L'avenant n° 2 à la convention nationale pharmaceutique, signé le 7 avril 2026 par la Fédération des syndicats pharmaceutiques de France (FSPF), l'Union des syndicats de pharmaciens d'officine (USPO) et l'Assurance maladie, ne se limite pas à corriger le zonage des officines fragiles : son préambule acte quatre axes d'extension des missions officinales revendiqués de longue date. La généralisation d'OSyS, entretien pharmaceutique diabète de type 2, mesure de la pression artérielle, intervention pharmaceutique tracée : quatre leviers de revenus nouveaux, avec des calendriers distincts et des tarifs qui restent à négocier. Ce que le communiqué de presse ne dit pas : l'USPO a officiellement chiffré une perte de 25 % de pouvoir d'achat pour les titulaires sur dix ans, et ces missions sont présentées comme la condition pour éviter une nouvelle séquence de mobilisation.

7 avril 2026 : un avenant territorial qui ouvre un chantier conventionnel bien plus large

L'image retenue est celle de l'aide aux officines fragiles. La réalité est plus structurelle. 149 officines seulement avaient bénéficié du dispositif territorial en 2025, pour un objectif initial proche de 1 000, selon l'Assurance maladie. L'avenant 2 assouplit les critères de zonage pour atteindre potentiellement un millier d'officines éligibles à l'aide de 20 000 euros, avec une enveloppe de 20 millions d'euros prévue sur 2026-2027 (Assurance maladie, avril 2026). Mais ce correctif territorial n'est que la partie visible du texte.

Le préambule, lui, engage l'ouverture rapide de négociations conventionnelles structurelles. L'USPO a obtenu d'y inscrire quatre axes d'évolution du métier considérés comme non négociables : la généralisation d'OSyS (Orientation dans le Système de Soins), un entretien pharmaceutique dédié au diabète de type 2, l'habilitation à mesurer la pression artérielle, et la valorisation des interventions pharmaceutiques pour le bon usage des médicaments (Le Quotidien du Pharmacien, avril 2026). Pierre-Olivier Variot, président de l'USPO, a été clair :

« Cet avenant n'est pas une finalité ni un blanc-seing, nous attendons désormais l'ouverture de négociations conventionnelles structurelles pour la profession. »

Pierre-Olivier Variot, Président de l'USPO, 8 avril 2026

Le contexte économique rend le calendrier moins confortable qu'il n'y paraît. Le rapport conjoint de l'Inspection générale des affaires sociales (IGAS) et de l'Inspection générale des finances (IGF) confirme une baisse de 11 points d'excédent brut d'exploitation (EBE) sur dix ans pour le réseau officinal, et des revenus de titulaires équivalents en 2026 à ceux de 2016 en termes réels, selon l'USPO. Parallèlement, 136 officines ont subi des procédures de redressement, liquidation ou sauvegarde en 2025, soit +12,4 % par rapport à 2024 (Altares, 2026). Ces missions ne sont pas un bonus : elles sont une planche de salut économique.

OSyS : une généralisation actée, un tarif insuffisant à revaloriser

OSyS (Orientation dans le Système de Soins) est entré depuis le 1er janvier 2026 dans une phase transitoire de 12 mois, prolongeable jusqu'à 18 mois, après cinq années d'expérimentation dans quatre régions pilotes : Bretagne, Occitanie, Centre-Val de Loire et Corse. Le rapport final d'évaluation, rendu en octobre 2025, a jugé le dispositif « reproductible, faisable et efficiente » (CTIS/CSIS, décembre 2025). La loi de financement de la Sécurité sociale (LFSS) pour 2026 a généralisé le principe, inscrivant dans la loi la contribution des pharmaciens « à l'évaluation et à la prise en charge de situations cliniques ainsi qu'à l'orientation du patient dans le parcours de soins » (Ordre national des pharmaciens, décembre 2025).

Les quatre pathologies couvertes sont : plaies simples, brûlures du premier degré, conjonctivites et piqûres de tiques. Le tarif de triage est fixé à 12,50 euros par patient, ce que les syndicats qualifient unanimement de « minimum absolu ». La durée moyenne totale d'un triage, incluant les échanges complémentaires, est estimée entre 15 et 20 minutes (Le Moniteur des Pharmacies, novembre 2025). Pour un titulaire gérant le suivi lui-même, le potentiel de revenus supplémentaires est jusqu'à 13 000 euros par an pour une officine réalisant potentiellement 20 triages par semaine sur 52 semaines (estimation calculée : 20 x 12,50 x 52 = 13 000 euros ; à adapter selon le volume réel de la patientèle). La FSPF et l'USPO s'accordent pour revendiquer un tarif revalorisé autour de 20 euros, soit le double du forfait suisse NetCare de référence (Le Moniteur des Pharmacies, novembre 2025).

Le chantier opérationnel de 2026 reste suspendu à trois textes attendus en cours d'année : les arrêtés précisant les situations cliniques, la recommandation de la Haute Autorité de santé (HAS) sur les protocoles décisionnels, et la négociation conventionnelle fixant le tarif définitif (FSPF, mars 2026). La proposition de loi Neuder sur le renforcement du dépistage des maladies cardio-neuro-vasculaires, adoptée à l'unanimité en commission des Affaires sociales de l'Assemblée nationale le 1er avril 2026, s'inscrit dans cette logique : elle habilite explicitement les pharmaciens à mesurer la pression artérielle, aux côtés des kinésithérapeutes.

Pression artérielle et diabète de type 2 : deux missions à anticiper dès l'automne 2026

La proposition de loi Neuder donne un levier législatif supplémentaire à la mesure de la pression artérielle en officine. Le constat chiffré est éloquent : 6 millions de Français sont hypertendus sans le savoir, selon Yannick Neuder (communiqué de presse, 1er avril 2026). Les pathologies cardio-neuro-vasculaires représentent 140 000 décès, 1,2 million d'hospitalisations et près de 20 milliards d'euros de coût annuel pour l'Assurance maladie (données Assurance maladie et Santé publique France, citées par Yannick Neuder, avril 2026). Le texte, transpartisan, bénéficie de la procédure accélérée et pourrait être discuté au Sénat dès juin 2026 ou à la rentrée d'octobre.

Sur le diabète de type 2, le calendrier conventionnel est plus avancé : l'accompagnement pharmaceutique vise un démarrage à l'automne 2026. La Caisse nationale de l'assurance maladie (CNAM) et les syndicats ont défini les contours du futur entretien : un entretien initial pour déterminer les besoins prioritaires, puis la possibilité d'aborder trois thèmes sur sept par an (compréhension de la pathologie, traitements, observance, suivi, complications, règles hygiénodiététiques, activité physique). Le dispositif cible plus de 4 millions de patients diabétiques de type 2 en France (Revue Pharma, novembre 2025 ; Le Moniteur des Pharmacies, novembre 2025). Le tarif de ces entretiens n'est pas encore fixé au moment de la signature de l'avenant 2 : il fera l'objet d'une négociation dans le cadre de l'avenant 3 annoncé par l'USPO comme « d'ouverture rapide ».

Le quatrième axe, les interventions pharmaceutiques, vise à valoriser conventionnellement les actes déjà réalisés quotidiennement : signal de non-conformité, adaptation posologique, proposition de substitution. La Société française de pharmacie clinique (SFPC) dispose d'une fiche d'intervention pharmaceutique dédiée aux officinaux, qui permet de recueillir et mesurer l'apport du pharmacien dans la chaîne du médicament. L'USPO revendique que ces actes soient reconnus et rémunérés, en appui du ROSP (rémunération sur objectifs de santé publique), dont les indicateurs conditionnent une part croissante des revenus conventionnels.

Les 4 missions actées par le préambule de l'avenant 2 : calendrier et état de la rémunération (avril 2026)
Mission Statut (avril 2026) Calendrier estimé Tarif actuel ou visé
OSyS (triage clinique) Phase transitoire depuis janvier 2026 Arrêtés + HAS attendus en 2026 12,50 euros actuels (revalorisation visée à 20 euros)
Entretien diabète type 2 Protocole finalisé avec la CNAM Automne 2026 (visé) Non fixé, négociation avenant 3
Mesure pression artérielle PPL Neuder adoptée en commission le 1er avril 2026 Sénat : juin ou octobre 2026 Non fixé, à conventionner
Intervention pharmaceutique Acte existant, non encore rémunéré Travaux engagés dans le cadre de l'avenant 3 Non fixé
Sources : Le Quotidien du Pharmacien, Revue Pharma, Le Moniteur des Pharmacies, USPO, CNOP, Le Quotidien du Médecin (avril 2026)

Ce que vous devez faire, et dans quel ordre

Action 1 : Obtenir la formation OSyS et activer le triage clinique dans les 30 jours

OSyS est la seule des quatre missions pour laquelle une rémunération est d'ores et déjà en place (12,50 euros par triage). La formation obligatoire d'une journée, centrée sur les arbres décisionnels et les critères de gravité, est accessible via les organismes de développement professionnel continu (DPC). Ne pas attendre la publication des arrêtés définitifs pour vous former : la phase transitoire de 12 mois, entrée en vigueur en janvier 2026, est le moment de monter en compétence et de tester votre organisation. Ouvrez un espace de confidentialité dédié si ce n'est pas encore fait. Enregistrez chaque acte dès maintenant dans votre logiciel de gestion officinal (LGO) pour constituer une base de traçabilité : ces données serviront à valoriser votre ROSP lors du prochain bilan conventionnel. PharmaPex permet de centraliser et d'exporter ces indicateurs de mission pour préparer vos déclarations CNAM et maximiser votre rémunération sur objectifs.

Action 2 : Identifier vos patients diabétiques de type 2 et préparer l'entretien avant l'automne 2026

L'Assurance maladie prévoit d'envoyer ses délégués dans les officines pour expliquer les modalités pratiques de ces entretiens. N'attendez pas leur passage : croisez dès maintenant votre base de délivrance pour identifier les patients sous antidiabétiques oraux ou injectables. L'entretien initial, qui déterminera les axes prioritaires parmi les sept thèmes retenus, demande un espace de confidentialité et un protocole de recueil structuré. Préparez vos outils de traçabilité pour être en capacité de facturer dès le premier jour de mise en œuvre conventionnelle. Sur une officine de taille moyenne comptant potentiellement 150 à 200 patients diabétiques de type 2 actifs, même une couverture partielle de 30 % représente jusqu'à 60 entretiens par an à facturer (estimation calculée, à confirmer selon le tarif final fixé par l'avenant 3).

Action 3 : Installer un tensiomètre validé et ouvrir un registre de suivi des mesures

La proposition de loi Neuder n'est pas encore promulguée, mais son adoption à l'unanimité en commission le 1er avril 2026 et la procédure accélérée accordée par le gouvernement rendent son entrée en vigueur probable avant la fin de l'année 2026. Anticipez dès maintenant : un tensiomètre automatique validé cliniquement (norme ISO 81060-2) est un investissement inférieur à 300 euros, amorti dès les premières mesures facturées. Constituez un registre de suivi des mesures par patient, indispensable pour alimenter votre ROSP sur l'indicateur de dépistage cardiovasculaire. Chaque mesure de pression artérielle réalisée et tracée aujourd'hui est un acte gratuit qui deviendra rémunéré demain, et une donnée qui prouve votre engagement en santé publique lors des futures négociations conventionnelles.