L'avenant 1 à la convention pharmaceutique conditionne explicitement la hausse de l'honoraire à l'ordonnance de 0,61 euro à 0,66 euro TTC en 2027 à un seuil collectif : 75 % des officines devront avoir réalisé au moins trois missions de santé publique avant l'été 2026. Or, les données GERS Data présentées en avril 2026 dressent un constat sans équivoque : le premier trimestre 2026 confirme un réseau à deux vitesses, où la moitié du réseau ne remplit pas encore ce critère. Pour chaque titulaire non qualifié, l'enjeu est direct et chiffrable : potentiellement jusqu'à 2 000 euros de marge annuelle supprimée sur une officine moyenne, sans compter l'effet sur l'ensemble du réseau si le seuil collectif n'est pas atteint.

Un seuil collectif gravé dans la loi conventionnelle

Le texte est explicite. L'avenant n° 1 à la convention nationale pharmaceutique, approuvé par arrêté du 5 juillet 2024 et entré en vigueur le 8 juillet 2024, précise noir sur blanc que la révision à la hausse du tarif de l'honoraire à l'ordonnance ne pourra intervenir que si 75 % des officines ont réalisé au moins trois missions de santé publique parmi six catégories listées avant l'été 2026 (Légifrance, arrêté du 5 juillet 2024). Ces six catégories sont : vaccination, dépistage des angines ou cystites (test rapide d'orientation diagnostique, TROD), remise du kit de dépistage organisé du cancer colorectal, entretien femmes enceintes, entretien de patients sous traitement antalgique de palier II et accompagnement des patients sous traitements chroniques (avenant 1, article 15).

L'honoraire à l'ordonnance a déjà progressé de 0,51 euro à 0,61 euro TTC au 1er janvier 2025 (Assurance Maladie, janvier 2025). Une seconde étape est prévue en 2027 : 0,66 euro TTC, soit 5 centimes supplémentaires par ordonnance, sous réserve de la clause de revoyure à l'été 2026 (Le Moniteur des Pharmacies, juillet 2024). Pour une officine traitant en moyenne 40 000 ordonnances par an, cela représente potentiellement jusqu'à 2 000 euros de marge annuelle supplémentaire : une estimation calculée (40 000 × 0,05 euro) à baliser comme plafond théorique, le volume réel variant selon le profil d'officine. Ce n'est pas la revalorisation qui est facultative. C'est le déclencheur collectif qui est conditionnel.

L'accord a été signé le 10 juin 2024 entre la Fédération des syndicats pharmaceutiques de France (FSPF), l'Union nationale des caisses d'assurance maladie (UNCAM) et l'Union nationale des organismes complémentaires d'assurance maladie (UNOCAM). L'Union des syndicats de pharmaciens d'officine (USPO) n'a pas signé cet avenant (USPO, juillet 2024).

Un réseau à deux vitesses révélé par les données du T1 2026

Les données présentées par GERS Data en avril 2026 confirment la fracture. Le premier trimestre 2026 confirme que les nouvelles missions font désormais partie du quotidien officinal, mais de façon très hétérogène (GERS Data, via Le Moniteur des Pharmacies, avril 2026). Vaccination et dépistage progressent fortement, mais les accompagnements pharmaceutiques plafonnent.

Pour les missions les plus accessibles, le tableau est satisfaisant. Sur l'année 2025, 96 % des officines ont administré des vaccins et autant ont remis des kits de dépistage du cancer colorectal (GERS Data, Le Moniteur des Pharmacies, janvier 2026). Les TROD angine ont été réalisés dans 81 % des officines en 2024, les TROD cystite dans 68 % (Observatoire de l'économie officinale, CNAM, 2025). Ce sont les missions structurellement les plus rapides à déployer. En revanche, le tableau se dégrade nettement pour les entretiens.

Les accompagnements pharmaceutiques restent le maillon faible. Seules 46 % des officines ont réalisé au moins un accompagnement pharmaceutique en 2025, et la médiane se situe à 9 entretiens par an, bien loin de la moyenne apparente de 58 (GERS Data, Le Moniteur des Pharmacies, janvier 2026). Le bilan partagé de médication (BPM) n'a été réalisé que dans 19 % des officines, les entretiens pour patients sous anticoagulants oraux d'action directe (AOD), antivitamines K (AVK) et asthmatiques dans 19 % des pharmacies également (CNAM, Observatoire économie officinale, 2024). L'entretien femme enceinte, lui, ne concernait que 40 % des officines sur l'année 2025 (GERS Data, janvier 2026).

Trois missions pour débloquer la revalorisation : lesquelles choisir selon votre profil

La logique est simple : il suffit de trois missions parmi les six listées. L'enjeu est de choisir celles qui correspondent au profil de l'officine, à son flux patient et à ses ressources humaines. Le tableau ci-dessous synthétise les trois missions les plus rapides à activer.

Trois missions prioritaires pour atteindre le seuil avant l'été 2026
Mission Taux d'adoption réseau 2025 Condition d'éligibilité minimale Rémunération unitaire Profil prioritaire
Vaccination (rappels ou prescription) 96 % des officines Au moins 1 acte vaccinal facturé 7,50 euros TTC (rappel), prime prescription si seuil RVA atteint Toutes officines
TROD angine ou cystite 80 % (angine), 77 % (cystite) Espace de confidentialité, au moins 1 TROD réalisé 10 euros TTC (test seul), 15 euros TTC (test + délivrance antibiotique) Officines avec flux de premier recours
Remise kit cancer colorectal 94 % des officines Remise d'au moins 1 kit dans l'année, déclaration amelipro Rémunération ROSP si progression de 10 % vs N-1 Toutes officines, priorité zone rurale (patientèle 50-74 ans)
Entretien patients sous antalgiques palier II 25 % des officines 2e délivrance de tramadol ou codéine, pas de formation spécifique requise 5 euros TTC par entretien Officines rurales avec patientèle chronique
Entretien femme enceinte 40 % des officines Entretien au comptoir, pas de local dédié requis 5 euros TTC par entretien Officines urbaines et péri-urbaines avec flux maternité
Accompagnement patients chroniques (BPM, AOD, AVK, asthme) 19 % des officines (BPM) Local confidentiel, formation recommandée, patientèle éligible identifiée 65 euros pour le BPM, 50 euros pour AVK/AOD/asthme (1re année) Officines avec patientèle âgée et polymédiquée
Sources : avenant 1 convention pharmaceutique (Légifrance, juillet 2024), Observatoire de l'économie officinale CNAM (2025), GERS Data (janvier 2026), ameli.fr pharmacien (janvier 2025)

La combinaison la plus rapide à activer avant l'été pour une officine qui n'aurait pas encore trois missions déclarées : vaccination + TROD angine ou cystite + remise kit cancer colorectal. Ces trois missions cumulées représentent un socle accessible sans formation longue, sans réaménagement lourd et sans recrutement supplémentaire. Les TROD ne nécessitent qu'un espace de confidentialité et une formation pratique validante (ameli.fr, janvier 2025). La remise du kit colorectal se déclenche dès l'acte de remise et la déclaration via amelipro.

Pour les officines rurales, une quatrième mission accessible immédiatement s'ajoute : l'entretien patient sous antalgique palier II, facturé 5 euros lors de la 2e délivrance de tramadol ou codéine, sans formation réglementairement obligatoire. Plus de 60 % des officinaux interrogés par l'Union nationale des pharmacies de France (UNPF) citent le manque de temps comme frein principal aux missions chronophages (UNPF/GERS Data, enquête 2024). L'entretien palier II contourne ce frein : il s'insère dans un acte de délivrance existant.

"On peut dire désormais qu'il y a un réseau à deux vitesses."

David Syr, Directeur général, GERS Data, avril 2026

Ce que vous devez faire, et dans quel ordre

Action 1 : Vérifier votre tableau de bord amelipro avant fin avril 2026

Connectez-vous à amelipro et consultez votre historique de facturation des missions conventionnelles depuis le 1er janvier 2026. Vérifiez combien de codes parmi les six catégories qualifiantes ont déjà été facturés (codes VAC pour vaccination, TDA/TDC pour TROD angine/cystite, codes entretiens BMI/BMS, ASI/ASS, AC1-AC4, entretien femme enceinte). Si vous avez déjà trois catégories actives, vous êtes qualifié. Si vous n'en avez qu'une ou deux, il vous reste environ 8 à 10 semaines pour activer les missions manquantes. L'été 2026, c'est-à-dire la date d'évaluation des partenaires conventionnels, est fixée conformément à l'article 15 de l'avenant 1 (Légifrance, juillet 2024). La facturation TROD se fait via votre logiciel de gestion d'officine (LGO) en tiers payant.

Action 2 : Activer le TROD angine si ce n'est pas encore fait (délai : 1 semaine)

Le TROD angine est la mission à déployer en priorité pour les officines qui n'ont pas encore trois catégories : 80 % du réseau l'a adopté dès 2024, la formation est courte, et l'espace de confidentialité peut se limiter à un paravent conforme. La rémunération est de 10 euros TTC par test négatif ou test positif sans délivrance, et de 15 euros TTC si le test positif entraîne la délivrance d'un antibiotique (ameli.fr, janvier 2025). Un seul TROD facturé suffit à valider la mission pour la catégorie "dépistage des angines ou des cystites". Le code acte TDA ou TDC doit être saisi dans le LGO. PharmaPex intègre un module de suivi automatique de vos missions conventionnelles, permettant d'identifier en temps réel les catégories déjà validées et celles à activer.

Action 3 : Suivre votre taux de couverture missions chaque semaine jusqu'à l'été 2026

La clause de revoyure ne se joue pas sur un acte isolé, mais sur un taux collectif. Votre contribution individuelle doit être confirmée et tracée. Mettez en place un suivi hebdomadaire des codes actes facturés sur amelipro. L'indicateur à surveiller jusqu'à l'été 2026 : le nombre de catégories de missions distinctes facturées depuis le 1er janvier. Dès que trois catégories sont actives, le critère individuel est satisfait. La variable systémique, elle, dépend des 19 500 autres officines du réseau.