Depuis le 15 mai 2026, les inspecteurs de la Direction générale de l'Alimentation (DGAL) contrôlent les officines sans délai de grâce sur les denrées et compléments alimentaires contenant du cannabidiol (CBD). La Fédération des syndicats pharmaceutiques de France (FSPF) a alerté ses adhérents le 7 mai 2026 : tout produit ingérable mentionnant « CBD », « THC » ou tout autre cannabinoïde sur son emballage, sans autorisation Novel Food délivrée, est susceptible de retrait immédiat. Ce que l'article révèle : le critère déclencheur du retrait n'est pas le taux de cannabinoïde, mais la seule mention sur l'étiquette, quel que soit le dosage.
15 mai 2026 : les contrôles DGAL s'appliquent aux officines sans transition
Le 15 avril 2026, la DGAL a réuni les principaux syndicats de la filière chanvre (UIVEC, SPC, Synadiet, Simple) pour annoncer un plan de contrôle national entrant en vigueur à la mi-mai. Le délai accordé entre l'annonce et le début des inspections était d'à peine un mois, jugé insuffisant par l'ensemble de la filière (UIVEC, SPC, communiqué d'avril 2026). Les agents des Directions départementales de la protection des populations (DDPP) et de la Direction générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des fraudes (DGCCRF) ont reçu instruction d'inspecter physiquement les officines, les parapharmacies, les boutiques spécialisées et les grandes surfaces. Selon l'UIVEC, ce sont 20 000 officines françaises qui entrent dans le périmètre des contrôles, pour un chiffre d'affaires estimé à environ 100 millions d'euros de compléments alimentaires au CBD concernés au niveau national (UIVEC, données diffusées à la suite de la réunion DGAL d'avril 2026 ; ces chiffres émanent de la filière et n'ont pas fait l'objet d'une publication statistique gouvernementale dédiée).
Ce plan ne constitue pas une nouvelle loi. Il s'agit de l'application stricte du règlement européen (UE) 2015/2283 relatif aux nouveaux aliments, dit règlement « Novel Food ». Depuis janvier 2019, la Commission européenne a inscrit au catalogue Novel Food les extraits de Cannabis sativa L. contenant des cannabinoïdes, les classant comme « nouvel aliment » soumis à autorisation préalable. Or, à ce jour, aucune autorisation Novel Food n'a été accordée pour le CBD comme ingrédient alimentaire, malgré plus de 150 dossiers déposés auprès de l'Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) depuis 2019 (EFSA, Commission européenne, catalogue Novel Food, 2019). La France avait jusqu'ici appliqué ce cadre avec souplesse. Ce qui change en mai 2026, c'est la décision de l'appliquer strictement.
Pourquoi maintenant : trois signaux convergents ont déclenché le durcissement
Trois facteurs ont conduit la DGAL à franchir le pas. Premier facteur : le 9 février 2026, l'EFSA a publié une mise à jour majeure de son évaluation du CBD en tant que nouvel aliment. Ses conclusions sont sévères : la dose provisoire de sécurité est fixée à 0,0275 mg par kg de poids corporel par jour, soit environ 2 mg de CBD par jour pour un adulte de 70 kg (EFSA Journal, 9 février 2026, DOI : 10.2903/j.efsa.2026.9862). La plupart des produits présents sur le marché dépassaient largement ce seuil. Deuxième facteur : en juin 2025, l'Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) et l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (ANSES) ont publié une synthèse commune signalant une hausse des cas de nutrivigilance liés aux produits à base de CBD. Depuis début 2024, plusieurs centaines d'intoxications ont été recensées, la plupart liées à des produits contenant des cannabinoïdes de synthèse ou des taux de THC supérieurs à 0,3 % à l'insu des consommateurs (ANSM/ANSES, communiqué de presse, 19 juin 2025). Troisième facteur : l'arrêt Kanavape (CJUE, C-663/18, 19 novembre 2020) avait posé que le CBD n'est pas un stupéfiant et bénéficie du principe de libre circulation, mais il n'a pas supprimé l'obligation d'autorisation Novel Food pour les formes alimentaires. La libre circulation des marchandises ne dispense pas du respect des règles sanitaires alimentaires.
Ce qui est dans le viseur et ce qui reste autorisé dans votre officine
La distinction est précise. Les produits ingérables mentionnant un cannabinoïde sur l'étiquette sont ciblés par le plan de contrôle, sans exception de taux. Les produits hors périmètre relèvent d'autres cadres réglementaires et ne sont pas visés par la DGAL en 2026.
| Forme produit | Statut DGAL 2026 | Fondement |
|---|---|---|
| Huiles sublinguales étiquetées « complément alimentaire » | Retrait obligatoire | Règlement (UE) 2015/2283 Novel Food |
| Gélules, capsules, softgels CBD ingérables | Retrait obligatoire | Règlement (UE) 2015/2283 Novel Food |
| Gummies, bonbons, chocolats aux cannabinoïdes | Retrait obligatoire | Règlement (UE) 2015/2283 Novel Food |
| Infusions, tisanes à base de sommités fleuries avec mention CBD | Retrait obligatoire | Règlement (UE) 2015/2283 Novel Food |
| Boissons, miels, produits ingérables avec cannabinoïdes | Retrait obligatoire | Règlement (UE) 2015/2283 Novel Food |
| Cosmétiques CBD (crèmes, baumes, gels topiques, usage cutané explicite) | Autorisé | Règlement (CE) 1223/2009 cosmétiques |
| Graines de chanvre, huile de graines, farine de chanvre (sans extrait de cannabinoïdes) | Autorisé | Consommation significative avant 1997, hors Novel Food |
| Sources : DGAL, plan de contrôle national 2026 ; Commission européenne, catalogue Novel Food, janvier 2019 ; règlement (UE) 2015/2283. | ||
Un point mérite une vigilance particulière : les huiles à usage multiple. Si l'étiquette indique un usage oral ou sublingual et mentionne le CBD, le produit entre dans le périmètre, même si une notice indique aussi un usage topique. Le critère est la présentation orientant vers l'ingestion, appréciée par les agents de contrôle sur un faisceau d'indices incluant l'étiquetage, la communication et les recommandations d'usage (DGAL, circulaire interne, avril 2026). Ne pas tenter de supprimer la mention CBD de l'étiquette sans reformuler le produit : la DGAL peut analyser la composition et une telle pratique peut aggraver les sanctions.
« La Direction générale de l'Alimentation (DGAL) a annoncé le renforcement des contrôles portant sur les denrées alimentaires et les compléments... »
Ce que vous devez faire, et dans quel ordre
Action 1 : Sortir les produits concernés du rayon avant tout contrôle (immédiat)
Procédez à un inventaire de votre rayon CBD en appliquant le critère de l'étiquetage : tout produit ingérable portant la mention « CBD », « THC » ou tout autre cannabinoïde doit être retiré de la vente. La DDPP peut se présenter à tout moment depuis le 15 mai 2026 sans préavis. Un produit encore en rayon le jour du contrôle constitue une non-conformité immédiatement sanctionnable (retrait administratif, procès-verbal, risque de poursuites). Classez les produits retirés en quarantaine administrative dans votre réserve, avec une étiquette de traçabilité datée. Contactez vos fournisseurs et grossistes-répartiteurs pour organiser les retours et limiter la dépréciation de stock.
Action 2 : Constituer un dossier documentaire en 5 points (sous 7 jours)
Les agents de la DDPP peuvent exiger la production de dossiers techniques lors de l'inspection. Votre dossier doit comporter : (1) la liste des références CBD retirées avec date de retrait et quantités ; (2) les bons de commande et factures d'achat des produits concernés ; (3) les certificats d'analyse (CoA) disponibles pour les références que vous avez vendues ; (4) les déclarations Compl'Alim si votre officine a déclaré des compléments alimentaires CBD via cet outil, la DGAL a annoncé envoyer une communication spécifique à ces opérateurs ; (5) une note interne attestant que l'équipe officinale (titulaire, adjoints, préparateurs en pharmacie) a été informée du retrait et des motifs réglementaires. PharmaPex permet de générer et d'archiver ce type de documentation de conformité directement depuis votre tableau de bord, pour un accès immédiat lors d'un contrôle.
Action 3 : Repositionner le linéaire et surveiller l'évolution réglementaire (continu)
Le retrait des compléments alimentaires CBD ne signifie pas la disparition du segment bien-être dans votre officine. Les cosmétiques CBD (usage cutané exclusif), les infusions de feuilles de chanvre sans sommités fleuries, et les graines de chanvre restent conformes. Plusieurs acteurs de la filière ont d'ores et déjà reformulé leurs gammes vers ces segments. L'UPCBD et le Syndicat Professionnel du Chanvre (SPC) ont engagé un recours devant le Conseil d'État : la situation réglementaire pourrait évoluer à moyen terme. Fixez-vous un point de veille mensuel sur les publications de la DGAL, de l'ANSM et de la FSPF pour réintégrer rapidement les gammes autorisées si une autorisation Novel Food venait à être accordée.