5,1 fois l'EBE : c'est la valorisation moyenne d'une officine de moins de 1,2 M€ de chiffre d'affaires en 2024, selon l'étude Interfimo publiée en avril 2025, contre 7,2 fois pour les structures plus grandes, et jusqu'à 8,1 fois pour celles dépassant 3 M€. Un ciseau qui se creuse depuis 2022, alimenté par la hausse des charges, la désaffection des jeunes repreneurs et un EBE moyen tombé à un niveau historiquement bas. Ce que cet article révèle : trois actions concrètes pour repositionner votre dossier de cession avant que l'écart ne devienne rédhibitoire.

Un marché en ciseau : 5,1 fois l'EBE d'un côté, 8,1 fois de l'autre

Le marché des transactions officinales s'est contracté en 2024 : 1 442 opérations enregistrées, contre 1 606 en 2023, soit un recul de 10 % (Interfimo, étude publiée le 1er avril 2025). Derrière ce recul global, une dualisation s'installe. Les grandes structures, celles réalisant plus de 3 M€ de CA, se négocient désormais en moyenne à 8,1 fois l'EBE retraité. Les petites officines en dessous de 1,2 M€ de CA, elles, plafonnent à 5,1 fois l'EBE, avec une fourchette comprise entre 3,2 et 6,8 fois dans près de 60 % des transactions (Interfimo 2025). Ce n'est pas une anomalie conjoncturelle : c'est une tendance structurelle. L'écart entre les deux segments ne cesse de s'amplifier.

La taille est devenue LE déterminant de la valeur. Un quart des transactions porte désormais sur des officines à plus de 3 M€ de CA, contre 18 % en 2023, tandis que la part des structures de moins de 1,6 M€ recule de 35 % à 28 % du marché (Moniteur des Pharmacies, avril 2025). Les premières installations, indicateur-clé de la demande de reprise, illustrent ce décrochage : les jeunes pharmaciens s'orientent vers des structures réalisant en moyenne 2,2 M€ de CA, contre 2 M€ en 2022. Seules 17 % des premières installations concernent des officines inférieures à 1,2 M€ (Interfimo 2025). Le signal est net : l'appétit des acheteurs se décale vers le haut.

Trois causes structurelles à ce décrochage

Cause 1, Un EBE historiquement bas pénalise d'abord les petites structures. En 2024, l'EBE moyen de l'ensemble du réseau représentait 8,6 % du chiffre d'affaires, niveau historiquement bas, sous l'effet cumulé de la baisse de la marge brute et de la hausse des frais de personnel (Interfimo 2025). Pour les petites officines, ce taux peut tomber sous les 9 %, seuil critique en dessous duquel il devient difficile de dégager un revenu satisfaisant après remboursement des emprunts. La situation est limpide pour les chiffres : les officines de moins de 1 M€ de CA rémunèrent leur titulaire en moyenne 2 600 € nets par mois, soit 31 300 € par an, soit 50 % de l'EBE de la structure (Bastien Legrand, président CGP, mars 2025). C'est à peine le salaire d'un pharmacien adjoint à temps plein.

Cause 2, Des charges salariales qui progressent sans discontinuer. L'accord salarial du 19 janvier 2026 (convention collective IDCC 1996) a acté une revalorisation de +1,21 % de la valeur du point conventionnel, désormais fixée à 5,278 € (Juristique.org, mars 2026). Cette hausse suit une tendance lourde : depuis 2022, les frais de personnel ont progressé de près de 20 % (Pharmacorporate, 2025), gonflant mécaniquement les charges d'une structure dont la marge, elle, est réglementée. Pour une petite officine, dont les frais de personnel représentent souvent 40 à 50 % des charges d'exploitation, chaque point de hausse salariale ampute directement l'EBE, et donc la valeur de cession.

Cause 3, Un profil acheteur qui se redéfinit. La nouvelle génération de titulaires recherche des structures permettant l'exercice collectif et le partage du temps de travail. Ce modèle suppose une officine suffisamment grande pour absorber plusieurs associés. En 2024, 47 % des transactions du panel Interfimo ont concerné des associations et des ventes de titres, au détriment des cessions de fonds purs (Moniteur des Pharmacies, 2025). Les primo-accédants aux apports modestes, qui constituaient autrefois le vivier naturel pour les petites officines, sont de plus en plus difficiles à financer : les banques exigent un apport moyen de 17 % du prix d'achat, soit environ 308 000 € (CGP/Moniteur, 2025).

Ce que les missions rémunérées changent, et ce qu'elles ne changent pas encore

En 2025, les nouvelles missions ont rapporté en moyenne 11 000 € de marge supplémentaire par pharmacie, selon les statistiques CGP présentées en mars 2025 par Bastien Legrand. Ce gain a contribué à une légère remontée de l'EBE moyen, passé de 258 400 € en 2024 à 267 100 € en 2025, soit +3,4 % (Revue Pharma, avril 2026). Une bouffée d'oxygène bienvenue, mais à relativiser. Entre janvier et juillet 2025, plus de 90 % des officines réalisent des vaccinations et remettent des kits de dépistage colorectal. En revanche, seulement un tiers des pharmacies s'engagent réellement dans les entretiens pharmaceutiques, pourtant parmi les actes les mieux valorisés (GERS Data, directeur général David Syr, décembre 2025). Ce différentiel d'adoption creuse l'écart de rentabilité entre officines, et donc l'écart de valorisation.

Pour le cédant d'une petite structure, l'enjeu est donc double : augmenter l'EBE réel avant cession via les missions, et documenter ces honoraires de façon traçable dans les comptes pour qu'ils soient intégrés à l'EBE retraité présenté à l'acheteur et au banquier. Un honoraire non tracé dans le LGO et non reporté en ligne dédiée sur le compte de résultat ne compte pas dans la valorisation.

Comparaison de valorisation officine selon la taille, Données Interfimo 2025 (transactions 2024)
Tranche de CAMultiple EBE moyenPrix/CA HTPart des 1ères installations
Moins de 1,2 M€5,1×54 %17 %
De 1,2 M€ à 3 M€7,2×76 %51 %
Plus de 3 M€8,1×> 85 %32 %
Sources : Interfimo, étude Prix de cession des pharmacies 2024 (publiée avril 2025) ; Moniteur des Pharmacies, avril 2025.

"Le modèle de l'exercice collectif séduit une nouvelle génération de titulaires, en quête d'un meilleur équilibre vie pro/vie perso. Nombreux sont ceux qui souhaitent concentrer leur activité sur trois jours."

Jérôme Capon, Directeur du réseau, Interfimo, avril 2025

Ce que vous devez faire, et dans quel ordre

Action 1 : Mesurer votre EBE retraité réel dans les 30 prochains jours

L'EBE comptable n'est pas l'EBE de cession. Il faut le retraiter en excluant vos charges sociales personnelles et votre rémunération de titulaire, puis intégrer la valeur des honoraires de missions réellement facturés. Si votre EBE retraité est inférieur à 50 000 €, le prix de marché sera mécaniquement sous les 250 000 €, un seuil qui dissuade la grande majorité des repreneurs bancables. Demandez à votre expert-comptable une simulation avec retraitement complet avant de mandater un intermédiaire. PharmaPex intègre un module de projection EBE qui permet de visualiser l'impact de chaque levier (missions, charges, mix produits) sur la valorisation estimée.

Action 2 : Lancer ou intensifier les missions rémunérées sur 18 à 24 mois

Chaque bilan partagé de médication réalisé génère jusqu'à 90 € TTC par patient (trois entretiens la première année). Chaque vaccination grippe facturée correspond à 9,60 € d'honoraire net. Multiplié par le volume de votre patientèle chronique, l'impact sur l'EBE peut atteindre potentiellement 10 000 à 20 000 € par an selon la taille de l'officine, à condition que chaque acte soit codé, traçable et reporté en compte de résultat sur une ligne séparée « honoraires et missions ». Un EBE retraité augmenté de 15 000 € correspond à une valeur de cession supplémentaire potentiellement comprise entre 75 000 € et 120 000 € selon le multiple appliqué (calcul : 15 000 × 5 à 8 fois l'EBE).

Action 3 : Surveiller trimestriellement l'évolution des ratios de votre segment

Le marché officinal évolue vite. L'étude Interfimo 2026 (attendue au printemps 2027) intégrera les transactions de 2025 et la montée en charge des nouvelles missions. L'indicateur à suivre : le multiple EBE pour les officines de moins de 1,2 M€ de CA. S'il descend sous 4,5 fois, la fenêtre de cession se referme sur de nombreuses structures. Paramétrez une alerte sur les publications Interfimo, CGP et CNOP. Un tableau de bord mensuel, liquidité, EBE glissant 12 mois, honoraires tracés, vous donnera les arguments chiffrés pour piloter votre dossier, non le subir.