Dans son rapport Charges et Produits pour 2027, publié le 2 juillet et approuvé le 9 juillet 2026, l'Assurance maladie annonce une analyse approfondie du poids économique des groupements d'officine. C'est la première fois que le régulateur reconnaît qu'il ne peut plus lire la rentabilité des pharmacies sans passer par eux. Ce que montre cet article : pourquoi cette annonce concerne chaque titulaire, adhérent ou non, et pourquoi la cartographie que la Cnam dit lui manquer, l'Observatoire PharmaPex a commencé à la construire.
Ce que le rapport Cnam dit de votre économie
Le rapport Charges et Produits 2027 ne se limite pas à sa trajectoire de 3,9 milliards d'euros d'économies. Il ouvre les comptes de l'officine (Le Moniteur des pharmacies, 13 juillet 2026). Entre 2018 et 2023, le chiffre d'affaires agrégé des pharmacies est passé de 17,67 à 23,09 milliards d'euros. Sur la même période, l'excédent brut d'exploitation du secteur est resté stable autour de 3 milliards d'euros. Résultat : la rentabilité opérationnelle s'est dégradée d'environ 20 % entre 2018 et 2023, et de 31 % entre 2022 et 2023 (Cnam, rapport Charges et Produits 2027, cité par Le Moniteur des pharmacies).
La structure de charges explique l'écart. Les achats de marchandises représentent 76,6 % des charges d'exploitation, les charges de personnel près de 17 % (Cnam, rapport Charges et Produits 2027). La croissance du chiffre d'affaires nourrit d'abord les achats. Elle ne nourrit plus le résultat.
Pourquoi la Cnam cible les groupements
C'est dans ce diagnostic que le rapport introduit son annonce. La Cnam estime que l'analyse de la rentabilité du secteur est devenue difficile à conduire sans intégrer un acteur dont le poids a grandi dans la distribution pharmaceutique : les groupements. Elle annonce une analyse de leur poids économique, de leur rôle dans la chaîne de distribution du médicament et de leurs liens avec les officines (Le Moniteur des pharmacies, 13 juillet 2026).
L'ampleur du phénomène est documentée par ailleurs. 37 % des officines françaises opèrent sous enseigne de groupement, avec une progression d'environ un point par an, et 98 groupements actifs étaient recensés en 2025 (Observatoire LPC des groupements et des enseignes, édité par Activ'Pharma Conseils avec IQVIA France, cité par Le Moniteur des pharmacies, novembre 2025). Plus de 7 000 pharmacies appartiennent à un réseau structuré. Le rapport conjoint IGAS-IGF de mai 2026 a, lui, chiffré pour la première fois les flux financiers qui gravitent autour de ces structures : jusqu'à 680 millions d'euros par an sur les seuls génériques transiteraient vers les groupements sous forme de prestations commerciales, des ordres de grandeur que les syndicats jugent eux-mêmes difficiles à objectiver faute de transparence.
Car aucune source publique ne consolide, à ce jour, les flux économiques internes de ces réseaux : chiffres d'affaires des structures, cotisations, rétrocessions, participations croisées. Le régulateur lui-même part de ce constat. Mais l'idée qu'aucune cartographie n'existerait est fausse par excès de modestie : l'Observatoire PharmaPex documente déjà 143 groupements régionaux rattachés à 17 consolidateurs, précise pour chacun son rattachement capitalistique et suit la financiarisation du secteur, avec un niveau de confiance affiché par entrée. Le titulaire n'a donc pas à attendre les travaux de la Cnam pour situer son propre réseau.
Ce qu'une cartographie indépendante établit, et ce qu'elle cherche encore
Le travail se construit à partir de sources publiques : immatriculations et comptes déposés aux greffes, annonces BODACC, structures juridiques visibles sur les registres, communications des groupements eux-mêmes. Il est long. Les comptes de nombreuses structures sont déposés avec option de confidentialité, les périmètres mêlent centrales d'achats, coopératives, enseignes et sociétés de services, et les liens capitalistiques ne sont pas toujours publiés. C'est précisément la méthode de l'Observatoire PharmaPex, qui publie ses résultats par étapes, méthodologie affichée, et distingue le rattachement documenté en registre légal de la donnée simplement déclarée. Ce premier volet établit le point de départ : ce que le régulateur sait, ce qu'il cherche, et ce que la cartographie indépendante rend déjà lisible.
| Indicateur | Valeur | Période |
|---|---|---|
| Chiffre d'affaires agrégé des officines | 17,67 puis 23,09 milliards d'euros | 2018 puis 2023 |
| EBE du secteur | stable, environ 3 milliards d'euros | 2018 à 2023 |
| Rentabilité opérationnelle | baisse d'environ 20 %, puis 31 % | 2018-2023, puis 2022-2023 |
| Achats de marchandises dans les charges | 76,6 % | 2023 |
| Charges de personnel | près de 17 % | 2023 |
| Officines sous enseigne de groupement | 37 %, plus environ un point par an | 2025 (Observatoire LPC) |
| Flux vers les groupements sur les génériques | jusqu'à 680 millions d'euros par an | IGAS-IGF, mai 2026 |
| Sources : Cnam, rapport Charges et Produits pour 2027 (ameli.fr) ; Le Moniteur des pharmacies, 13 juillet 2026 ; Observatoire LPC 2025 ; rapport IGAS-IGF, mai 2026. | ||
Ce que vous devez faire, et dans quel ordre
Action 1 : établir le compte complet de votre relation groupement
Sur les douze derniers mois, additionnez d'un côté ce que le groupement vous coûte : cotisations, redevances d'enseigne, services facturés, engagements d'achats. De l'autre, ce qu'il vous rapporte de mesurable : conditions négociées par rapport aux conditions hors groupement, services effectivement utilisés, apport de trafic attribuable. Le solde net annuel de la relation, calculé avant le 30 septembre, est la seule donnée qui vous dise si votre réseau vous sert ou vous coûte.
Action 2 : comparer votre EBE aux références publiques avant la vague PLFSS
Les chiffres du rapport Cnam vont devenir la référence du débat de l'automne. Positionnez votre officine par rapport à eux : évolution de votre EBE sur cinq ans face à un secteur à EBE stable, poids de vos achats face aux 76,6 % sectoriels. Un titulaire qui connaît son écart à la référence négocie mieux, avec sa banque comme avec son groupement.
Action 3 : suivre la publication des travaux Cnam sur les groupements
Le rapport annonce l'analyse, pas sa date. Sa publication, probablement liée au cycle des prochains rapports Charges et Produits, redistribuera l'information entre titulaires et groupements. Tenez une veille sur les publications Cnam et sur les auditions parlementaires citant les groupements, jusqu'à parution.
Le régulateur cherche, vous pouvez déjà savoir
Que vous coûte et vous rapporte vraiment votre groupement ?
L'Observatoire PharmaPex cartographie déjà 143 groupements rattachés à 17 consolidateurs, région par région, indépendamment des laboratoires et des groupements. Et son module de pilotage isole, dans vos propres comptes, le solde net de votre relation groupement.
Tiers neutre · sources primaires ou officielles