hypertension artérielle (HTA) : la proposition de loi portée par le député Yannick Neuder a été adoptée à l'unanimité par l'Assemblée nationale le 8 avril 2026. Elle prévoit que les pharmaciens participent au dépistage précoce de l'hypertension artérielle, avec une rémunération par l'Assurance maladie. Le contexte est massif : en France, 17 millions d'adultes sont hypertendus, dont 6 millions ignorent leur état. Le texte doit encore être examiné par le Sénat avant entrée en vigueur définitive. L'avenant 3 constituera le cadre conventionnel qui traduira cette loi en acte rémunéré. Aucun tarif n'est fixé à ce stade.

Deux missions potentielles : douleurs dentaires et santé sexuelle

Le préambule de l'avenant 2 ne les mentionne pas explicitement, mais deux pistes émergent des travaux syndicaux. L'USPO a rédigé une proposition de loi sur la santé sexuelle visant à améliorer la prévention en matière de contraception et à lutter contre les infections sexuellement transmissibles et le VIH, portée à l'Assemblée nationale par François Hollande, député de Corrèze, et Océane Godard, députée de Côte-d'Or, pour un dépôt en mai 2026. Sur les douleurs dentaires, des protocoles locaux de prise en charge officinale existent déjà, notamment en Charente-Maritime depuis 2023 : ils font l'objet d'un suivi syndical en vue d'une possible codification conventionnelle.

Estimation des 5 missions cliniques attendues dans l'avenant 3 : état réglementaire et rémunération cible
Mission État réglementaire (mai 2026) Rémunération actuelle ou cible CA additionnel potentiel/officine/an
OSyS (plaies, brûlures, tiques, conjonctivites) Pérennisé depuis le 1er jan. 2026, période transitoire 12 à 18 mois. Tarif à renégocier dans l'avenant 3. 12,50 € par acte (territoires pilotes) Jusqu'à 7 500 € (600 actes × 12,50 €)
Entretien diabète type 2 Lancement prévu automne 2026. Tarif à négocier dans l'avenant 3. Non fixé. Estimé autour de 30 € par séance (alignement sur entretiens existants) Potentiellement 1 200 € (40 patients × 30 €)
Mesure de la pression artérielle (HTA) Loi Neuder adoptée par l'AN le 8 avril 2026. Examen au Sénat en cours. Rémunération à fixer par avenant. Non fixé Non estimable à ce stade
Douleurs dentaires Protocoles locaux (Charente-Maritime depuis 2023). Pas de cadre national à ce jour. Non fixé Non estimable à ce stade
Santé sexuelle (contraception, IST, VIH) Proposition de loi USPO portée par Hollande et Godard, dépôt prévu mai 2026. Non fixé Non estimable à ce stade
Sources : Revue Pharma (avril 2026), Le Moniteur des Pharmacies (mars et avril 2026), Le Quotidien du Pharmacien (avril 2026), Assemblée nationale (8 avril 2026), Légifrance (arrêté du 24 décembre 2025), URPS Pharmaciens Occitanie, USPO (2026). Les estimations de CA additionnel sont indicatives et balisées comme telles.

"Cet avenant contient surtout un engagement essentiel : ouvrir sans délai des négociations structurelles."

Pierre-Olivier Variot, président de l'USPO, Le Moniteur des Pharmacies, 8 avril 2026

Ce que vous devez faire, et dans quel ordre

Action 1 : Former votre équipe à OSyS avant que le tarif soit renégocié

La fenêtre de formation est maintenant, avant la renégociation tarifaire. Les officines ayant déjà des pharmaciens formés aux protocoles OSyS seront prêtes à déclencher la facturation le jour de l'entrée en vigueur nationale. Si vous êtes en dehors des quatre régions pilotes, contactez votre Union régionale des professionnels de santé (URPS) Pharmaciens pour suivre les formations disponibles. Critère de déclenchement : la publication du décret en Conseil d'État prévu en cours d'année 2026. Surveillance : le Journal officiel et les alertes FSPF/USPO.

Action 2 : Identifier vos patients diabétiques de type 2 avant l'automne 2026

L'Assurance maladie a planifié un lancement des entretiens diabète à l'automne 2026. La préparation commence maintenant : segmentez votre fichier patients pour isoler les porteurs d'une ordonnance antidiabétique (codes ATC A10). Estimez votre volume : si votre officine compte 190 patients DT2 (estimation nationale moyenne) et que 20 % adhèrent à l'entretien, vous avez potentiellement 38 patients à accompagner. Préparez votre espace de confidentialité et vérifiez que votre logiciel de gestion officinale (LGO) permet la traçabilité des entretiens. PharmaPex, en tant que copilote IA pour titulaires, permet de suivre en temps réel l'avancement de chaque mission et d'identifier les patients à contacter en priorité.

Action 3 : Suivre les indicateurs d'avancement de la négociation jusqu'à la signature

La clause de revoyure oblige à l'ouverture des négociations entre juin et septembre 2026. La convention expire en avril 2027. Le calendrier probable de signature de l'avenant 3 : premier semestre 2027, avec entrée en vigueur progressive. Indicateurs à surveiller chaque semaine : les actualités de la commission paritaire nationale (CPN), les communiqués de la FSPF et de l'USPO, et la publication des recommandations HAS sur les nouveaux protocoles cliniques. Ne pas confondre la publication de la loi Neuder (texte de droit, non rémunérateur en lui-même) avec la parution de l'avenant conventionnel qui fixera le tarif réel.