La France métropolitaine compte 19 990 officines au 1er janvier 2026, soit 29 pharmacies pour 100 000 habitants contre 34 il y a dix ans (Ordre national des pharmaciens, Panorama de la démographie 2026). Le maillage français reste l'un des plus denses d'Europe, mais il se contracte et se concentre. Derrière la moyenne nationale se cache une géographie très inégale : la carte, pas le total, dit l'état réel de l'accès au médicament. Voici comment la lire.

Un maillage encore dense, mais qui se contracte et se concentre

Le réseau officinal français a perdu 10,2 % de ses points de vente en dix ans et reculé de 1,3 % sur la seule dernière année (Ordre national des pharmaciens, Panorama au 1er janvier 2026). En comptant l'outre-mer, le pays approche désormais les 19 990 officines. La densité suit la même pente : 29 officines pour 100 000 habitants en 2026, contre 30 en 2024 et 34 en 2015. Le maillage tient, mais il s'amincit d'année en année.

Surtout, il se concentre. Trois régions, l'Île-de-France, l'Auvergne-Rhône-Alpes et la Nouvelle-Aquitaine, réunissent à elles seules 40 % des officines françaises (Ordre national des pharmaciens, 2026). Cette concentration ne dit pas que le reste du territoire est vide, mais que la moyenne nationale lisse des situations radicalement différentes d'un bassin de santé à l'autre.

L'autre visage de la carte est rural. Une officine sur trois est implantée dans une commune de moins de 5 000 habitants (Ordre national des pharmaciens, 2026). Dans nombre de ces communes, le pharmacien est le dernier professionnel de santé encore présent, et la fermeture d'une officine n'y prive pas seulement d'un commerce : elle ouvre une zone blanche d'accès au médicament.

Pourquoi un désert pharmaceutique se crée : la mécanique des seuils et des fermetures sèches

La répartition des officines n'est pas libre, elle est encadrée. Le Code de la santé publique conditionne toute ouverture à un seuil de population : une première officine à partir de 2 500 habitants dans la commune, puis une officine supplémentaire par tranche entière de 4 500 habitants (articles L5125-4 et L5125-11 du Code de la santé publique, dans leur rédaction issue de l'ordonnance n° 2018-3 du 3 janvier 2018). Cette règle protège le maillage en garantissant une présence de proximité, mais elle le rigidifie aussi.

Quand une commune perd des habitants ou que sa dernière officine cesse son activité, la réouverture devient juridiquement contrainte. Le réseau se vide donc plus vite qu'il ne se reconstitue. Le rythme des fermetures a plus que doublé : environ 211 disparitions d'officines par an depuis 2015, contre 95 par an sur la période 2007-2014 (Cour des comptes, RALFSS, 26 mai 2025). Et près de six fermetures sur dix sont sèches, c'est-à-dire sans repreneur (Le Moniteur des pharmacies, données 2024-2025).

La conséquence se mesure en kilomètres. Le temps de trajet moyen pour rejoindre une officine a augmenté de près de 7 % entre 2020 et 2023 (Cour des comptes, 2025). La fragilité n'a donc rien d'aléatoire : elle suit une géographie lisible, faite de communes sans médecin, d'officines isolées à plus de dix minutes de la suivante, et de titulaires proches de la retraite sans successeur identifié.

"Les règles d'installation sont de moins en moins adaptées au maintien du maillage officinal."

Cour des comptes, rapport sur l'application des lois de financement de la sécurité sociale, 26 mai 2025

Le diagnostic est désormais institutionnel. La Cour des comptes juge le zonage actuel des territoires fragiles « peu adapté » et propose d'abandonner le critère de population au profit d'un critère de temps d'accès entre deux officines (rapport du 26 mai 2025). La Fédération des syndicats pharmaceutiques de France pointe la même limite : le dispositif d'aide, plafonné à 20 000 euros par an et par officine, ne toucherait qu'environ 200 pharmacies alors qu'un millier en auraient besoin.

Ce que la carte change pour un titulaire : anticiper plutôt que subir

Pour un titulaire, la carte territoriale n'est pas un objet d'étude, c'est un outil de décision. Chaque fermeture sèche dans un rayon proche redistribue de la patientèle, et cette redistribution n'est pas neutre : elle profite à l'officine la mieux positionnée, la plus visible et la mieux dotée en services, pas nécessairement à la plus proche géographiquement. Lire sa zone, c'est anticiper ce mouvement avant qu'il ne se produise.

Trois lectures sont utiles. La densité locale situe l'officine par rapport à la moyenne nationale et révèle si le bassin est sur-doté ou sous-doté. Le risque de succession des officines voisines, lié à l'âge des titulaires, signale les fermetures probables à court terme. L'indice de fragilité territoriale croise l'éloignement, la présence d'un médecin et la dynamique de population pour distinguer une zone qui tient d'une zone qui décroche.

C'est précisément ce que produit l'Observatoire PharmaPex. Il croise les données de maillage FINESS, les populations communales de l'INSEE et le répertoire RPPS de l'Ordre des pharmaciens pour calculer, officine par officine et commune par commune, une densité locale, un score de succession et un indice de fragilité, selon une méthodologie publique. Cette donnée territoriale, longtemps réservée aux groupements et aux réseaux, devient ainsi lisible pour le pharmacien indépendant.

Les indicateurs clés du maillage officinal français, et leurs sources
IndicateurValeurSource datée
Officines en France métropolitaine19 381 (au 1er janvier 2026)ONP, Panorama 2026
Densité nationale29 officines pour 100 000 habitantsONP, Panorama 2026
Concentration régionale40 % dans 3 régions (IDF, Auvergne-Rhône-Alpes, Nouvelle-Aquitaine)ONP, Panorama 2026
Ancrage de proximité1 officine sur 3 en commune de moins de 5 000 habitantsONP, Panorama 2026
Érosion du réseaumoins 10,2 % d'officines en 10 ansONP, Panorama 2026
Rythme de fermetureenviron 211 officines par an depuis 2015Cour des comptes, mai 2025
Fermetures sans repreneurprès de 6 sur 10Le Moniteur, 2024-2025
Seuil légal d'implantation2 500 habitants, puis 1 officine par tranche de 4 500Art. L5125-4 et L5125-11 CSP
ONP : Ordre national des pharmaciens. Densité et concentration calculées sur la France métropolitaine.

Par où commencer : lire son territoire avant qu'il ne se reconfigure

Situer sa densité locale. Première étape, comparer le nombre d'habitants par officine de son bassin à la moyenne nationale, proche d'une officine pour 3 400 habitants. Une zone nettement au-dessus de ce ratio est sous-dotée, donc à fort potentiel de captation ; une zone très en dessous est saturée, ce qui appelle une stratégie de différenciation plutôt que de volume.

Cartographier les officines à risque dans son rayon. Un titulaire de plus de 60 ans sans successeur, dans une commune sans médecin, est un signal de fermeture probable à court terme. Repérer ces points permet d'anticiper la redistribution de patientèle plutôt que de la découvrir le jour où elle a lieu.

Se positionner pour absorber. L'officine qui capte la patientèle déplacée est celle qui est visible localement et dotée de services : missions cliniques rémunérées, présence numérique, amplitude d'accueil. La carte indique où le mouvement va se produire ; les services déterminent qui en bénéficie.

Surveiller la réforme. Une évolution des règles d'installation est en débat : la Cour des comptes pousse pour substituer un critère de temps d'accès au critère de population, et l'assouplissement du zonage des territoires fragiles revient à chaque discussion conventionnelle. Rien n'est arbitré à ce jour. Ce point relève de la veille, pas de la décision immédiate, mais il peut rebattre la carte des implantations possibles dès qu'il sera tranché.

Et votre territoire ?

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L'Observatoire PharmaPex calcule la densité de votre zone, le score de succession des officines voisines et l'indice de fragilité de votre territoire, à partir des données FINESS, INSEE et RPPS de l'Ordre.

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