Le gouvernement a annoncé le 23 juillet 2026 le doublement du plafond annuel des franchises médicales et des participations forfaitaires, de 100 à 200 euros par personne et par an. Les montants unitaires, eux, ne bougent pas : 1 euro par boîte de médicament, 2 euros par consultation. Ce qui change, c'est le nombre de prélèvements que le plafond laisse passer avant de s'arrêter. Et pour l'officine, la conséquence ne se lit pas dans une facture, mais dans la conversation au comptoir.
Ce que le décret doublerait, et ce qu'il ne touche pas
Deux prélèvements coexistent. La franchise médicale : 1 euro par boîte de médicament, 1 euro par acte paramédical, 4 euros par transport sanitaire. La participation forfaitaire : 2 euros par consultation ou acte médical, par acte de radiologie et par analyse de biologie médicale. Ces montants unitaires ont été portés à leurs niveaux actuels en 2024 et ne sont pas concernés par l'annonce. Ce qui doublerait, ce sont les plafonds annuels : aujourd'hui 50 euros par catégorie, soit 100 euros au total par personne et par an ; demain 100 euros par catégorie, soit 200 euros au total. Un patient à fort recours aux soins pourrait donc supporter jusqu'à environ 100 euros de reste à charge supplémentaire dans l'année.
Pourquoi l'officine est en première ligne alors qu'elle n'encaisse rien
La franchise n'est pas payée au comptoir. En tiers payant, cas courant en pharmacie, elle est retenue par l'Assurance maladie sur les remboursements ultérieurs de l'assuré ou via un avis de sommes à payer. Le pharmacien ne l'encaisse donc pas. Mais c'est au comptoir que le patient la découvre, s'en étonne et pose ses questions. C'est là que se joue la conséquence de second ordre : plus le plafond monte, plus il devient rentable, pour un patient qui compte, de renoncer à une boîte ou d'espacer une délivrance. Le doublement du plafond n'augmente pas le prix d'un médicament ; il augmente la probabilité qu'un patient polymédiqué arbitre contre son traitement.
| Élément | Aujourd'hui (en vigueur) | Projet de décret (annoncé le 23/07/2026) |
|---|---|---|
| Montant unitaire franchise (médicament) | 1 € / boîte | Inchangé |
| Montant unitaire participation forfaitaire | 2 € / consultation ou acte | Inchangé |
| Plafond annuel franchise médicale | 50 € / an | 100 € / an |
| Plafond annuel participation forfaitaire | 50 € / an | 100 € / an |
| Plafond global cumulé | 100 € / an | 200 € / an |
| Sont totalement exonérés : les moins de 18 ans, les femmes enceintes (du 6e mois jusqu'au 12e jour après l'accouchement), les bénéficiaires de la Complémentaire santé solidaire (CSS) et de l'Aide médicale de l'État (AME). L'ALD ne dispense pas des franchises. | ||
Les patients qui atteindront 200 euros en premier
Un point mal compris mérite d'être répété au comptoir : l'affection de longue durée supprime le ticket modérateur sur les soins liés à l'affection, mais pas la franchise ni la participation forfaitaire. Ce sont donc les patients en ALD, les polymédiqués et les personnes âgées qui atteignent le plafond le plus vite, et qui seront les premiers exposés au nouveau palier. Ce sont aussi ceux pour qui l'abandon de traitement coûte le plus cher au système, plus tard, en hospitalisations et en décompensations. Le repérage de ces patients, et un message factuel plutôt qu'anxiogène, valent mieux qu'une découverte subie de l'avis de sommes à payer.
Ce que vous devez faire, et dans quel ordre
- Surveillez la publication du décret au Journal officiel : tant qu'il n'y est pas, les plafonds restent 50 euros par catégorie. Ne communiquez pas sur les 200 euros comme s'ils s'appliquaient.
- Repérez vos patients les plus exposés : polymédiqués, ALD, personnes âgées à fort recours. Ce sont eux qui atteindront 200 euros et risquent l'arbitrage contre le traitement.
- Préparez un message de comptoir factuel : ce qui change (le plafond, pas le prix), ce qui n'a pas changé (les montants), et qui est exonéré (moins de 18 ans, grossesse, CSS, AME).
- Orientez vers les droits : un patient qui bascule sous le plafond de ressources de la CSS est totalement exonéré. Vérifiez que vos patients fragiles ne passent pas à côté.
- Documentez les renoncements que vous constatez : un patient qui refuse une boîte pour ne pas alourdir sa franchise est un signal clinique, pas seulement économique.
Reste à charge patient
Quels patients vont décrocher quand le plafond doublera ?
Le doublement du plafond frappe d'abord les polymédiqués, les patients en ALD et les personnes âgées. PharmaPex outille le repérage des patients à risque d'abandon de traitement et la veille sur la publication du décret, pour préparer le discours de comptoir avant l'entrée en vigueur.
Décret annoncé le 23 juillet · non encore publié