517 millions d'euros remboursés par an pour des médicaments finalement non consommés : c'est le chiffre central de l'étude PERIMED, publiée en juin 2026 par l'Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) et la Caisse nationale d'Assurance maladie (CNAM), en partenariat avec Cyclamed. La collecte des médicaments non utilisés (MNU) est une obligation gratuite depuis 2009, sanctionnée par une contravention de 4e classe en cas de refus. Ce que l'étude ne dit pas, mais que les données permettent de calculer : chaque retour de MNU est une fenêtre de 90 secondes sur l'observance du patient chronique, et l'occasion de repérer les patients éligibles à un entretien ou à un bilan rémunéré. Aucun mécanisme ne convertit toutefois un retour de MNU en acte facturable : l'entretien et le bilan partagé de médication obéissent à leurs propres critères d'éligibilité, notamment 65 ans et au moins cinq traitements chroniques pour le BPM.
7 675 tonnes et 517 millions : ce que PERIMED révèle vraiment
Les chiffres bruts sont connus depuis fin juin. 7 675 tonnes de MNU ont été collectées en 2024 dans les officines françaises, puis valorisées par incinération via Cyclamed (ANSM, CNAM, Cyclamed, PERIMED 2025, juin 2026). Le volume a baissé de presque 30 % entre 2022 et 2024, signe que les campagnes de bon usage portent leurs fruits, mais le niveau demeure élevé. L'analyse économique associée à l'étude projette à 517 millions d'euros le montant annuel pris en charge par l'Assurance maladie obligatoire pour des médicaments finalement non utilisés, dont 278 millions d'euros pour des médicaments qui n'étaient pas encore périmés au moment du retour (ANSM, CNAM, juin 2026).
Ce dernier point est la vraie rupture. 4 boîtes sur 10 collectées ne sont pas périmées. Comme elles coûtent en moyenne plus cher à l'unité, elles pèsent 278 des 517 millions d'euros, soit 54 % de la valeur : les deux pourcentages ne mesurent pas la même chose, l'un les boîtes, l'autre les euros. Elles ont été délivrées, remboursées, et rapportées intactes. La cause n'est pas le stockage excessif : dans 7 cas sur 10, il s'agit de médicaments à prescription médicale obligatoire (PMO), c'est-à-dire des traitements délivrés sur ordonnance par l'officine (ANSM, CNAM, juin 2026). Autrement dit, le médicament a été prescrit, délivré, remboursé, puis abandonné. Le signal d'inobservance est inscrit dans le carton Cyclamed.
Les quatre classes thérapeutiques concentrant 80 % des MNU collectés sont le système respiratoire (25 %), le digestif et métabolisme (21 %), le système nerveux (21 %) et le cardiovasculaire (13 %) (ANSM, CNAM, PERIMED 2025, juin 2026). Ce sont exactement les pathologies chroniques éligibles aux entretiens pharmaceutiques rémunérés et au bilan partagé de médication (BPM).
Une obligation sans rémunération depuis 2009, un point de contact sous-exploité
L'obligation de collecte est inscrite à l'article L4211-2 du Code de la santé publique, tel que modifié par la loi n° 2008-337 du 15 avril 2008, et précisée par le décret n° 2009-718 du 17 juin 2009. Les officines de pharmacie sont tenues de collecter gratuitement les médicaments à usage humain non utilisés apportés par les particuliers (Légifrance). Un refus expose le titulaire à une contravention de 4e classe, soit jusqu'à 750 euros d'amende (Ordre national des pharmaciens, CNOP). Aucune rémunération conventionnelle n'est attachée à cet acte. C'est un coût de structure invisible : temps du préparateur en pharmacie, espace de stockage dédié (art. R5125-9 CSP), logistique avec le grossiste-répartiteur qui récupère les cartons lors de ses tournées quotidiennes.
Pourtant, le comportement des patients crée une opportunité structurelle. 8 Français sur 10 déclarent rapporter leurs MNU au moins une fois par an en officine, selon le baromètre BVA 2025 commandé par Cyclamed. Les seniors polymédiqués, première cible des entretiens pharmaceutiques, sont aussi les plus assidus : ils rapportent plusieurs fois par an (Cyclamed, 2026). Chaque retour est donc un contact physique programmable avec le patient le plus pertinent pour déclencher un BPM ou un entretien conventionnel.
Ce que ça change pour l'officine : le calcul du potentiel
Un entretien pharmaceutique conventionnel pour patient sous anticoagulant oral (AOD) ou asthmatique génère 50 euros la première année (30 euros les années suivantes). Le bilan partagé de médication (BPM) est rémunéré 65 euros la première année, puis 30 euros les années suivantes (Assurance Maladie, ameli.fr). Une rémunération sur objectifs de santé publique (ROSP) exceptionnelle de 400 euros a été versée au titre de la seule année 2024 (avenant 1 de juin 2024, versement au premier semestre 2025), dès lors qu'au moins un entretien avait été réalisé dans l'année auprès d'un patient chronique (convention nationale pharmaceutique, avenant 1, juin 2024).
Problème connu : le déploiement reste très en retrait. Environ 45 000 entretiens pharmaceutiques ont été réalisés en 2023 sur l'ensemble du territoire, soit un peu plus de deux par officine en moyenne (Assurance Maladie, données relayées par Le Moniteur des Pharmacies, 2024). La barrière n'est pas réglementaire : c'est le repérage du patient au bon moment. Le retour de MNU résout précisément ce problème : il amène le patient dans l'officine, sans rendez-vous, avec une preuve physique d'un usage médicamenteux problématique dans les mains.
En raisonnant sur une officine traitant 20 retours de MNU par semaine (estimation moyenne pour une officine de ville active), et en convertissant 10 % de ces retours en premier entretien pharmaceutique qualifié (un retour sur dix génère un contact clinique structuré), cela représente potentiellement 2 entretiens par semaine, soit environ 80 à 100 entretiens par an. À 50 euros en moyenne, le gain potentiel est de l'ordre de 4 000 à 5 000 euros de chiffre d'affaires additionnel par an, hors ROSP exceptionnelle de 400 euros, versée au seul titre de 2024 et non reconduite à ce jour. Ces estimations reposent sur des hypothèses de taux de conversion non vérifiées à l'échelle nationale et doivent être balisées comme potentielles.
| Type d'entretien | Patient éligible | Rémunération 1re année | Rémunération années suivantes |
|---|---|---|---|
| Entretien AOD | Patient sous anticoagulant oral (Eliquis, Xarelto, Pradaxa, Lixiana) | 50 € | 30 € |
| Entretien asthme | Patient sous corticoïde inhalé chronique | 50 € | 30 € |
| Entretien opioïdes | Patient sous traitement opioïde | 5 € | 5 € |
| BPM (bilan partagé de médication) | 65 ans et plus, 5 traitements chroniques ou plus | 65 € | 30 € |
| Entretien anticancéreux oraux | Patient sous traitement anticancéreux oral | 60 à 80 € | 30 € |
| Source : Assurance Maladie, convention nationale pharmaceutique, tarifs 2026 (ameli.fr). BPM : 65 € la première année, 30 € les années suivantes. | |||
"Les pharmaciens ont un rôle actif dans la vérification des besoins réels des patients avant de délivrer la totalité d'une ordonnance."
Ce que vous devez faire, et dans quel ordre
Action 1 : Former l'équipe au protocole MNU-entretien cette semaine
La conversion commence au comptoir, pas dans l'espace de confidentialité. Lors de chaque réception d'un sac Cyclamed, le préparateur en pharmacie ou l'adjoint pose deux questions en moins de 90 secondes : "Est-ce que ces médicaments vous ont été prescrits récemment ?" et "Avez-vous rencontré des difficultés à les prendre ?" Si la réponse déclenche un signal d'inobservance ou si le patient répond "oui" à une pathologie chronique (asthme, anticoagulant, polymédication), il est orienté vers un rendez-vous pour un entretien pharmaceutique. Rédiger une fiche réflexe affichée en back-office avec les critères d'éligibilité par pathologie. Cette fiche ne doit pas dépasser une page A4.
Action 2 : Identifier vos patients éligibles dans votre logiciel de gestion d'officine sous 30 jours
La plupart des logiciels de gestion d'officine (LGO) permettent de filtrer les patients par classe thérapeutique : patients sous AOD, sous corticoïdes inhalés, ou âgés de 65 ans et plus avec 5 traitements chroniques ou plus depuis au moins 6 mois. Exporter cette liste, croiser avec les retours MNU récents : tout patient ayant rapporté des boîtes non périmées d'une classe chronique est un candidat prioritaire à un entretien. PharmaPex centralise ces signaux et peut pré-identifier les patients les plus pertinents à cibler en priorité lors de leur prochain passage. Objectif chiffré : au moins 10 patients identifiés et contactés le premier mois.
Action 3 : Suivre chaque mois le ratio entretiens déclenchés / retours MNU
L'indicateur à surveiller : le taux de conversion retour MNU vers entretien initié. Une officine active vise 10 % minimum après trois mois de protocole en place. En dessous, le goulot est soit le script comptoir (reformuler les questions), soit l'espace de confidentialité (disponibilité). Facturer systématiquement chaque acte via le code TAC d'adhésion avant le premier entretien, puis les codes ASI, BMI ou AC1 selon la pathologie. Un entretien non facturé est un entretien perdu : la Caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) ne rembourse que les actes tracés dans le logiciel avec le numéro de sécurité sociale du patient.