Le 7 avril 2026, l'USPO a présenté à la CNAM un catalogue de cinq nouvelles missions officinales, HTA, IST, douleurs dentaires, cancer du col de l'utérus, contraception, lors d'une réunion bilatérale tenue le jour même de la signature de l'avenant n°2. L'Assurance maladie s'est dite « très intéressée » par plusieurs propositions, en particulier celle sur les douleurs dentaires, et prête à la relayer rapidement auprès du ministère. Ce que les communiqués syndicaux ne disent pas : une proposition de loi sur la santé cardiovasculaire a été adoptée par l'Assemblée nationale le 8 avril, le lendemain même de cette réunion, ouvrant légalement la voie à la mesure de pression artérielle rémunérée en officine.

Le 7 avril 2026 : deux événements en un seul jour

Le mardi 7 avril 2026 restera une date charnière pour l'officine française. Le matin, l'avenant n°2 à la convention nationale pharmaceutique est signé par quatre parties : l'Union nationale des caisses d'Assurance maladie (UNCAM), l'Union nationale des organismes complémentaires d'assurance maladie (UNOCAM), la Fédération des syndicats pharmaceutiques de France (FSPF) et l'Union des syndicats de pharmaciens d'officine (USPO). L'après-midi, une réunion bilatérale de travail réunit l'USPO et la CNAM pour discuter de missions entièrement nouvelles.

L'avenant n°2 règle un problème connu : le dispositif d'aide aux officines fragiles, issu de l'avenant n°1 signé en juin 2024, n'avait concerné que 149 pharmacies en 2025, alors que l'objectif initial était proche de 1 000 officines (Le Moniteur des Pharmacies, 8 avril 2026). Le texte assouplit les critères de zonage, et selon la CNAM, devrait permettre à près d'un millier d'officines de bénéficier potentiellement de l'accompagnement financier allant jusqu'à 20 000 euros par an, dès 2026 (CNAM, communiqué du 8 avril 2026).

Mais l'avenant n°2 ne se limite pas à cette correction territoriale. Son préambule, arraché par l'USPO lors des négociations, acte l'engagement écrit de l'Assurance maladie d'ouvrir sans délai des négociations structurelles. C'est dans ce contexte que la réunion de l'après-midi prend toute son importance.

« Cet avenant contient surtout un engagement essentiel : ouvrir sans délai des négociations structurelles. »

Pierre-Olivier Variot, Président, USPO, 7 avril 2026

Cinq missions sur la table : le détail complet

Mission 1, Hypertension artérielle (HTA). C'est la proposition la plus avancée sur le plan législatif. 6 millions de Français souffrent d'HTA sans le savoir, soit un adulte hypertendu sur deux qui ignore sa pathologie (Quotidien du Médecin, 7 avril 2026). Dès le 7 avril, l'Assemblée nationale examine une proposition de loi portée par Yannick Neuder, député LR de l'Isère et ancien ministre de la Santé. Son article 1er bis ouvre aux pharmaciens, aux côtés des kinésithérapeutes, la possibilité de mesurer la pression artérielle des patients et de contribuer au dépistage précoce, avec rémunération par l'Assurance maladie. Le texte a été adopté le soir du 8 avril 2026 (Le Moniteur des Pharmacies, 9 avril 2026). Ce que l'USPO demande va plus loin : en cas d'indisponibilité médicale, le pharmacien pourrait poser un holter tensionnel et, dans certains cas, initier une prescription transitoire d'inhibiteurs calciques, le temps de remettre le patient dans un parcours de soins structuré.

Mission 2, Douleurs dentaires. Des protocoles locaux existent depuis 2023 en Charente-Maritime. Selon un arbre décisionnel, les pharmaciens dispensent bains de bouche et antalgiques, et si nécessaire initient un traitement antibiotique (Le Moniteur des Pharmacies, 8 avril 2026). C'est précisément la CNAM qui s'est montrée la plus enthousiaste sur ce dossier : selon Le Moniteur des Pharmacies, l'Assurance maladie s'est dite « très intéressée » par cette proposition et prête à la relayer rapidement auprès du ministère. Les urgences dentaires représentaient 5 % des consultations aux urgences hospitalières en 2021, une charge que le réseau officinal pourrait absorber directement (USPO, 2023). L'USPO plaide pour une nationalisation des protocoles locaux existants, sans réinventer de cadre.

Mission 3, IST. L'expérimentation est déjà en cours. En Guyane, où la prévalence du VIH est trois à quatre fois plus élevée qu'en métropole, un TROD combinant VIH, hépatites B, C et syphilis en officine, couplé à un prélèvement urinaire pour dépister chlamydia et gonocoque, est en cours de déploiement. 85 % des pharmaciens guyanais soutiennent cette prise en charge, qui pourrait être lancée avant l'été 2026, une fois la stratégie régionale finalisée par l'ARS Guyane d'ici mai 2026 (Le Moniteur des Pharmacies, avril 2026). L'enjeu pour l'USPO : faire de la Guyane le terrain pilote d'une généralisation à l'ensemble du réseau métropolitain. En France, 20 % des personnes infectées par le VIH ignorent leur séropositivité, et 60 % des transmissions ont lieu par des personnes non diagnostiquées.

Mission 4, Cancer du col de l'utérus. L'USPO propose de distribuer en officine des autotests HPV sur autoprélèvement vaginal, à destination des femmes de 30 à 65 ans ne participant pas ou insuffisamment au dépistage organisé. Le cancer du col de l'utérus est aujourd'hui prévenu dans potentiellement 9 cas sur 10 grâce à un dépistage régulier (Le Moniteur des Pharmacies, 8 avril 2026, chiffre à interpréter comme une estimation de couverture maximale). De 25 à 65 ans, seulement 59 % des femmes concernées participaient au dépistage sur la période 2018-2020, contre un objectif fixé à 80 % (SYNLAB, janvier 2026). L'USPO tire son argumentaire du succès de la distribution des kits de dépistage du cancer colorectal : si les officines ont démontré leur capacité pour le CCR, le modèle est transposable au HPV. L'Assurance maladie ne s'est pas prononcée défavorablement sur ce dossier.

Mission 5, Contraception post-pilule du lendemain. L'USPO propose que le pharmacien puisse prescrire une contraception orale régulière aux femmes se présentant pour une contraception d'urgence, sur le modèle québécois. Le syndicat pointe le cas de nombreuses femmes en déshérence de prise en charge contraceptive, sans accès à un suivi gynécologique régulier. La mesure s'inscrirait dans une proposition de loi transpartisane sur la santé sexuelle des femmes, annoncée comme imminente par Pierre-Olivier Variot (Le Moniteur des Pharmacies, 8 avril 2026).

Ce que ça change concrètement pour votre officine

Ces propositions ne sont pas encore des missions rémunérées. Elles sont à ce stade des documents de travail soumis à négociation. La distinction est importante, car le calendrier conditionne tout. La poursuite des négociations structurelles reste liée à la publication du rapport conjoint Igas-IGF sur les flux financiers du médicament, demandé après la réforme des remises sur les génériques à l'été 2025 (Le Moniteur des Pharmacies, 8 avril 2026). Les syndicats n'ont eu accès qu'aux conclusions du rapport, pas au texte complet.

La convention nationale pharmaceutique arrive à échéance en avril 2027. Un avenant de revoyure doit obligatoirement s'ouvrir entre juin et septembre 2026 (Le Moniteur des Pharmacies, décembre 2025). C'est dans ce créneau de six mois que les cinq missions soumises le 7 avril devront trouver, ou non, une traduction conventionnelle et financière. L'USPO a déjà dit vouloir discuter d'un avenant 3 « très rapidement », une volonté partagée par la CNAM.

État d'avancement des 5 missions proposées par l'USPO le 7 avril 2026
Mission Cadre juridique Stade au 9 avril 2026 Réaction CNAM
HTA, mesure de pression artérielle Loi Neuder adoptée le 8 avril 2026 Cadre légal voté, tarif à négocier Favorable (préambule avenant 2)
Douleurs dentaires, antibiothérapie protocollée Protocoles locaux (Charente-Maritime, 2023) Expérimentation locale, nationalisation à négocier Très intéressée, relai ministère
IST, TROD VIH/hépatites/syphilis/chlamydia Article 51 LFSS, stratégie ARS Guyane Expérimentation Guyane avant été 2026 Favorable (expérimentation actée)
Cancer du col de l'utérus, autotest HPV Proposition USPO, pas de cadre légal spécifique Proposition soumise, pas de réponse officielle Pas de défaveur exprimée
Contraception orale post-urgence PPL transpartisane en cours de rédaction Attendant le véhicule législatif Non traitée à ce stade
Sources : Le Moniteur des Pharmacies (8 avril 2026), Revue Pharma (8 avril 2026), USPO (8 avril 2026), Quotidien du Médecin (7 avril 2026)

Ce que vous devez faire, et dans quel ordre

Action 1 : Cartographier dès maintenant votre patientèle à risque HTA (avant juin 2026)

La loi Neuder est adoptée. La rémunération reste à négocier, mais le cadre légal est voté. Agir maintenant signifie : identifier combien de patients de votre patientèle sont potentiellement hypertendus non diagnostiqués (la prévalence nationale est d'un adulte sur trois, soit environ 6 millions de cas silencieux), vérifier que vos appareils de mesure tensionnelle sont conformes et en état de fonctionnement, et former votre équipe officinale aux arbres décisionnels d'orientation. Les officines qui déploieront cette mission dès son ouverture auront un avantage de patientèle et d'image sur celles qui attendront. Si votre logiciel métier propose déjà un module de suivi tensionnel, activez-le.

Action 2 : Surveiller la stratégie IST en Guyane et les appels à candidature nationaux (avant fin 2026)

L'expérimentation guyanaise se finalise d'ici mai 2026. Si elle est concluante, et 85 % des pharmaciens locaux la soutiennent, un appel à candidature pour des sites pilotes métropolitains pourrait suivre rapidement. Inscrivez-vous dès maintenant aux communications de l'USPO et de l'ARS de votre région. Si vous exercez en zone prioritaire (ZSP, désert médical, communauté professionnelle territoriale de santé), votre officine a un argument de positionnement fort. Les 14 TROD réalisés en une matinée lors de l'expérimentation guyanaise informelle confirment que la demande existe. PharmaPex peut vous aider à structurer le volet administratif et économique d'une candidature à une expérimentation article 51 LFSS si l'appel est lancé dans votre région.

Action 3 : Surveiller l'indicateur conventionnel : la date d'ouverture de l'avenant de revoyure (juin-septembre 2026)

C'est dans cet avenant, dont l'ouverture est obligatoire entre juin et septembre 2026, que les cinq missions du 7 avril trouveront ou non leur traduction en tarif. Indicateur à suivre : la publication de la lettre d'orientation ministérielle, déclenchée par la remise intégrale du rapport Igas-IGF. Dès que cette lettre paraît, les négociations structurelles s'ouvrent formellement. Abonnez-vous aux alertes du Moniteur des Pharmacies et de l'USPO. C'est à ce moment précis que vous devrez décider, avec votre expert-comptable, du modèle économique associé à chaque nouvelle mission.