L'avenant n°1 à la convention nationale du 9 mars 2022 contraint les partenaires conventionnels à chiffrer, avant la fin de l'été 2026, la rémunération prévisionnelle des pharmaciens titulaires pour 2027 : cible contractuelle fixée à 7,79 milliards d'euros, déclencheur automatique à ±0,5 %, soit une marge d'à peine 39 millions d'euros dans un sens ou dans l'autre. Le marché du médicament remboursé en ville affiche +5,6 % au premier trimestre 2026, mais les marges s'effritent et les charges progressent, ce qui rend le scénario de déclenchement très réel. Ce que peu de titulaires savent : la façon dont leur officine déclare ses honoraires alimente directement cet observatoire, et donc l'issue de la négociation.
7,79 milliards d'euros : la cible qui décide de tout
Le texte est sans ambiguïté. L'article 15 de l'avenant n°1 impose aux parties signataires d'établir, à l'été 2026, les prévisions de rémunération pour 2027. Base de calcul : le montant constaté en 2019, soit 6 790 millions d'euros, majoré d'un milliard d'euros, ce qui fixe la cible à 7 790 millions d'euros (Légifrance, arrêté du 5 juillet 2024, article 15). Si les prévisions s'écartent de plus ou moins 0,5 % de cette cible, les partenaires conventionnels s'engagent à ouvrir une nouvelle négociation. Le corridor est symétrique : un dépassement vers le haut déclenche la renégociation au même titre qu'un décrochage vers le bas. À noter, le montant de 7 790 millions n'apparaît pas tel quel dans le texte : il résulte de l'addition des 6 790 millions constatés en 2019 et du milliard d'euros de majoration.
0,5 % de 7 790 millions, c'est 39 millions d'euros. Un montant qui paraît faible à l'échelle d'un marché officinal qui dépasse désormais 49 milliards d'euros de chiffre d'affaires sur douze mois glissants (GERS Data, juin 2026). Mais la rémunération conventionnelle, elle, ne comprend pas les ventes brutes : elle agrège les honoraires de dispensation, les honoraires à l'ordonnance, les missions de santé publique, les remises sur génériques encadrées et la marge réglementée. Un périmètre nettement plus étroit, et plus sensible aux variations de tarifs et de volumes.
La réunion du ministère de la Santé du 22 juin 2026, qui a rassemblé la CNAM, la Direction générale de la santé, la Direction générale de l'offre de soins et les représentants syndicaux, a officialisé l'ouverture de cette séquence (Le Moniteur des Pharmacies, 23 juin 2026). Un avenant portant sur la clause de revoyure et les revalorisations 2027 est attendu à la rentrée de septembre 2026.
Ce que l'observatoire mesure réellement, et pourquoi vos données comptent
L'observatoire de l'économie officinale, institué par la convention nationale du 9 mars 2022, est chargé d'assurer le suivi des différentes composantes de la rémunération faisant l'objet d'une prise en charge par l'Assurance Maladie (USPO, communiqué juin 2023 ; Légifrance, convention du 9 mars 2022). Il se réunit à intervalles réguliers : les syndicats représentatifs de la profession et la Caisse nationale d'assurance maladie (CNAM) analysent ensemble les données de facturation agrégées transmises par les logiciels de gestion des officines (LGO) via le réseau de télétransmission.
Ce que l'observatoire consolide : les honoraires à l'ordonnance, l'honoraire lié à l'âge (patients de moins de 3 ans et de plus de 70 ans), les honoraires de dispensation particulière, les honoraires de missions (vaccination, tests rapides d'orientation diagnostique, entretiens pharmaceutiques), la rémunération sur objectifs de santé publique (ROSP), les honoraires de garde et de permanence, ainsi que la marge réglementée sur les médicaments remboursables. Chacun de ces flux est identifiable par un code acte spécifique transmis à la CPAM (Caisse primaire d'assurance maladie).
Conséquence directe pour le titulaire : si un honoraire est éligible mais non facturé, non codé ou codé de façon incorrecte dans le LGO, il disparaît de la consolidation nationale. Il ne manque pas seulement dans votre compte de résultat : il manque dans le total que l'observatoire présentera à la table de négociation. Une officine qui n'a pas activé les codes TROD angine, ou qui omet les honoraires de prescription vaccination créés en 2024, sous-déclare sa rémunération réelle et, mécaniquement, pèse vers le bas sur le total agrégé.
+5,6 % de CA, mais des marges qui ne suivent pas : le scénario le plus probable
Le premier trimestre 2026 confirme la progression du marché du médicament remboursé en ville, avec une croissance de +5,6 % et plus de 7,1 milliards d'euros de ventes (Le Moniteur des Pharmacies, avril 2026). En apparence, une dynamique favorable. En réalité, cette croissance repose sur des médicaments à très forte valeur unitaire, dont les marges sont plafonnées réglementairement.
Les médicaments dont le prix dépasse 468,97 euros ne pèsent que 0,4 % des volumes dispensés, mais représentent désormais 42 % de la valeur du marché remboursable sur douze mois (GERS Data, webinaire mai-juin 2026). Les analogues du GLP-1 (gliptines, sémaglutides) atteignent 331 millions d'euros de chiffre d'affaires à fin mai 2026, contre 170 millions un an plus tôt, soit +95 %, mais avec des marges unitaires limitées à 4-5 % (GERS Data, 2026). En parallèle, la décision de baisses de prix applicable au 2 janvier 2026 a porté sur 64 présentations de médicaments génériques, réparties en 32 groupes et 15 molécules ; la vague précédente, appliquée au 1er octobre 2025, représentait 198 millions d'euros d'économies, dont 177,3 millions sur les seuls génériques (Le Moniteur des Pharmacies ; IQVIA Pharmastat).
Le paradoxe est documenté par les statistiques CGP/Extencia 2026, portant sur 1 905 officines représentatives, exercices clos en 2025 : le chiffre d'affaires moyen des officines françaises a progressé de +5,62 % à 2,656 millions d'euros, mais la marge brute globale a reculé de 0,77 point, et la masse salariale a absorbé plus de 50 % de la progression de cette marge. L'EBE moyen remonte à 267 100 euros, soit 10,06 % du CA, après une chute en 2024, mais reste en gain de seulement 12 % depuis 2019 face à une inflation proche de 20 % (CGP/Extencia, statistiques 2025).
| Année | Objectif conventionnel | Rémunération constatée ou projetée | Écart / seuil de déclenchement |
|---|---|---|---|
| 2024 | Trajectoire conforme (CNAM) | Conforme selon CNAM (non publié) | Pas de déclenchement |
| 2025 | 7 587 millions d'euros | 7 549 millions d'euros (FSPF, juin 2026) | -38 M€ / seuil non déclenché (CNAM) |
| 2027 (cible) | 7 790 millions d'euros (plancher) | À établir avant fin été 2026 | Déclenchement si écart > ±39 M€ |
| 2027 (honoraire ordonnance) | 0,66 € TTC (si revoyure positive) | 0,61 € TTC en vigueur depuis 2025 | +0,05 € TTC conditionnel |
| Sources : Légifrance (arrêté 5 juillet 2024, article 15) ; FSPF (communiqué Philippe Besset, 3 juin 2026) ; Le Moniteur des Pharmacies (avenant conventionnel, octobre 2024 et juin 2026) | |||
"L'avenant conventionnel n°1 que nous avons signé prévoit une trajectoire économique sur quatre années, jusqu'à 2027. En 2025, l'objectif était de 7,587 milliards d'euros, mais l'observatoire montre que la rémunération des pharmacies atteint 7,549 milliards."
Ce que vous devez faire, et dans quel ordre
Action 1 : Auditer vos codes actes avant le 31 août 2026
L'observatoire agrège les données de facturation de toutes les officines conventionnées. Chaque honoraire non facturé ou mal codé dans votre LGO sort du périmètre de la consolidation nationale. Ouvrez votre tableau de bord de facturation et vérifiez que les codes suivants sont actifs et facturés à chaque acte éligible : honoraire de prescription vaccination (7,50 € TTC, créé à partir d'avril 2027 mais préparation dès maintenant en développant les actes à 9,60 €), honoraires TROD angine et cystite (10 € ou 15 € avec délivrance d'antibiotique), entretiens pharmaceutiques patients chroniques, entretiens femmes enceintes, remise des kits dépistage colorectal. Pour une officine médiane, le potentiel non capté sur ces missions se situe entre 2 000 et 4 000 euros par an (CGP/Extencia, 2025). Le copilote BPM de PharmaPex liste en temps réel les 11 missions conventionnelles avec leur taux de réalisation dans votre officine.
Action 2 : Identifier votre scénario de revoyure selon votre profil
Deux scénarios sont possibles à l'issue de l'observatoire d'été 2026. Scénario 1, rémunération prévisionnelle 2027 sous le plancher de 7 751 millions d'euros : une renégociation s'ouvre, avec pour objectif, selon les termes mêmes de l'article 15, de vérifier si la revalorisation de +0,05 € TTC de l'honoraire à l'ordonnance (de 0,61 € à 0,66 € TTC), seulement envisagée à ce stade, est nécessaire. La clause permet donc aussi bien de la confirmer que de l'écarter, et toute hausse reste conditionnée à la réalisation d'au moins trois missions de santé publique par 75 % des officines. Pour une officine réalisant 3 000 ordonnances par mois, cela représente potentiellement jusqu'à 1 800 euros de rémunération annuelle supplémentaire (estimation calculée : 0,05 € x 3 000 ordonnances x 12 mois = 1 800 €, à confirmer selon votre volume réel). Scénario 2, rémunération au-dessus du plafond de 7 829 millions d'euros : la clause se déclenche également, mais dans un sens peu favorable à de nouvelles revalorisations. Pour votre officine, le levier immédiat reste la montée en charge des missions rémunérées : 75 % des officines devaient avoir réalisé au moins trois missions de santé publique avant l'été 2026 pour que la révision tarifaire à la hausse soit possible (Légifrance, article 15 de l'avenant n°1).
Action 3 : Suivre l'avenant attendu à la rentrée de septembre 2026
Un avenant conventionnel intégrant les conclusions de la clause de revoyure est attendu dès la rentrée de septembre 2026, selon Pierre-Olivier Variot, président de l'USPO (Le Moniteur des Pharmacies, juin 2026). Il portera sur les revalorisations entrant en vigueur en 2027, potentiellement sur les honoraires de dispensation, sur l'honoraire à l'ordonnance et sur l'extension de nouvelles missions. Paramétrez une alerte sur le Journal officiel (Légifrance, espace abonnements) et sur le portail Ameli pharmacien pour recevoir la publication dès sa parution. L'indicateur à suivre chaque semaine : la rémunération conventionnelle cumulée de votre officine dans votre LGO, à comparer à votre même période 2025. Un décrochage signale une sous-facturation, pas une baisse d'activité.