Entre 2017 et 2022, le nombre d'ordonnances suspectes signalées en France a quasi triplé, passant de 1 295 à 3 629 (ANSM, rapport OSIAP 2022). Depuis août 2024, ASAFO-Pharma est déployé sur tout le territoire et son taux de connexion conditionne 100 euros de rémunération sur objectifs de santé publique (ROSP). Ce que ce guide révèle que les communiqués institutionnels taisent : OSIAP et ASAFO-Pharma sont deux dispositifs distincts aux logiques différentes, et les confondre expose l'officine à un indu ou à une sanction déontologique.

25 ans de données : ce que l'enquête OSIAP mesure vraiment

Depuis 2001, l'enquête OSIAP (Ordonnances Suspectes, Indicateur d'Abus Possible) constitue le principal outil épidémiologique national de surveillance des falsifications d'ordonnances. Coordonnée par l'Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) et pilotée par le centre d'évaluation et d'information sur la pharmacodépendance et d'addictovigilance (CEIP-A) de Toulouse, elle fonctionne sur deux périodes d'enquête de quatre semaines, en mai et novembre. Pour la session de mai 2026, les officines sont invitées à participer tout au long du mois.

L'objectif n'est pas seulement de recenser les fraudes. OSIAP permet d'identifier les médicaments qui font l'objet d'une demande via un support de prescription faux, falsifié ou comportant des anomalies, et de constituer un « palmarès » national des substances les plus détournées (ANSM, addictovigilance.fr). Ces données orientent ensuite les décisions réglementaires de l'ANSM : restriction de prescription, passage sur liste stupéfiants, modification des conditionnements. Le tramadol figure en bonne place de ce palmarès depuis plusieurs années, avec 15,2 % des ordonnances suspectes en 2023 contenant cette molécule (ANSM, rapport OSIAP 2023, mars 2025).

Depuis 2025, le recueil est dématérialisé. Le formulaire en ligne remplace les bordereaux papier. Chaque déclaration doit préciser le sexe et l'âge approximatif du demandeur, les médicaments concernés avec posologie, la nature de l'ordonnance (ville, hôpital, téléconsultation), le type (simple, bizone, sécurisée), et surtout le ou les critères de suspicion. Sans critère de suspicion, la déclaration n'est pas intégrée à la base de données OSIAP : c'est la condition fondamentale de validité du signalement (ANSM, guide d'identification 2021).

Deux dispositifs, deux logiques : pourquoi les confondre coûte cher

L'Ordre national des pharmaciens (ONP) le précise explicitement dans son actualité de mai 2026 : OSIAP et ASAFO-Pharma sont deux systèmes distincts. OSIAP est un outil de pharmacoépidémiologie et d'addictovigilance, piloté par l'ANSM, à visée de santé publique nationale. ASAFO-Pharma (Alerte sécurisée aux fausses ordonnances) est un téléservice de l'Assurance Maladie, accessible via Amelipro, à visée de lutte contre la fraude financière immédiate.

Les enjeux financiers d'ASAFO-Pharma sont directs. Déployé initialement en 2011 en Île-de-France, il a été étendu à l'ensemble du territoire à partir d'août 2024 dans le cadre de l'avenant n° 1 à la convention nationale pharmaceutique du 9 mars 2022. En moins d'un an, plus de 15 000 suspicions ont été transmises via ASAFO-Pharma, dont trois sur quatre se sont révélées frauduleuses, et plus de 10 000 fausses ordonnances confirmées sont enregistrées dans la base (Vidal, janvier 2026). Ce volume est considérable : en 2023, l'ensemble des actions de lutte contre les fausses ordonnances avait permis de stopper 11,5 millions d'euros de préjudice contre l'Assurance Maladie (Fabien Badinier, CNAM, Pharma365).

La tension déontologique et financière est là : ASAFO-Pharma est désormais un indicateur de la ROSP, intégré à l'avenant n° 1 (arrêté du 5 juillet 2024, Légifrance). L'indicateur 6 prévoit 100 euros annuels si le titulaire se connecte à ASAFO-Pharma au minimum une fois par semaine pendant 46 semaines sur l'année civile, soit environ 90 % de connexions hebdomadaires (avenant 1, art. 4, Légifrance). L'avenant n° 2, signé le 7 avril 2026 par la FSPF, l'USPO et l'Assurance Maladie, ne modifie pas cet indicateur. Ce qui change en 2026 : la base ASAFO-Pharma est désormais opposable en cas de contrôle. Un titulaire qui délivre sur une ordonnance référencée dans ASAFO-Pharma comme frauduleuse, sans avoir consulté l'outil, s'expose à un indu.

Le cadre déontologique 2026 : une obligation, pas une recommandation

L'Ordre national des pharmaciens est clair dans son actualité de mai 2026 : « les pharmaciens sont tenus de contribuer aux actions de vigilance relatives aux produits de santé » en vertu de l'article R. 4235-32 du code de la santé publique. Ce n'est pas une incitation. C'est une obligation déontologique inscrite dans le code. Non-participation répétée à OSIAP peut constituer un manquement aux obligations professionnelles, susceptible d'être relevé lors d'un contrôle ordinal.

Par ailleurs, l'article R. 5132-114 du code de la santé publique impose une obligation de signalement des cas graves de pharmacodépendance au CEIP-A régional. Cette obligation dépasse le cadre des deux périodes d'enquête OSIAP : elle est permanente. Le pharmacien titulaire qui identifie un abus ou une situation de pharmacodépendance avérée doit le signaler, même hors campagne OSIAP.

Le risque d'indu lié à ASAFO-Pharma est lui d'ordre conventionnel. L'avenant 1 précise que la vérification via ASAFO-Pharma est « particulièrement recommandée pour les ordonnances de médicaments onéreux » (art. II, Légifrance). Le terme « recommandée » est trompeur : si une fraude est commise sur une ordonnance déjà répertoriée dans ASAFO-Pharma, l'Assurance Maladie peut considérer que le titulaire n'a pas exercé sa vigilance et procéder à un indu. La base ASAFO-Pharma permet aussi au titulaire de vérifier si une ordonnance suspecte a déjà fait l'objet d'un signalement par une autre officine, réduisant le risque de délivrance frauduleuse.

OSIAP vs ASAFO-Pharma : deux dispositifs à articuler
CritèreOSIAPASAFO-Pharma
PiloteANSM / CEIP-A de ToulouseAssurance Maladie (CNAM)
AccèsPortail OSIAP (addictovigilance.fr)Amelipro (portail pro Assurance Maladie)
Fréquence2 périodes de 4 semaines (mai et novembre)Permanent, toute l'année
ObjectifPharmacoépidémiologie / addictovigilanceLutte contre la fraude financière
Impact ROSPAucun100 euros / an (indicateur 6, avenant 1)
Risque si non-utilisationSanction déontologique (art. R. 4235-32 CSP)Indu conventionnel si fraude non détectée
Anonymisation patientOui, obligatoire avant transmissionNon : le signalement inclut les données d'ordonnance
Sources : ONP, mai 2026 ; Légifrance, avenant 1, arrêté du 5 juillet 2024 ; ANSM, guide OSIAP 2021 ; Vidal, janvier 2026

"L'enquête OSIAP coordonnée par l'ANSM est différente du dispositif Alerte sécurisée aux fausses ordonnances (ASAFO-Pharma), développé par l'Assurance Maladie en 2024."

Ordre national des pharmaciens (ONP), Actualité officielle, mise en ligne mai 2026

Ce que vous devez faire, et dans quel ordre

Action 1 : S'inscrire sur le portail OSIAP et déclarer dès aujourd'hui

La période de mai 2026 est ouverte maintenant. Rendez-vous sur addictovigilance.fr, rubrique OSIAP. Chaque ordonnance suspecte identifiée au comptoir doit être déclarée via le formulaire en ligne dématérialisé, en vigueur depuis 2025. Joignez une copie anonymisée de l'ordonnance. Renseignez impérativement le ou les critères de suspicion : sans cette information, la déclaration n'est pas intégrée à la base nationale. Pour chaque ordonnance suspecte : notez l'âge et le sexe du demandeur, les médicaments avec posologie, la nature et le type d'ordonnance. Ce protocole prend moins de 5 minutes par déclaration.

Action 2 : Vérifier ASAFO-Pharma avant toute délivrance suspecte

Pour toute ordonnance qui éveille un doute, connectez-vous à ASAFO-Pharma via Amelipro avant de délivrer. Cela prend 2 minutes et protège l'officine d'un indu conventionnel. Pour atteindre l'indicateur ROSP, la connexion doit être hebdomadaire, 46 semaines sur 52 (environ 90 %, art. 4 avenant 1, Légifrance). Attention : déclarer dans ASAFO-Pharma une ordonnance frauduleuse confirmée ne dispense pas de la déclarer dans OSIAP si l'on est en période d'enquête. Les deux démarches sont indépendantes. PharmaPex, copilote IA pour titulaires de pharmacie, peut vous aider à structurer un protocole de double vérification au comptoir et à documenter vos signalements pour un dossier de conformité déontologique.

Action 3 : Conserver une traçabilité documentaire systématique

Archivez la copie anonymisée de chaque ordonnance suspecte, la date de déclaration OSIAP et, le cas échéant, le numéro de signalement ASAFO-Pharma. En cas de contrôle de l'Assurance Maladie ou de l'Agence régionale de santé (ARS), cette traçabilité est la seule preuve que le titulaire a exercé sa vigilance professionnelle. Indicateur de surveillance continue : vérifiez chaque trimestre votre tableau de bord ROSP sur Amelipro pour confirmer que l'indicateur de connexion ASAFO-Pharma est bien en cours d'atteinte.