Vingt propositions, une lettre ouverte, deux destinataires : le 1er septembre 2026, Pierre-Olivier Variot, président de l'Union des syndicats de pharmaciens d'officine (USPO), a adressé un texte structuré à Stéphanie Rist, ministre de la Santé, et à Pierre Pribile, directeur de la Sécurité sociale (DSS), ouvrant formellement la séquence budgétaire du Projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) pour 2027. Le document ne se contente pas de défendre des intérêts corporatifs : il propose un cadre d'efficience chiffré, organisé autour d'économies que l'officine pourrait générer en échange d'un partage explicite de la valeur. Ce que la lettre ne dit pas encore, c'est quelles propositions ont une chance réelle de franchir la ligne parlementaire en novembre.

Un texte offensif dans un contexte de contrainte budgétaire maximale

Le calendrier n'est pas neutre. L'USPO publie son mémorandum exactement au moment où la Direction de la sécurité sociale boucle ses hypothèses d'Objectif national des dépenses d'assurance maladie (ONDAM) pour 2027. La pression est connue : le déficit de la branche maladie reste structurellement élevé, et chaque enveloppe supplémentaire accordée à une profession doit se justifier par des économies documentées ailleurs. C'est précisément le pari stratégique de l'USPO.

Le syndicat part d'un constat arithmétique : les médicaments de plus de 150 euros hors taxes représentent moins de 1 % des volumes, mais concentrent près de la moitié de la dépense pharmaceutique avant remises conventionnelles (USPO, 1er septembre 2026). Ce déséquilibre structure toute la rhétorique du document : si la croissance de la dépense est portée par le haut de gamme thérapeutique, les économies sur les génériques, biosimilaires et hybrides constituent un levier sous-exploité que l'officine peut activer, à condition d'y être intéressée financièrement.

L'USPO pose ainsi une règle du jeu explicite : les économies générées grâce au réseau officinal ne peuvent être systématiquement suivies de nouvelles baisses de ressources. Une part des gains d'efficience doit être réinvestie dans les missions et le réseau qui les rendent possibles, selon une logique de partage de la valeur et d'intéressement aux économies produites (USPO, 1er septembre 2026). Ce principe, s'il était acté par voie légale, changerait structurellement le modèle économique de l'officine.

Catégorie 1 : les propositions qui agissent directement sur la marge brute

La première famille de propositions concerne la substitution et le partage de la valeur générée. Sur les biosimilaires, l'USPO réclame un modèle économique calqué sur celui du générique : honoraire de « bon usage des biosimilaires », marge identique avec le princeps, accords commerciaux avec les laboratoires et remontées de données en vie réelle (USPO). Le taux de pénétration des biosimilaires a atteint 52,9 % en 2025, contre 35 % en 2024 (Le Moniteur des Pharmacies, mars 2026). La dynamique est réelle, mais la rémunération de l'acte de substitution reste insuffisante au regard de l'effort de conseil requis.

Sur les génériques hybrides, l'USPO dénonce des pratiques persistantes qui freinent la substitution : fausses innovations, ajustements marginaux de dosage ou de forme galénique, prescriptions assorties de mentions « non substituable » sans fondement clinique (USPO / Le Moniteur des Pharmacies, avril 2026). La proposition : des outils réglementaires pour contraindre les laboratoires à jouer le jeu, en échange d'un honoraire explicitement attaché à l'acte de substitution réussi.

Probabilité d'adoption dans la LFSS 2027 : 6/10. Le précédent de la LFSS 2026, qui a inscrit dans la loi le plafond des remises sur génériques et biosimilaires après un « été de la colère » (Le Moniteur des Pharmacies, janvier 2026), montre que les arbitrages sont possibles sous pression. La logique d'un honoraire biosimilaire est cohérente avec la politique ministérielle d'accélération de la substitution. Le frein : le coût net pour l'Assurance maladie si l'honoraire n'est pas entièrement financé par les économies réalisées.

Catégorie 2 : les nouveaux honoraires, entre généralisation urgente et expérimentations en attente

La deuxième famille de propositions cible la création ou la pérennisation d'honoraires pour des missions déjà partiellement engagées. Trois dossiers ressortent du mémorandum USPO comme prioritaires pour le PLFSS 2027.

OSyS (Orientation dans le Système de Soins) : l'expérimentation article 51, portée par l'association PHSQ, a pris fin au 31 décembre 2025. Un arrêté publié au Journal officiel le 28 décembre 2025 a ouvert une période transitoire de 12 mois, prolongeable jusqu'à 18 mois, pour maintenir l'expérimentation dans ses conditions opérationnelles (USPO, avril 2026). La Loi de financement de la Sécurité sociale (LFSS) 2026 a par ailleurs permis la généralisation de la prise en charge en officine de quatre situations cliniques de premier recours : plaies simples, conjonctivites, piqûres de tiques, cystites. L'USPO réclame que cette généralisation soit accompagnée d'un honoraire de coordination pérenne, et non d'un simple droit de délivrance. Probabilité d'adoption : 7/10. Le cadre législatif existe, le rapport coût-bénéfice est favorable à l'Assurance maladie (consultation en officine contre passage aux urgences), et le gouvernement Lecornu a inscrit la lutte contre les déserts médicaux comme axe prioritaire.

Sevrage tabagique : la dispensation de substituts nicotiniques sans ordonnance prise en charge par l'Assurance maladie est déjà une réalité, issue d'un amendement USPO adopté dans le PLFSS 2022. La prochaine étape revendiquée est un honoraire d'accompagnement structuré, calqué sur le modèle des entretiens pharmaceutiques, pour les patients engagés dans un programme de sevrage suivi en officine. Probabilité d'adoption : 5/10. La mesure est cohérente avec la politique de prévention, mais son calibrage budgétaire reste à documenter devant la DSS.

Insuffisance cardiaque : l'USPO pousse pour la création d'un honoraire de suivi officinal pour les patients insuffisants cardiaques, en lien avec la télésurveillance et les objectifs de réduction des hospitalisations évitables. Ce dossier est plus complexe : il nécessite une articulation avec les cardiologues et les plateformes de télésurveillance, et un équilibre avec les honoraires d'accompagnement déjà accordés aux infirmiers. Probabilité d'adoption : 3/10. Le concept est solide, mais le calendrier de négociation est trop court pour un arbitrage PLFSS 2027.

Les 20 propositions USPO pour le PLFSS 2027 : grille de probabilité par catégorie
Catégorie Propositions phares Impact rémunération titulaire Probabilité LFSS 2027
Partage de la valeur sur la substitution Honoraire biosimilaires, plafond remises hybrides, lutte mentions NS non justifiées Potentiellement jusqu'à +1 200 euros/an par officine 6/10
Nouveaux honoraires de mission Généralisation OSyS, sevrage tabagique structuré, insuffisance cardiaque +500 à +3 000 euros/an selon activité et patientèle 7/10 (OSyS), 5/10 (tabac), 3/10 (cardio)
Protection du maillage territorial Intéressement aux économies générées, seuil de protection officines rurales, revalorisation garde et urgence Filet de protection EBE pour les 20 % d'officines les plus fragiles 4/10
Pertinence et prescription renforcée Prescription encadrée pour médicaments de plus de 150 euros HT, lutte contre la non-pertinence Impact indirect positif si la substitution s'accélère 5/10
Sources : USPO, lettre ouverte du 1er septembre 2026 ; Le Moniteur des Pharmacies, mars et avril 2026 ; CNOP, données réseau 2025. Probabilités : estimation PharmaPex sur la base des précédents législatifs 2022-2026 et des contraintes budgétaires connues.

Catégorie 3 : la protection du maillage, le pari le plus difficile à budgéter

La troisième famille de propositions est celle qui touche le plus directement les titulaires en zones rurales et semi-rurales. L'USPO réclame un mécanisme d'intéressement aux économies générées par le réseau officinal, pour que le maillage territorial ne se dégrade pas au rythme des fermetures. Ce principe d'intéressement est politiquement séduisant, mais techniquement complexe : il suppose de mesurer la contribution nette de chaque officine aux économies de l'Assurance maladie, ce qui nécessite des outils de suivi individualisé dont la DSS ne dispose pas encore.

Le contexte joue en faveur de l'alerte : 52 % des titulaires interrogés par l'USPO envisageraient une cessation ou une cession de leur activité dans les 5 ans en cas de nouvelle dégradation de la marge (USPO, sondage 2 400 réponses, juin 2025). Un chiffre qui doit être lu avec précaution, car les intentions déclarées surévaluent souvent les comportements réels. Il reste un signal de fragilité structurelle que la DSS ne peut ignorer.

La bonne nouvelle pour les titulaires ruraux : le dispositif d'aide aux officines isolées, recalibré dans le cadre de l'avenant 2 à la convention pharmaceutique, vise potentiellement jusqu'à 1 000 officines bénéficiaires pour une enveloppe de 20 millions d'euros par an sur 2026 et 2027 (Le Moniteur des Pharmacies, avril 2026). La mauvaise nouvelle : cette enveloppe existante n'est pas extensible sans décision législative explicite dans le PLFSS 2027.

"Avant de réduire l'offre de soins, il faut traquer la non-pertinence, le gaspillage, les stratégies de contournement et les défauts d'organisation."

Pierre-Olivier Variot, Président de l'USPO, lettre ouverte à la ministre de la Santé et au directeur de la Sécurité sociale, 1er septembre 2026

Ce que vous devez faire, et dans quel ordre

Action 1 : Vérifier votre taux de substitution biosimilaire avant fin septembre 2026

Les négociations PLFSS se jouent en données chiffrées. Si l'USPO obtient un honoraire biosimilaire lié à des seuils de substitution, les officines dont le taux est inférieur à 60 % sur les molécules concernées seront exclues de facto du bénéfice. Auditez dès maintenant votre Logiciel de gestion d'officine (LGO) ou votre tableau de bord PharmaPex pour identifier les classes thérapeutiques où vos taux sont en dessous de la moyenne nationale (52,9 % en 2025). Chaque point de substitution gagné aujourd'hui vous positionne dans la bonne case si la mesure est adoptée dans la LFSS 2027 avec effet au 1er janvier.

Action 2 : Documenter votre activité OSyS pendant la période transitoire

La période transitoire OSyS court jusqu'au 31 décembre 2026, prolongeable jusqu'au 30 juin 2027. Chaque acte de premier recours réalisé et tracé dans cette fenêtre sera une donnée de négociation pour la généralisation. Si votre officine n'est pas encore inscrite dans le dispositif, l'inscription reste ouverte. Si vous êtes déjà actif, vérifiez que vos actes sont correctement codifiés et remontés, car c'est sur cette base que la HAS (Haute Autorité de santé) évalue le rapport coût-bénéfice avant de valider la mise en droit commun.

Action 3 : Surveiller le dépôt du PLFSS 2027 à l'Assemblée nationale (prévu fin septembre 2026)

Le texte officiel du gouvernement sera déposé fin septembre 2026. C'est à ce moment que vous saurez quelles propositions USPO ont été retenues dans la version initiale, et lesquelles seront portées par voie d'amendement parlementaire. Paramétrez une alerte sur Légifrance et sur le site de l'Assemblée nationale avec les mots-clés « pharmacien » et « officine ». Les arbitrages les plus défavorables passeront souvent en première lecture à l'Assemblée : la fenêtre de mobilisation syndicale est alors de moins de trois semaines.