En 2025, les nouvelles missions et les honoraires ont rapporté de l'ordre de 11 000 euros de marge supplémentaire par officine, alors que la marge tirée de la boîte de médicament, elle, recule. La rémunération officinale ne bascule pas vers les actes par choix, elle y bascule parce que le médicament ne paie plus. Cet article montre où se loge concrètement cette deuxième moitié du compte de résultat, et ce qu'un titulaire peut en activer dès maintenant.

Onze mille euros que l'officine ne tire plus du médicament

Le rapport conjoint IGAS-IGF sur la chaîne de distribution pharmaceutique, rendu public le 7 mai 2026, pose le diagnostic sans détour : sur dix ans, l'excédent brut d'exploitation des officines a perdu 11 points et le taux de marge 10 points (rapport IGAS-IGF, mai 2026). Dans le même mouvement, et sur l'exercice 2025, ce sont les nouvelles missions et les honoraires qui ont apporté de l'ordre de 11 000 euros de marge supplémentaire par officine (Revue Pharma, d'après les statistiques du groupement d'experts-comptables CGP, avril 2026).

Le rapprochement n'est pas anodin. Il dit que la rémunération de l'officine se déplace, poste par poste, de la marge commerciale sur le produit vers la rémunération de l'acte. Pour un titulaire, l'implication est directe : la santé financière de l'officine dépend de moins en moins de ce qui se vend, et de plus en plus de ce qui se fait au comptoir.

Pourquoi la marge sur la boîte ne reviendra pas

Le modèle historique reste massivement adossé aux volumes. En 2024, 71 % des revenus officinaux étaient encore indexés sur les prix et les volumes de médicaments (rapport IGAS-IGF, mai 2026). C'est précisément cette dépendance que la mission veut casser : elle recommande d'ouvrir une négociation conventionnelle pour décorréler la rémunération des prix et des volumes, et d'orienter l'achat des génériques vers des centrales et des appels d'offres.

Or une part décisive de la marge actuelle vient justement de ce circuit : une officine perçoit en moyenne 55 000 euros de remises annuelles sur les génériques, soit un peu plus de la moitié de son excédent brut d'exploitation médian (rapport IGAS-IGF, mai 2026). Remplacer ces remises par des appels d'offres revient à retirer, à terme, une brique centrale du résultat. La leçon pour le titulaire est simple : ce qui soutient encore les comptes aujourd'hui est exactement ce que la réforme cible. Le revenu de remplacement se construit ailleurs.

Les honoraires, socle qui se recompose et qui s'érode

Les honoraires sont devenus une composante centrale de l'économie officinale, et leur structure se recompose à son tour. Les honoraires liés au conditionnement, donc au nombre de boîtes, perçus à 1,02 euro par boîte pour un conditionnement mensuel et 2,76 euros pour un grand conditionnement, ont reculé de 1,85 % sur l'exercice (Extencia, Chiffres clés des Pharmacies 2025, données 2024), du fait de la baisse du nombre de boîtes délivrées. À l'inverse, l'honoraire à l'ordonnance a été revalorisé de 0,51 à 0,61 euro TTC en métropole au 8 janvier 2025, soit près de 20 % de hausse par ordonnance (ameli.fr).

Pris ensemble, ces honoraires représentaient près de 60 % de la marge sur le médicament remboursable et environ un tiers de la marge brute globale toutes activités confondues (Extencia, données 2024). Mais cette part s'érode : faute de revalorisation suffisante face à l'inflation des charges, une lecture plus récente la situe déjà autour de 52 % (Extencia, données 2025). Autrement dit, même l'amortisseur des honoraires perd de sa force, ce qui rend la bascule vers les missions d'autant plus décisive.

Les missions rémunérées : le seul poste qui croît vraiment

En 2025, la rémunération globale des officines a progressé de 2,17 %, soit environ 135 millions d'euros supplémentaires pour le réseau (données Pharmastat), une hausse portée surtout par l'effet prix des produits dispensés. Le seul bloc qui croît par sa propre dynamique, ce sont les nouvelles missions : sur le premier semestre 2025, elles augmentent de 4,5 %, soit 31 millions d'euros, portés par le rappel vaccinal (12,5 M€), la ROSP (6,5 M€), le TROD cystite (3,4 M€) et la majoration des heures non ouvrables (3,1 M€) (observatoire de l'économie officinale, Assurance Maladie).

La vaccination en est le principal moteur. À la mi-2025, le rappel vaccinal avait rapporté 21 millions d'euros au réseau, contre 8,5 millions un an plus tôt, soit une croissance de 12,5 millions, et 92 % des officines vaccinaient contre la grippe (observatoire de l'économie officinale, Assurance Maladie, données révélées le 5 novembre 2025). La dynamique s'est confirmée à l'automne : un million de vaccins ont été délivrés en officine dès le lancement de la campagne, le 14 octobre 2025. Sur l'ensemble de l'année, près d'un euro de croissance sur deux du réseau proviendrait de la vaccination.

Le détail des autres dispositifs confirme la trajectoire. Le TROD angine et cystite, ouvert par le décret n° 2024-550 publié le 18 juin 2024, est rémunéré 10 euros pour un test sans délivrance et 15 euros lorsqu'il débouche sur une dispensation d'antibiotique ; le seul TROD angine est passé de 1,7 à 4,3 millions d'euros entre juin 2024 et juin 2025. Le bilan partagé de médication, revalorisé à 65 euros la première année et 30 euros les suivantes par l'avenant 1 à la convention, est désormais facturé à chaque entretien depuis le 8 janvier 2025, et soutenu par une ROSP exceptionnelle de 400 euros pour amorcer son déploiement (avenant 1 du 10 juin 2024 ; ameli.fr ; Le Quotidien du Pharmacien).

Il faut toutefois garder la mesure : 31 millions d'euros face à une rémunération totale du réseau de l'ordre de 6 milliards, cela reste modeste. Les missions ne remplacent pas encore la marge perdue. Mais elles sont la seule courbe orientée à la hausse, et leur taux de pénétration reste très inégal : ces missions combinées ont été réalisées par moins de 19 % des officines au premier semestre 2025. C'est là, dans cet écart, que se loge le gisement.

Ce que rapporte vraiment chaque levier

Rémunération des principaux actes et missions, officine, 2025
LevierRémunérationDynamique
Honoraire à l'ordonnance0,61 € TTC métropole (depuis le 8 janvier 2025, contre 0,51 €)près de 20 % de hausse par ordonnance
Honoraires au conditionnement1,02 € (mensuel) / 2,76 € (grand conditionnement) par boîteen recul : -1,85 % (données 2024)
TROD angine / cystite10 € (sans délivrance) / 15 € (avec dispensation)TROD angine : 4,3 M€ à juin 2025 (contre 1,7 M€)
Bilan partagé de médication65 € année 1 / 30 € année suivante, ROSP exceptionnelle de 400 €facturé à chaque entretien depuis le 8 janvier 2025
Vaccination (rappel vaccinal)9,60 € TTC + bonus RVA 3 €21 M€ à juin 2025 (contre 8,5 M€)
Sources : convention pharmaceutique (avenant 1 du 10 juin 2024), ameli.fr, décret n° 2024-550, observatoire de l'économie officinale (Assurance Maladie), Extencia, Le Quotidien du Pharmacien, Le Moniteur des pharmacies (2024-2025).

Le rapport recommande de « décorréler totalement » la rémunération des officines des prix et des volumes des médicaments.

Rapport conjoint IGAS-IGF, La chaîne de distribution pharmaceutique, mai 2026

Ce que vous devez faire, et dans quel ordre

Action 1 : mesurez la part de votre rémunération qui dépend encore des volumes

Au niveau national, 71 % des revenus restent indexés sur les volumes ; dans votre officine, ce ratio peut être très différent. Isolez dans vos comptes ce qui vient de la marge commerciale et des remises, et ce qui vient des honoraires et des missions. C'est ce partage, et non le chiffre d'affaires, qui dit votre exposition réelle à la réforme. PharmaPex automatise ce partage à partir de vos propres données.

Action 2 : activez d'abord les missions à fort effet de levier

Toutes les missions ne se valent pas en rentabilité horaire. La vaccination et les TROD sont rapides, récurrents et déjà rodés ; le bilan partagé de médication, mieux rémunéré la première année, fidélise les patients chroniques. Cartographiez votre patientèle éligible, les plus de 65 ans, les polymédiqués, les patients à vacciner, avant d'arbitrer où mettre le temps de l'équipe. Souvenez-vous que moins d'une officine sur cinq réalise ces missions combinées : l'avance est encore à prendre.

Action 3 : pilotez la bascule comme un indicateur permanent

La transition du volume vers l'acte n'est pas un projet ponctuel, c'est une tendance qui court sur plusieurs exercices. Suivez chaque trimestre la part de marge issue des honoraires et des missions, et fixez-vous une cible de progression. L'officine qui voit cette courbe monter avant les autres aborde 2027 avec une longueur d'avance.

Quelle part de votre marge vient encore du volume ? Vos comptes ont la réponse.

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