2 772 millions d'euros : c'est le chiffre d'affaires du conseil officinal au premier trimestre 2026, en progression de +0,9 %, selon GERS Data. Derrière cette apparente modestie, trois segments concentrent l'essentiel de la création de valeur : la beauté-hygiène, l'hygiène bucco-dentaire et la vaccination zona-pneumocoque. Ce que cet article révèle et que la plupart des communications institutionnelles passent sous silence : les officines ne profitent pas toutes de cette dynamique, et 10 % du réseau captent déjà 40 % de l'activité vaccinale, creusant un écart qui va s'accentuer.

Beauté +4,8 % et bucco-dentaire +8,5 % : les deux moteurs chiffrés du trimestre

Le premier trimestre 2026 inaugure une bifurcation nette dans le marché du conseil. La santé familiale recule de -4,4 % en janvier 2026 par rapport à janvier 2025, pénalisée par une faible circulation des pathologies hivernales (Quotidien du Pharmacien, février 2026). Résultat : les produits contre l'état grippal, la toux et la fièvre figurent tous dans le top 5 des contributeurs à la décroissance. Pendant ce temps, trois univers résistent et progressent avec vigueur.

La beauté est le premier contributeur sur les trois circuits de distribution. En officine, elle génère à elle seule +21,40 millions d'euros, avec une croissance de +4,8 % (GERS Data, 43e atelier virtuel, avril 2026). Elle domine aussi en e-commerce (+9,4 %, +2,8 M€) et représente 51 % du marché en parapharmacie. Les sous-catégories qui tirent la performance : les soins visage, les soins acné et les soins capillaires. La marque SVR affiche à elle seule +42 % sur l'année 2025, preuve que le positionnement dermatologique expert est une barrière à l'entrée que ni Amazon ni la grande surface alimentaire ne franchissent aisément (Le Petit Journal de ma Pharmacie, janvier 2026).

L'hygiène bucco-dentaire constitue le deuxième moteur, particulièrement dynamique en officine avec +8,5 %, soit +9,8 millions d'euros supplémentaires au trimestre (Le Moniteur des Pharmacies, avril 2026). La progression repose sur les dentifrices spécialisés gencives-sensibilité, les accessoires interdentaires (brossettes, hydropulseurs) et les bains de bouche sans alcool. Un segment structurellement avantagé par le conseil pharmaceutique : le patient qui vient pour une carie naissante ou une récession gingivale cherche une expertise que ni la grande surface alimentaire ni Amazon ne peuvent fournir au même niveau. L'hygiène, au sens large, progresse quant à elle de +6,5 % en officine et devient le premier contributeur en parapharmacie (+1,4 M€) sur ce circuit (Le Moniteur des Pharmacies, avril 2026).

Zona +392 % : pourquoi la vaccination non saisonnière change la donne économique

Le premier trimestre 2026 a été marqué par une faible circulation des pathologies hivernales, limitant mécaniquement le poids des vaccinations grippe et Covid-19 (Le Moniteur des Pharmacies, avril 2026). Ce contexte aurait pu peser lourd sur l'activité vaccinale. Il n'en est rien : avec plus de 2,1 millions d'actes réalisés au premier trimestre, en hausse de +72 % par rapport au T1 2025, la vaccination confirme son statut d'activité à part entière dans les officines (GERS Data, atelier 43, avril 2026).

Le zona est devenu la locomotive. Il représente désormais 34 % des actes vaccinaux réalisés en officine, avec une croissance de +392 %, souligne David Syr, directeur général du GERS Data (Le Moniteur des Pharmacies, avril 2026). Le pneumocoque s'impose lui aussi comme un succès. Cette dynamique tient à plusieurs facteurs convergents : la recommandation vaccinale élargie pour les seniors, la capacité du titulaire à prescrire et à injecter sans passage préalable chez le médecin, et une saisonnalité moins contrainte que la grippe. À la différence du vaccin grippe, les vaccins zona et pneumocoque se délivrent toute l'année, ce qui lisse l'activité et réduit l'effet de concentration trimestrielle.

La fracture entre officines s'est néanmoins creusée sur ce terrain. Selon GERS Data, 10 % des pharmacies concentrent 40 % de la prescription et de l'injection vaccinales (Le Moniteur des Pharmacies, avril 2026). La téléconsultation et les entretiens pharmaceutiques ne concernent qu'un tiers du réseau, tandis que l'entretien femme enceinte reste limité à un quart des officines. Comme l'a formulé David Syr : « On peut dire désormais qu'il y a un réseau à deux vitesses. » Ce constat vaut aussi bien pour la vaccination que pour tous les actes de nouvelles missions.

Pourquoi la dermocosmétique résiste mieux qu'Amazon ne le pense

La question mérite d'être posée frontalement : si Amazon affiche +43 % de croissance dans la vente de produits de santé au T1 2025, principalement en dermocosmétique (Le Moniteur des Pharmacies, décembre 2025), pourquoi la beauté en officine progresse-t-elle encore à +4,8 % au T1 2026 ? La réponse tient au modèle de valeur, pas au volume.

Selon Paul Reynolds, expert chez IQVIA, « le réflexe d'aller demander conseil en pharmacie se confirme et renforce le monopole pharmaceutique » (Le Moniteur des Pharmacies, mai 2025). Les trois quarts des produits commercialisés par Amazon dans ce segment sont de nouvelles références européennes, des marques peu connues et sans ancrage de conseil. À l'inverse, le canal officinal bénéficie d'un avantage que la logistique seule ne peut reproduire : l'expertise du titulaire ou de l'adjoint face à une peau atopique, une acné hormonale, une récession gingivale. Le marché de la dermocosmétique en officine atteint 3,5 milliards d'euros et reste en plein essor (Xerfi). Ce territoire de valeur est défendable, à condition que les équipes officinales restent formées et que le linéaire soit optimisé.

Les grandes et moyennes surfaces (GMS) souffrent d'une offre trop généraliste et d'une pression promotionnelle excessive qui brouille la notion de valeur. La parfumerie sélective peine à préserver son attractivité sur le segment des soins experts. Ce double recul ouvre un couloir de croissance durable pour l'officine positionnée sur le conseil dermatologique (Le Moniteur des Pharmacies, janvier 2026).

Performances comparées des principaux segments du conseil officinal, T1 2026 (GERS Data, avril 2026)
SegmentÉvolution valeurContribution en eurosCircuit dominant
Beauté+4,8 %+21,40 M€ (officine)Officine + e-commerce (+9,4 %)
Hygiène bucco-dentaire+8,5 %+9,8 M€ (officine)Officine (exclusive conseil)
Hygiène+6,5 %+1,4 M€ (parapharmacie)Officine + parapharmacie
Vaccination (zona)+392 %34 % des actes vaccinauxOfficine (monopole de fait)
Santé familiale-4,4 %Contributeur négatifTous circuits impactés
Sources : GERS Data, 43e atelier virtuel, avril 2026 ; Le Quotidien du Pharmacien, février 2026 ; Le Moniteur des Pharmacies, avril 2026.

« On peut dire désormais qu'il y a un réseau à deux vitesses. »

David Syr, Directeur général, GERS Data, Le Moniteur des Pharmacies, avril 2026

Ce que vous devez faire, et dans quel ordre

Action 1 : Auditer et reconfigurer votre linéaire beauté-bucco en 15 jours

Commencez par un audit de 2 heures de votre linéaire selfcare : identifiez les références acné, gencives sensibles et sécheresse buccale. Ce sont les sous-catégories qui surperforment. Retirez les doublons en santé familiale (produits états grippaux, fièvre) dont la rotation stagnera jusqu'à l'hiver prochain et réallouez cet espace linéaire aux dentifrices spécialisés, brossettes interdentaires et soins visage à promesse dermatologique. Pas d'investissement lourd requis : il s'agit de rotation de stock, pas de travaux. Critère de réussite : la surface allouée aux trois segments porteurs dépasse 30 % du linéaire selfcare total d'ici 30 jours. PharmaPex vous permet de piloter la rotation par catégorie et d'identifier les références dormantes en quelques clics, sans extraction manuelle de votre logiciel de gestion officinal.

Action 2 : Activer la prescription et l'injection zona-pneumocoque dès ce mois-ci

Si votre officine ne prescrit et n'injecte pas encore les vaccins zona et pneumocoque, vous laissez de la valeur à vos confrères. La campagne est ouverte toute l'année, sans saisonnalité contraignante. Première étape : vérifier que tous vos pharmaciens titulaires et adjoints disposent de la formation requise à l'injection (attestation DPC). Deuxième étape : identifier vos patients de 65 ans et plus dans votre base de données et planifier une campagne de rappel ciblée (affichage officine, SMS si votre LGO le permet). Troisième étape : commander les stocks de vaccins via Santé publique France. La rémunération vaccinale est fixée à 7,50 euros l'acte en métropole, un niveau que la Fédération des syndicats pharmaceutiques de France (FSPF) et l'Union des syndicats de pharmaciens d'officine (USPO) jugent insuffisant et réclament de revaloriser. Gardez ce point en surveillance : une revalorisation tarifaire modifierait directement le calcul de rentabilité de l'activité.

Action 3 : Suivre mensuellement les trois indicateurs qui signalent un décrochage

La dynamique du T1 2026 peut se retourner dès l'hiver prochain si la saison épidémique reprend et que la santé familiale rebondit, réduisant mécaniquement la part relative des trois segments porteurs. Trois indicateurs à surveiller chaque mois : (1) le chiffre d'affaires beauté-bucco en valeur absolue vs le mois N-12, (2) le nombre d'actes vaccinaux zona et pneumocoque réalisés vs votre objectif trimestriel, (3) la part de l'e-commerce dans votre zone de chalandise (proxy : les demandes de clic-and-collect et les arrivées de patients avec des produits achetés ailleurs et des questions de conseil). Ces trois indicateurs suffisent pour ajuster votre stratégie de linéaire et de formation d'équipe sans attendre les bilans annuels.