L'USPO a notifié à l'unanimité, le 9 septembre 2026, son opposition à la tacite reconduction de la convention pharmaceutique avant le 10 octobre, si elle n'obtient pas un calendrier de négociation ferme sous quinze jours. La lettre de cadrage signée par Stéphanie Rist le 4 septembre fixe le contenu des futurs travaux, mais laisse entière la question du «quand», qui est devenue une garantie politique. Derrière ce bras de fer syndicats-CNAM se jouent vos honoraires de délivrance, votre ROSP et l'avenant 3 attendu sur les missions, dont la signature est visée avant la fin octobre.

9 septembre 2026 : l'ultimatum qui fait sortir la profession de l'attente

Cinq mois de promesses non tenues. En juin 2026, ministère et Assurance Maladie avaient annoncé aux syndicats l'ouverture de groupes de travail dès juillet sur la réforme de la rémunération et sur un avenant 3. Ils n'ont pas commencé. Le conseil d'administration de l'Union des syndicats de pharmaciens d'officine (USPO), réuni le 5 septembre en séance extraordinaire, a mandaté à l'unanimité son président Pierre-Olivier Variot pour s'opposer à la tacite reconduction de la convention nationale. La notification a été adressée à la CNAM (Caisse nationale d'assurance maladie) et au ministère le 9 septembre 2026.

Deux conditions pour retirer la menace. Première condition : recevoir la lettre de cadrage ministérielle sous vingt-quatre heures. Elle a été satisfaite le 9 septembre, la lettre étant signée par Stéphanie Rist, ministre de la Santé, des Familles, de l'Autonomie et des Personnes handicapées, dès le 4 septembre. Seconde condition, toujours pendante à la date de publication : un calendrier de négociation avec une date de début et un engagement sur une date de fin, à fournir sous quinze jours.

La Fédération des syndicats pharmaceutiques de France (FSPF) partage l'urgence sans poser le même ultimatum formel. Son président par intérim Fabrice Camaioni refuse que l'ouverture des travaux soit suspendue à la fin de l'enquête de représentativité lancée fin juin. La FSPF doit se prononcer sur une éventuelle opposition à la tacite reconduction lors d'une assemblée générale extraordinaire le 25 septembre. Si les deux syndicats convergent, la pression sur la CNAM devient maximale.

Ce que la convention actuelle protège, et ce qui disparaît si elle est dénoncée

La convention nationale pharmaceutique signée le 9 mars 2022, approuvée par arrêté du 31 mars 2022 (Légifrance, JORFTEXT000045538155), est en vigueur jusqu'en mars 2027. Elle fixe l'intégralité du cadre économique des 21 000 officines françaises : honoraires de délivrance par ordonnance (0,61 euro TTC depuis l'avenant 1 de juin 2024), honoraires par conditionnement (1,02 euro TTC standard, 2,76 euros TTC pour les grands conditionnements), ROSP (Rémunération sur Objectifs de Santé Publique) en deux volets (numérique et bon usage, sur 22 indicateurs au total), indemnités de garde et d'astreinte, et rémunérations des missions de santé publique (vaccination, entretiens, dépistages).

En cas de dénonciation effective, trois scénarios s'ouvrent, avec des degrés d'impact très différents selon les délais de renégociation.

Trois scénarios, trois niveaux d'impact sur votre trésorerie

Les scénarios à anticiper ne sont pas tous équivalents pour votre officine. Le tableau ci-dessous les décrypte.

Les trois scénarios post-dénonciation et leur impact officinal (PharmaPex, septembre 2026)
Scénario Probabilité Impact honoraires Impact ROSP Impact avenant 3
Scénario 1 : Calendrier fourni avant le 10 octobre, ultimatum levé Moyen-fort (pression efficace) Aucun : convention maintenue Aucun : ROSP 2026 sécurisée Avenant 3 signable à l'automne 2026
Scénario 2 : Dénonciation formalisée, renégociation accélérée (4 à 6 mois) Moyen (précédent 2022) Honoraires maintenus à titre provisoire par la CNAM, sans garantie textuelle Calcul ROSP 2026 potentiellement perturbé si période sans convention dépasse le 31 décembre Avenant 3 gelé jusqu'à nouvelle convention
Scénario 3 : Blocage prolongé, absence de convention au-delà de 6 mois Faible (politiquement coûteux) Risque de suspension des paiements conventionnels, retour à la marge réglementaire brute ROSP 2026 non versée ou reportée en N+1 OSyS, diabète, cardiovasculaire non intégrés au droit commun
Sources : Légifrance (arrêté du 31 mars 2022), Le Moniteur des Pharmacies (septembre 2026), USPO (communiqué du 9 septembre 2026), DPGS (11 septembre 2026)

L'avenant 3 est au coeur de l'enjeu opérationnel immédiat. L'USPO veut le boucler avant le 11 octobre. Il doit renforcer les entretiens pharmaceutiques et d'accompagnement, les dépistages, la vaccination, intégrer OSyS dans le droit commun et accompagner les patients diabétiques de type 2 et ceux à risque cardiovasculaire, notamment par la mesure de la tension artérielle (dispositif issu de la loi dite «Neuder» de juillet 2026). Pour la réforme structurelle du modèle économique, Pierre-Olivier Variot table sur six à huit mois de négociation supplémentaires, soit potentiellement jusqu'à l'été 2027.

"Naïvement, j'ai cru qu'on me parlait de juillet 2026. Il s'avère que je n'ai rien vu."

Pierre-Olivier Variot, président de l'USPO, Le Moniteur des Pharmacies, septembre 2026

La FSPF, de son côté, rappelle que depuis 2012, le modèle conventionnel a amorti les baisses de prix : les 1,1 milliard d'euros de baisses de prix votées dans la Loi de financement de la Sécurité sociale (LFSS) 2025 n'ont fait perdre au réseau que 39 millions d'euros, soit moins de 4 % de la somme économisée par l'État. Perdre la convention, même temporairement, c'est perdre cet amortisseur.

Ce que vous devez faire, et dans quel ordre

Action 1 : Photographier votre situation ROSP avant le 30 septembre 2026

La ROSP due au titre de l'année N est versée en N+1. Si une période sans convention devait couvrir tout ou partie du quatrième trimestre 2026, le calcul de votre ROSP 2026 pourrait être altéré. Téléchargez dès maintenant votre tableau de bord ROSP sur amelipro.fr (rubrique «Rémunérations sur objectifs») et notez vos scores sur chacun des 22 indicateurs (15 indicateurs ROSP Numérique et accès aux soins, 7 indicateurs ROSP Bon Usage des Produits de Santé). Conservez une capture horodatée. En cas de contestation future, ce document constitue votre preuve d'activité avant toute période de flottement conventionnel. PharmaPex permet de centraliser et d'horodater automatiquement ces exports pour chaque officine du réseau.

Action 2 : Vérifier vos prérequis avenant 3 avant le 15 octobre 2026

L'avenant 3 vise à intégrer dans le droit commun des missions aujourd'hui expérimentales ou partielles : programme OSyS, accompagnement des patients diabétiques de type 2, dépistage cardiovasculaire. Vérifiez que votre officine remplit les conditions d'éligibilité actuelles : espace de confidentialité dédié, télétransmission fonctionnelle à plus de 90 %, au moins un entretien pharmaceutique d'accompagnement tracé sur le dernier trimestre. Si ce n'est pas le cas, vous risquez d'être exclu des revalorisations dès la signature. Une officine non conforme à la date d'entrée en vigueur d'un avenant n'est pas rétroactivement éligible.

Action 3 : Surveiller trois indicateurs jusqu'au 10 octobre 2026

La situation évolue quotidiennement. Trois signaux à surveiller en temps réel : (1) la publication d'un calendrier de négociation officiel par la CNAM, qui lèverait immédiatement la menace de dénonciation ; (2) le vote de la FSPF le 25 septembre en assemblée générale extraordinaire, qui dira si le rapport de force se renforce ; (3) tout communiqué du ministère de la Santé indiquant l'ouverture formelle des travaux sur l'avenant 3. En l'absence de signal positif au 10 octobre, la dénonciation devient effective et le scénario 2 s'engage. Abonnez-vous aux alertes Le Moniteur des Pharmacies et USPO.fr. PharmaPex référence en temps réel les évolutions conventionnelles qui impactent votre rémunération.