1 407 transactions enregistrées en 2025, soit un ralentissement de –2,5 % par rapport à 2024, mais c'est la nature du marché qui a radicalement changé, pas seulement son volume. L'étude annuelle d'Interfimo, présentée le 2 avril 2026, révèle un clivage structurel entre officines robustes et officines fragiles qui redéfinit chaque indicateur de valorisation. Ce que l'enquête montre, et que les communiqués syndicaux n'ont pas dit, c'est que la rémunération médiane d'un titulaire en SEL a reculé pour la deuxième année consécutive, à 60 400 €, pendant que les multiples EBE des grandes officines continuaient de progresser.

1 407 transactions et un marché qui se rétrécit par le bas

Le chiffre de volume donne une fausse impression de stabilité. 1 407 opérations ont été enregistrées en 2025, contre 1 442 en 2024 (Interfimo, 2 avril 2026). La baisse est de –2,5 %, soit une décélération très nette par rapport à la chute de –10 % enregistrée l'année précédente. Mais derrière ce chiffre global, la composition du marché s'est profondément transformée.

Les cessions de fonds de commerce ont progressé de +9,5 % en 2025 et représentent désormais 57 % des transactions, contre 53 % en 2024 (Interfimo). Ce rebond n'est pas un signe de confiance : il est en grande partie mécanique. La perspective de la fin du dispositif d'amortissement fiscal des fonds acquis, introduit en 2022 et reconduit jusqu'au 31 décembre 2029 par la loi de finances pour 2026, a précipité les arbitrages. Les cédants ont voulu vendre un fonds plutôt que des titres, conscients que ce levier fiscal était temporairement attractif pour les repreneurs. En parallèle, les cessions de titres sont tombées à 43 % des transactions, contre 47 % en 2024 : les repreneurs manifestent de la réticence à intégrer des structures de grande taille dont les valorisations les dissuadent.

Ce rééquilibrage cache une réalité plus dure : les petites officines de quartier peinent à trouver preneur. Les officines de quartier représentent 45 % des structures générant moins de 400 000 € de marge. Ce sont elles qui concentrent la majorité des difficultés de cession, et de défaillance.

EBE, marge, multiple : trois indicateurs qui ne racontent plus la même histoire

L'étude Interfimo 2025 consacre le basculement définitif vers un référentiel de valorisation centré sur la marge et l'EBE retraité, au détriment du coefficient de chiffre d'affaires. La raison est arithmétique : deux officines avec le même CA peuvent avoir des marges radicalement différentes si l'une est exposée aux médicaments chers à faible taux de marge (environ 3 %).

Pour les officines générant plus de 400 000 € de marge, le prix de cession moyen est de 76 % du CA en 2025, contre 78 % en 2024, et le multiple de marge s'établit à 2,68 fois, contre 2,71 (Interfimo). Ces replis sont limités. C'est le signe d'un marché encore tenu pour ces structures. À l'autre extrémité, les officines de moins de 400 000 € de marge se cèdent à 51 % du CA (–4 points vs 2024) et à 1,88 fois la marge (contre 1,90). L'écart entre les deux segments ne cesse de se creuser.

Le multiple d'EBE raconte une troisième tension. Pour les officines de plus de 1 million d'euros de CA, ce ratio atteint 2,83 fois la marge en 2025. Dans les régions les plus convoitées, centres commerciaux, atouts touristiques, quorum favorable, certaines pharmacies se cèdent au-delà de 7,6 fois l'EBE retraité (données Interfimo 2024, confirmées comme tendance en 2025). À l'inverse, les officines éprouvant les plus grandes difficultés à dégager un EBE, centre-ville à loyers lourds, structures sous le seuil critique de CA, demeurent les moins cotées du marché.

Défaillances, rotation, géographie : les 4 chiffres qui complètent le diagnostic

Le nombre de défaillances officinales est passé de 140 en 2024 à 144 en 2025, soit 7,2 ouvertures de procédures collectives pour 1 000 officines, contre 6,9 l'année précédente (Interfimo). Ce chiffre est à mettre en perspective : le taux de défaillance des entreprises françaises de 10 à 49 salariés tous secteurs confondus atteint 23 pour 1 000 (BPCE). La pharmacie reste donc structurellement résiliente, mais l'hétérogénéité des situations internes s'accentue.

Géographiquement, les Pays de la Loire et Paris affichent les taux de procédures les plus élevés (respectivement 9,7 et 9,4 pour 1 000), quand la région Provence-Alpes-Côte-d'Azur culmine à 11,1 pour 1 000. À l'opposé, le Grand Est enregistre le taux le plus faible : 3,2 pour 1 000 (Interfimo, 2 avril 2026). Ces disparités régionales recoupent les données de rotation : en 2024, le taux de mutations s'établissait à 74 pour 1 000 officines, contre 81 en 2023, avec une dynamique plus forte en PACA et en Corse, et plus faible en Île-de-France et Grand-Est.

Ces chiffres ont une implication directe pour tout cédant ou repreneur : la géographie influe sur la valorisation autant que la taille. Une officine rurale bien positionnée, faibles charges, bon environnement médical, concurrence limitée, peut dépasser la valorisation d'une officine de quartier urbaine dont les loyers et la concurrence des discounters ont érodé l'EBE.

Comparaison des indicateurs de valorisation selon la taille d'officine, Données Interfimo 2025 (transactions 2025)
Indicateur Officines > 400 K€ de marge Officines < 400 K€ de marge
Prix moyen / CA HT 76 % (78 % en 2024) 51 % (55 % en 2024)
Multiple de marge moyen 2,68× (2,71× en 2024) 1,88× (1,90× en 2024)
Part des officines de quartier , 45 % du segment
Cessions de fonds de commerce 57 % des transactions (+9,5 % vs 2024)
Cessions de titres 43 % des transactions (47 % en 2024)
Défaillances (procédures collectives) 144 en 2025 (140 en 2024), 7,2/1 000 officines
Source : Interfimo, étude « Prix de cession des pharmacies en 2025 », présentée le 2 avril 2026. Le Moniteur des pharmacies, avril 2026.

"Les revenus des pharmaciens titulaires exerçant en SEL ont connu une légère diminution en 2024 [...] la rémunération médiane masque des disparités qui vont du simple au quintuple."

Interfimo, Étude Prix de cession des pharmacies en 2025, présentée le 2 avril 2026, relayée par Le Moniteur des pharmacies

Ce que vous devez faire, et dans quel ordre

Action 1 : Calculez votre EBE retraité avant toute conversation avec un acheteur (dans les 30 jours)

Le coefficient de CA est désormais un indicateur insuffisant, selon Interfimo. C'est l'EBE retraité, avant rémunération et cotisations sociales du titulaire cédant, qui détermine votre multiple de valorisation. Deux officines à 2 M€ de CA avec des marges à 29 % et 25 % ne valent pas la même chose : l'écart peut représenter potentiellement plusieurs centaines de milliers d'euros de prix de cession. Calculez cet indicateur sur les trois derniers exercices, identifiez sa trajectoire, et comparez-le à la fourchette Interfimo correspondant à votre tranche de CA. Si votre EBE retraité est inférieur à 8 % du CA, votre valorisation sera pénalisée. PharmaPex permet de simuler automatiquement votre position sur l'échelle Interfimo à partir de vos données comptables, demandez une démo gratuite pour situer votre officine avant toute négociation.

Action 2 : Vérifiez votre exposition géographique et structurelle aux critères de défaillance (dans les 60 jours)

Le taux de défaillance varie de 3,2 à 11,1 pour 1 000 selon les régions (Interfimo). Si vous êtes en PACA, en Île-de-France ou dans les Pays de la Loire, votre territoire concentre statistiquement plus de risques, et les repreneurs le savent. Vérifiez : votre ratio loyer/CA (un loyer supérieur à 3,5 % du CA pèse sur l'EBE), votre taux de marge brute, et la part de médicaments chers dans votre CA (ils gonflent le chiffre d'affaires sans améliorer la marge). Un audit documenté de ces trois points renforce votre dossier de cession et réduit le risque de décote négociée en dernière minute par l'acheteur.

Action 3 : Suivez mensuellement l'évolution de vos trois indicateurs de position marché

Les données Interfimo sont annuelles, mais votre situation évolue chaque mois. Mettez en place un tableau de bord avec trois indicateurs : (1) taux d'EBE en % du CA, seuil d'alerte en dessous de 8 % ; (2) multiple de marge, comparez-vous à la fourchette Interfimo de votre segment ; (3) taux de rotation régional, un marché qui ralentit dans votre région signifie des délais de cession plus longs et un rapport de force moins favorable. Ces trois métriques permettent de décider du bon moment pour enclencher un processus de cession, ou d'investissement pour améliorer la valorisation avant de vendre.