L'avenant 2 à la convention pharmaceutique a été signé le 7 avril 2026 par l'UNCAM, l'UNOCAM, la FSPF et l'USPO, mais les deux syndicats le présentent déjà comme une étape transitoire, non une finalité. Dans le même mouvement, les partenaires conventionnels ont acté l'ouverture imminente de négociations structurelles sur le modèle économique officinal, dont la convention arrive à échéance en avril 2027. Quatre chantiers vont, d'ici là, redessiner le compte d'exploitation de chaque officine : recomposition des honoraires, avenir de l'euro à la boîte, régulation des remises et généralisation d'OSyS.
Le 7 avril, une signature qui ouvre plus qu'elle ne ferme
Cent quarante-neuf pharmacies. C'est le bilan décevant de l'aide aux officines fragiles issue de l'avenant 1, pour un objectif initial de 1 000 bénéficiaires. L'avenant 2, signé le 7 avril 2026 à Paris, corrige ce raté en assouplissant les critères de zonage et devrait permettre à près d'un millier d'officines de toucher l'aide de 20 000 € par an dès cette année (Assurance Maladie, 8 avril 2026). Enveloppe inchangée : 20 millions d'euros par an sur 2026 et 2027.
Le texte ne modifie pas les équilibres économiques immédiats. Mais son préambule est stratégique. Pierre-Olivier Variot, président de l'USPO, l'a dit sans détour le lendemain de la signature : « Nous avons parlé en préambule d'ouvrir très rapidement un avenant 3, une volonté partagée avec l'Assurance maladie qui veut aussi aller vite » (Revue Pharma, 8 avril 2026). Trois paramètres rendent cette séquence inéluctable : un avenant de revoyure doit obligatoirement s'ouvrir entre juin et septembre 2026 ; la convention arrive à échéance en avril 2027 ; et un rapport IGAS-IGF sur l'avenir économique de l'officine a été remis en janvier 2026 pour structurer la lettre d'orientation ministérielle.
La signification de cet avenant est dans sa logique de bascule. Depuis l'avenant 1, l'honoraire à l'ordonnance est passé de 0,51 € à 0,61 € TTC, avec une clause conditionnelle pour atteindre 0,66 € TTC en 2027, sous réserve que 75 % des officines aient réalisé au moins trois missions de santé publique avant l'été 2026 (Légifrance, arrêté du 5 juillet 2024). Cette clause de revoyure est le détonateur du cycle à venir.
Une architecture économique à 30 paramètres, et illisible
L'urgence de la réforme est chiffrée. En 2024, l'EBE moyen des officines françaises a reculé de 3,8 %, tombant à 10,1 % du CA soit environ 254 000 € par officine, contre 11,06 % un an plus tôt (réseau CGP, statistiques professionnelles édition 2025, panel de 1 853 officines). Sur dix ans, l'EBE n'a progressé que de 5 % quand l'inflation cumulée atteignait 23 %, soit une rémunération réelle en recul pour le titulaire. Le CA moyen atteint 2 511 100 € en 2024, en hausse de 5,03 %, mais cette croissance de chiffre d'affaires ne se traduit pas en rentabilité : la marge brute globale est tombée à 28,3 % du CA, contre 29,38 % en 2023 (CGP/Extencia 2025).
Le problème de fond est structurel. Philippe Besset, président de la FSPF, décrit une architecture tarifaire devenue ingérable : honoraires de dispensation, marges réglementées, ROSP, remises commerciales, actes de missions, une trentaine de paramètres coexistent dans le compte d'exploitation officinal (Pharmaceutiques, 12 février 2026). Cette superposition, conçue pour corriger ponctuellement des déséquilibres, a produit un modèle illisible pour les professionnels comme pour les décideurs publics. En parallèle, 20 % des pharmacies affichent une trésorerie négative (USPO, analyse économique 2025), signe d'une fragilité systémique qui ne peut plus attendre.
Les 4 chantiers de l'avenant 3, et ce qu'ils changent pour votre EBE
Chantier 1, Recomposition des honoraires. La ligne de fracture est claire : décorréler la rémunération du volume de médicaments dispensés. Pierre-Olivier Variot résume la position de l'USPO : « Il ne s'agit pas de retirer 2 milliards d'euros à l'officine, mais de reposer ces 2 milliards d'euros autrement » (Le Moniteur des Pharmacies, janvier 2026). L'honoraire à l'ordonnance serait renforcé, les honoraires à l'acte (missions cliniques) montés en puissance, les actes aujourd'hui non rémunérés valorisés. Pour une officine réalisant 300 000 ordonnances par an, un gain de 0,05 € par ordonnance représente potentiellement 15 000 € supplémentaires d'EBE annuel, estimation calculée sur la base du volume, à baliser comme indicateur directionnel.
Chantier 2, L'avenir de l'euro à la boîte. Les honoraires à la boîte ont reculé de 1,5 % au premier semestre 2025, tirés vers le bas par les baisses de prix (Le Moniteur des Pharmacies, novembre 2025). Dans un marché où 40 % des volumes dispensés portent sur des boîtes à moins de 1,92 €, chaque baisse de prix fragilise mécaniquement la base de cet honoraire (Pharmaceutiques, 12 février 2026). La bascule discutée consiste à transférer une partie de cette rémunération vers l'honoraire à l'ordonnance et les missions, avec un mécanisme anti-perdant individualisé calqué sur la réforme de 2017. Deux options sont sur la table : revalorisation générale ou compensation à l'euro près selon le profil de l'officine (Le Moniteur des Pharmacies, janvier 2026).
Chantier 3, Régulation des remises commerciales. La LFSS 2026 a sanctuarisé les plafonds de remises : 40 % sur les génériques et 20 % sur les biosimilaires, désormais inscrits dans la loi et non plus modifiables par simple arrêté ministériel (Le Moniteur des Pharmacies, janvier 2026). Après l'épisode de l'arrêté de 2025 suspendu sous pression, cette stabilisation est saluée. Mais la question de la traçabilité et de la régulation des remises dans le cadre d'une réforme structurelle reste posée. La FSPF évalue à 78 millions d'euros par an la perte en marge et en remises due aux révisions tarifaires récentes portant sur 52 médicaments génériques (Le Moniteur des Pharmacies, octobre 2025). L'avenant 3 devra clarifier la place des remises dans le nouveau modèle, comme levier maintenu, encadré, ou partiellement substitué par des honoraires.
Chantier 4, Extension et tarification des missions OSyS. Le dispositif OSyS (Orientation dans le Système de Soins) est entré en phase transitoire au 1er janvier 2026 après cinq années d'expérimentation dans quatre régions. Le bilan est solide : 74 % des patients triés en officine ont renoncé aux urgences, 98 % ont vu leur état s'améliorer après rappel téléphonique à J+2/J+3 (Le Moniteur des Pharmacies, janvier 2026). La LFSS 2026 (article 63) a étendu les missions pharmaceutiques en droit commun, mais un décret en Conseil d'État et un arrêté listant les situations cliniques restent attendus (CNOP, janvier 2026). La rémunération expérimentale est fixée à 12,50 € par triage ; les syndicats la jugent insuffisante pour un acte nécessitant en moyenne 12 minutes et un rappel téléphonique à J+2. La négociation de la rémunération définitive est explicitement inscrite dans le préambule de l'avenant 2 comme chantier prioritaire de l'avenant 3.
| Chantier | État actuel (avril 2026) | Enjeu pour l'avenant 3 | Impact EBE type (estimé) |
|---|---|---|---|
| Honoraires à l'ordonnance | 0,61 € TTC ; clause revoyure 0,66 € en 2027 | Revalorisation + décorrélation volume | Jusqu'à +15 000 €/an (300 000 ordonnances × +0,05 €) |
| Euro à la boîte | –1,5 % S1 2025 ; 40 % volumes <1,92 € | Bascule partielle vers honoraires actes/ordonnances | Variable selon profil ; mécanisme anti-perdant requis |
| Remises commerciales | Plafonds 40 % génériques / 20 % biosim. sanctuarisés LFSS 2026 | Traçabilité, intégration dans nouveau modèle | Perte potentielle de 78 M€ secteur / baisses tarifaires |
| Missions OSyS | Phase transitoire ; 12,50 €/triage expérimental ; décret attendu | Tarification définitive + généralisation nationale | Potentiellement +X € selon volume triages (non chiffrable avant décret) |
| Sources : Légifrance (avenant 1, arrêté 5 juillet 2024) ; Le Moniteur des Pharmacies (janv., nov. 2025, avr. 2026) ; CNOP (janv. 2026) ; Assurance Maladie (8 avr. 2026) ; CGP/Extencia (statistiques 2025). | |||
"Nous sommes arrivés au bout d'un modèle où plus on dispense, plus on tient économiquement. Tant que la rémunération restera indexée sur le volume, chaque politique de maîtrise des dépenses fragilisera le réseau."
Ce que vous devez faire, et dans quel ordre
Action 1 : Vérifier avant l'été 2026 votre éligibilité à la clause de revoyure
La revalorisation de 0,05 € par ordonnance à partir de 2027 est conditionnée : votre officine doit avoir réalisé au moins trois des six missions de santé publique listées dans l'avenant 1 avant l'été 2026 (vaccination, dépistage angine/cystite, kit cancer colorectal, entretien femmes enceintes, traitement antalgique palier II, accompagnement traitements chroniques). Vérifiez dès maintenant vos codes de facturation et votre tableau de bord ROSP. Un déficit sur ce critère prive votre officine d'un gain potentiel allant jusqu'à 15 000 € annuels supplémentaires pour une structure traitant 300 000 ordonnances. La revoyure CNAM est prévue entre juin et septembre 2026 : le délai est court.
Action 2 : Modéliser l'impact financier de chaque scénario sur votre EBE avant la signature
Vous n'aurez pas d'avenant 3 à la carte. Mais selon votre profil, volume de boîtes, poids des génériques, taux de remises actuelles, capacité à déployer OSyS, l'impact sera radicalement différent. Une officine à fort volume générique et remises élevées n'a pas le même intérêt qu'une officine de premier recours en zone tendue. L'outil de projection économique PharmaPex permet de simuler chaque scénario tarifaire (honoraires, remises, OSyS) directement sur votre EBE réel, en identifiant les configurations gagnantes et les risques de recul. Faites cette simulation avant que les termes de l'avenant soient fixés : c'est à ce stade que votre positionnement influe sur votre avenir économique.
Action 3 : Anticiper la formation OSyS pour ne pas partir en retard à la généralisation
La phase transitoire OSyS est ouverte depuis le 1er janvier 2026 dans les quatre régions expérimentales. La généralisation nationale, et sa rémunération définitive, sera inscrite dans l'avenant 3. Les officines déjà formées et équipées (espace de confidentialité, protocoles HAS, outil numérique ONO) seront en mesure de facturer dès la publication du décret. La formation initiale est de 7 heures en présentiel. L'indicateur à suivre : la publication du décret en Conseil d'État et de l'arrêté listant les situations cliniques (attendus courant 2026).