Le 17 septembre 2026, l'Union des syndicats de pharmaciens d'officine (USPO) a actualisé l'intégralité de ses fiches pratiques sur les rémunérations conventionnelles, couvrant notamment la ROSP BUPS (Rémunération sur Objectifs de Santé Publique du bon usage des produits de santé) et la REMU NUM (rémunération numérique et accès aux soins). Depuis l'avenant n°2 signé le 7 avril 2026, approuvé au Journal officiel le 21 mai, les règles de calcul de certains indicateurs ont changé, et les seuils d'éligibilité aux aides territoriales ont été élargis. Ce que l'article révèle : la majorité des titulaires facturent entre 30 % et 60 % de leur plafond théorique sur les missions cliniques, selon les données agrégées disponibles d'IQVIA et de l'Assurance Maladie.

Trois honoraires ont bougé depuis le dernier avenant, un quatrième est programmé pour 2027

L'honoraire de dispensation à l'ordonnance reste fixé à 0,61 € TTC depuis le 1er janvier 2025, issu de la revalorisation de 20 % prévue par l'avenant n°1 (Légifrance, arrêté du 5 juillet 2024). Ce niveau se maintient en 2026, mais une hausse à 0,66 € TTC est programmée pour le 1er janvier 2027, sous réserve de la clause de revoyure de l'été 2026 (Extencia, août 2026). Premier signal : cette clause n'est pas anodine. Si les objectifs collectifs de missions cliniques n'atteignent pas le seuil fixé, la revalorisation peut être repoussée ou amputée.

Plus significatif pour les officines à patientèle âgée : l'honoraire de dispensation lié à l'âge, facturé pour toute ordonnance exécutée au profit d'un patient de moins de 3 ans ou de plus de 70 ans, est passé de 1,58 € TTC à 1,68 € TTC au 1er janvier 2026 (Extencia, août 2026). Cette hausse de 10 centimes découle directement de l'avenant n°1. Elle est intégralement prise en charge par l'Assurance Maladie, sans reste à charge pour le patient. Pour une officine exécutant 80 ordonnances par jour, dont 40 % concernent des patients de plus de 70 ans (estimation cohérente avec la démographie des zones péri-urbaines et rurales), l'impact annuel potentiel de cette revalorisation atteint jusqu'à 1 168 € par an de revenu supplémentaire (calcul : 0,10 € x 32 ordonnances/jour x 365 jours ; estimation à valider sur la patientèle réelle).

L'honoraire d'ordonnance complexe, déclenché pour toute ordonnance comportant au moins 5 lignes de spécialités pharmaceutiques remboursables, reste inchangé à 0,31 € TTC. Sa facturation reste conditionnée à la proposition systématique d'un plan de posologie au patient (convention nationale pharmaceutique, 9 mars 2022 telle que modifiée). Piège fréquent : l'absence de traçabilité du plan de posologie dans le logiciel de gestion d'officine (LGO) peut entraîner un refus de prise en charge à contrôle.

ROSP BUPS et REMU NUM : la mécanique à deux étages que beaucoup de titulaires sous-estiment

La convention nationale pharmaceutique organise deux volets de rémunérations sur objectifs. La ROSP BUPS comprend 7 indicateurs dont 2 indicateurs socles. La REMU NUM est structurée autour de 15 indicateurs. Dans les deux cas, la validation des indicateurs socles est un préalable non négociable : sans eux, aucune ROSP n'est versée, quelle que soit la performance sur les autres indicateurs (ameli.fr ; ClubOfficine, avril 2026).

Les 5 indicateurs actifs de la ROSP BUPS pour l'exercice 2025-2026 portent sur : la pénétration des génériques, hybrides et biosimilaires ; la garantie de délivrance aux patients de 75 ans et plus d'une même marque de générique ; le taux de recours au motif de substitution « Urgence » ; le taux de connexion à l'outil ASAFO-PHARMA ; et l'atteinte d'un niveau de démarche éco-responsable (Pharmaprat, janvier 2026). Pour la REMU NUM, la participation à un exercice coordonné en 2025 ouvre potentiellement droit à 820 € par an (LEO Officine, février 2026). Ce seul indicateur pluriprofessionnel est l'un des plus sous-déclarés, faute de connexion entre l'officine et la structure de coordination locale.

Point de vigilance calendaire : la campagne de déclaration des indicateurs 2025 s'est tenue du 1er décembre 2025 au 27 février 2026. Passé cette date, aucun versement n'est possible (Assurance Maladie, novembre 2025). Pour l'exercice 2026, la campagne s'ouvrira le 1er décembre 2026. Il reste donc exactement 67 jours (au 25 septembre 2026) pour documenter et tracer les activités qui alimenteront la déclaration de décembre.

Trois missions cliniques concentrent l'essentiel du manque à gagner

Les données agrégées disponibles sont sans appel. En 2023, 45 000 entretiens pharmaceutiques seulement ont été réalisés sur l'ensemble du réseau officinal, soit un peu plus de deux par officine (données Assurance Maladie, citées par Le Moniteur des Pharmacies). En 2025, IQVIA Pharmastat recense 21,5 millions d'actes de soins réalisés en officine, contre 15,5 millions en 2024, soit une progression de +40 %. Mais la rémunération globale associée à ces missions n'atteint qu'environ 167 millions d'euros en 2025, sur une enveloppe conventionnelle potentiellement bien supérieure (IQVIA, cité par WhatSup Doc, septembre 2026).

Les trois missions les plus sous-déclarées, d'après les données disponibles :

Missions cliniques les plus sous-déclarées en officine (2025-2026)
Mission Rémunération unitaire (TTC) Condition déclenchante Frein principal
Bilan partagé de médication (BPM) 60 à 80 € selon âge Patient polymédiqué, 3 actes minimum Quitter le comptoir 30 min, espace de confidentialité requis
Entretien femme enceinte 50 € Déclaration de grossesse connue à l'officine Taux de réalisation très faible, absence de protocole équipe
Entretien patient sous traitement opioïde palier II Variable selon convention 2024 Renouvellement d'ordonnance opioïde Mission créée par l'avenant n°1 (juin 2024), peu connue en équipe
Sources : Assurance Maladie, IQVIA Pharmastat, convention nationale pharmaceutique et avenant n°1 (JO, juillet 2024), ameli.fr 2026.

L'entretien opioïde mérite une attention particulière. Créé par l'avenant n°1 en juin 2024 (code acte EPA), il reste peu maîtrisé par les équipes, notamment par les pharmaciens adjoints non formés depuis sa création. Or son déclenchement est quasi automatique à chaque renouvellement d'ordonnance opioïde : c'est une mission de faible charge unitaire mais à fort potentiel de volume.

"L'avenant n°2 corrige un dispositif territorial resté largement sous-exécuté en 2025 et ouvre des négociations sur l'évolution du modèle économique officinal."

Le Moniteur des Pharmacies, Analyse de l'avenant n°2, 7 avril 2026

Simulateur simplifié : calculez votre gap en 30 minutes

Le tableau ci-dessous constitue la base d'un audit rapide. Renseignez vos données réelles dans votre LGO ou votre tableau Amelipro, puis comparez au plafond théorique. L'écart identifié est votre manque à gagner annuel potentiel.

Simulateur de gap rémunération officinale (exercice 2026)
Poste de rémunération Valeur unitaire 2026 (TTC) Volume annuel estimé Plafond théorique Votre facturation réelle
Honoraire ordonnance (HDR) 0,61 € À saisir (nb ordonnances/an) = 0,61 € x volume Relevé Amelipro
Honoraire lié à l'âge (HDA) 1,68 € % patients +70 ans ou -3 ans = 1,68 € x volume Relevé Amelipro
Honoraire ordonnance complexe (HC) 0,31 € Ordonnances avec 5+ lignes = 0,31 € x volume Relevé Amelipro
REMU NUM (exercice coordonné) 820 € /an 1 si participation validée 820 € Déclaration Amelipro
BPM (bilan de médication) 60 à 80 €/dossier Nombre de dossiers ouverts À estimer Relevé LGO
Entretien femme enceinte 50 €/entretien Grossesses déclarées à l'officine À estimer Relevé LGO
Entretien opioïde palier II (EPA) Voir convention 2024 Renouvellements opioïdes/an À estimer Relevé LGO
Sources : convention nationale pharmaceutique (JO 30 avril 2022), avenant n°1 (JO 5 juillet 2024), avenant n°2 (JO 21 mai 2026), Extencia (août 2026), ameli.fr (2026).

Ce que vous devez faire, et dans quel ordre

Action 1 : Comparer votre relevé Amelipro aux grilles USPO dans les 7 jours

Connectez-vous à Amelipro, rubrique « Ma convention », et extrayez vos données de facturation sur les 12 derniers mois. Comparez ligne par ligne aux montants de la grille mise à jour le 17 septembre 2026 par l'USPO. Vérifiez en priorité l'honoraire lié à l'âge (HDA) : depuis le 1er janvier 2026, il est à 1,68 € TTC. Si vos relevés affichent encore 1,58 €, il existe un problème de paramétrage dans votre LGO ou de rejet silencieux de votre CPAM. Sur ce point précis, l'USPO a déjà signalé des incidents de paiement liés à la date de facturation versus la date de prescription (Le Moniteur des Pharmacies, août 2024) : la date qui fait foi est celle de la facturation, pas celle de la prescription.

Action 2 : Auditer les trois missions sous-déclarées dans votre équipe avant le 1er décembre

Il reste 67 jours (au 25 septembre 2026) avant l'ouverture de la campagne de déclaration ROSP 2026. C'est le délai pour documenter et tracer. Réunissez votre équipe sur deux points concrets : (1) L'entretien opioïde palier II, créé par l'avenant n°1 en juin 2024, est-il déclenché systématiquement à chaque renouvellement ? (2) Les dossiers BPM ouverts sont-ils correctement codifiés dans le LGO pour la facturation par étapes (25 % au 1er acte, 25 % au 2e, 50 % au 3e acte, selon le barème Assurance Maladie en vigueur depuis 2025) ? PharmaPex permet de croiser vos données de dispensation avec les seuils conventionnels pour identifier automatiquement les patients éligibles non encore engagés dans une mission.

Action 3 : Surveiller la clause de revoyure sur l'honoraire ordonnance en fin d'année 2026

La revalorisation de l'honoraire HDR à 0,66 € TTC au 1er janvier 2027 est conditionnée à une clause de revoyure dont les résultats seront connus en fin d'année 2026. Selon les dispositions de l'avenant n°1, cette hausse est subordonnée notamment à l'atteinte collective d'objectifs de missions de santé publique. Abonnez-vous aux alertes conventionnelles de l'USPO et de la FSPF. Intégrez dès maintenant le scénario « hausse confirmée » et le scénario « hausse différée » dans vos prévisions de trésorerie pour le 1er trimestre 2027.