1,11 milliard d'euros de remises commerciales déclarées au CEPS en 2024, dont une moyenne de 55 000 euros par officine représentant 51 % de l'excédent brut d'exploitation médian (108 000 euros en 2023) pour un chiffre d'affaires médian de 1,9 million d'euros : le rapport conjoint de l'Inspection générale des affaires sociales (IGAS, n° 2025-094R) et de l'Inspection générale des finances (IGF, n° 2025-E-094-03) sur la chaîne de distribution pharmaceutique, signé à Paris le 23 janvier 2026 et rendu public le 7 mai 2026, officialise une dépendance économique structurelle que la profession dénonçait depuis des années. La mission, composée de Virginie Cayré et Alain Morin (IGAS), Valentine Verzat et Andréane Bourges (IGF), avec la participation d'Olivier Pernet-Coudrier (data scientist au pôle science des données de l'IGF) et sous la supervision d'Hippolyte d'Albis (inspecteur général des finances), s'est appuyée sur l'analyse des données fiscales FARE 2013-2023, des données CEPS, d'un échantillon de 30 officines (16 répondantes) et d'un questionnaire adressé à 19 laboratoires (10 répondants représentant environ 80 % du CAHT générique déclaré au CEPS). Sa contribution la plus structurante : décomposer précisément la répartition de la valeur sur la filière des génériques, hybrides et biosimilaires, et chiffrer pour la première fois l'écart entre ce qui est déclaré au régulateur et ce qui circule réellement.

L'écart révélé : 35 à 67 % du CAHT laboratoire concédés, 23 % seulement déclarés

Le rapport est explicite (page 8) : les laboratoires concèdent entre 35 et 67 % de leur chiffre d'affaires hors taxes sous forme de remises et de prestations commerciales sur la filière des génériques. Cette enveloppe, calculée sur les 4,9 Md€ de CAHT générique en 2024, se décompose comme suit en bornes basse et haute :

  • 5 à 10 % du CAHT versés aux grossistes-répartiteurs sous forme de prestations commerciales (référencement, promotion, coopération commerciale), soit entre 200 et 390 M€, en miroir de l'abandon de leur marge réglementée au profit des officines
  • 5 à 14 % du CAHT versés aux groupements (référencement auprès des officines adhérentes, communication, transmission de fichiers, formations, vitrines), soit entre 240 et 680 M€
  • 25 à 43 % du CAHT versés aux officines, combinant remises commerciales déclarées au CEPS (1 115 M€ en 2024, soit 23 % du PFHT en moyenne), abandon de la marge grossiste (~270 M€), et prestations commerciales non déclarées pour 340 à 980 M€ selon l'échantillon analysé par la mission

Le taux moyen de remise déclaré au CEPS en 2024 s'établit à 22,75 % selon le rapport d'activité du CEPS, pour un montant total de 1,112 milliard d'euros. La distribution des remises est concentrée : 40,3 % du montant total se situe dans la tranche 30 à 40 %, tandis que 22,5 % reste sous les 10 % et seulement 1,7 % dépasse le plafond légal des 40 %. L'écart entre les 23 % déclarés et les 25 à 43 % réellement consentis aux officines traduit l'existence d'avantages non déclarés, qu'il s'agisse de prestations commerciales (vitrophanies, mises en avant, stop-rayon, animations), de remises conditionnelles, ou de prestations qui échappent à l'obligation de déclaration prévue à l'article L. 138-9-1 du Code de la sécurité sociale parce qu'elles ne sont pas rattachées directement aux génériques, hybrides ou biosimilaires.

Sur l'ensemble de la chaîne de distribution sur le champ remboursé, la rémunération totale atteint 13,7 milliards d'euros en 2024, en hausse de 11 % par rapport à 2019. Rapportée à la dépense de l'Assurance maladie en médicaments de ville (26,4 Md€ en 2024), la chaîne de distribution pèse 51 %, en repli depuis les 62 % de 2019, principalement sous l'effet de la hausse des médicaments innovants (10,7 Md€ en 2024 contre 8,0 Md€ en 2017).

11 % d'EBE perdus en dix ans, 10 points de marge, 3 points de rentabilité : le décrochage est officiel

Les chiffres du rapport sont sans appel. Sur la décennie 2013-2023, l'excédent brut d'exploitation des officines a baissé de 11 %, le taux de marge a perdu 10 points et le ratio EBE/CA, qui traduit la rentabilité, a reculé de 3 points (page 22). La dégradation s'est accentuée à partir de 2023, quand les dispositifs exceptionnels liés à la crise sanitaire ont disparu, laissant réapparaître les charges structurelles dans toute leur lourdeur. Les charges de personnel, sur la même période, ont augmenté de 66 %, avec un effet plus marqué sur les officines du premier quartile de chiffre d'affaires.

Le constat est particulièrement sévère selon la densité d'habitat (page 23) :

  • Rural à habitat très dispersé : -5,2 points de rentabilité (de 11,3 % en 2013 à 6,2 % en 2023)
  • Rural à habitat dispersé : -4,1 points (de 10,2 % à 6,1 %)
  • Bourgs ruraux : -3,2 points (de 9,6 % à 6,4 %)
  • Grands centres urbains : -2,9 points (de 7,9 % à 4,9 %)
  • Médiane nationale : -2,9 points (de 8,6 % à 5,6 %)

Paradoxe à retenir : la rentabilité reste plus élevée en zone rurale qu'en grand centre urbain (6,2 % contre 4,9 % en 2023), mais la chute y est beaucoup plus brutale et le risque de bascule plus immédiat. Pour les officines du premier quartile de chiffre d'affaires, la baisse atteint 3,5 points contre 2,5 points pour le quatrième quartile. Les groupements jouent dans ces territoires un rôle d'amortisseur économique que le rapport mentionne en creux mais que tous les titulaires de zones rurales connaissent : services mutualisés, soutien comptable et juridique, accompagnement des nouvelles missions, sans lesquels l'isolement géographique deviendrait isolement opérationnel.

Pharmacien titulaire à 77 000 euros bruts en 2024 : le décrochage est aussi personnel

La détérioration ne s'arrête pas à l'officine. Selon les données de la Caisse nationale d'assurance vieillesse des pharmaciens citées par le rapport (page 24), un pharmacien titulaire exerçant en nom propre gagne en moyenne 77 000 euros bruts en 2024, contre 52 000 euros en moyenne pour un pharmacien salarié d'officine au coefficient 550. Mais surtout, depuis 2016, la rémunération moyenne des titulaires a baissé de 15 % en euros constants, avec une chute particulièrement brutale en 2023 (-15,2 % pour l'ensemble des titulaires, -18,4 % pour ceux présents deux années de suite dans le même régime fiscal). Le revenu officinal individuel est revenu à son niveau de 2016, après une hausse temporaire pendant la crise sanitaire.

La chronologie politique : 480 à 550 millions d'euros suspendus en six semaines

Le rapport documente avec précision le mouvement social qui a fait reculer le gouvernement à l'automne 2025. L'arrêté du 4 août 2025 avait acté une trajectoire de baisse du plafond des remises sur les génériques de 40 % à 30 % au 1er septembre 2025, puis à 25 % au 1er juillet 2026, puis à 20 % au 1er juillet 2027. La mission chiffre l'impact brut de la baisse à 20 % entre 480 et 550 millions d'euros de revenus annuels en moins pour le réseau officinal, soit entre 24 000 et 27 000 euros par officine (1,2 à 1,4 % du chiffre d'affaires), à comportement et cadre juridique constants. Deux méthodologies de chiffrage existent : 480 M€ selon le GERS à partir des conditions générales de vente, 550 M€ selon Offisanté à partir des conditions générales et particulières de vente.

Le mouvement social pharmaceutique de septembre 2025 a conduit le gouvernement à suspendre la mesure. L'arrêté du 6 octobre 2025 a rétabli le plafond pour les génériques à 40 % au 8 octobre 2025. La loi n° 2025-1403 du 30 décembre 2025 de financement de la sécurité sociale pour 2026, dans son article 37, a finalement inscrit dans le marbre législatif un plafond à 40 % pour les génériques et hybrides et l'a fixé à 20 % pour les biosimilaires, ce qui va à l'opposé du projet initial. L'impact net est évalué par la mission à +160 millions d'euros pour les officines, sous hypothèse d'une hausse du taux de pénétration des biosimilaires de 10 points (page 16).

Sept propositions structurantes : le rapport écrit ce que la convention 2027 devra acter

Le rapport IGAS-IGF formule sept propositions numérotées qui dessinent ensemble une refonte profonde du modèle économique officinal autour de trois axes : la transparence, le marché d'acquisition, et la refonte de la rémunération.

Axe 1, transparence des remises et clarification du cadre des groupements. La proposition n° 1, adressée à l'Ordre des pharmaciens, demande de "rendre effectif le contrôle, aujourd'hui inexistant, des contrats liant les officines aux groupements pour vérifier les aspects déontologiques d'indépendance du pharmacien". Le rapport documente (page 5) un cas où "un contrat consulté par la mission oblige le pharmacien titulaire à se fournir en médicaments génériques auprès d'un fabricant spécifique et à recourir à certains grossistes répartiteurs référencés par le groupement", avec des durées d'engagement jusqu'à cinq ans et des frais de sortie pouvant représenter l'intégralité des cotisations restant dues. La proposition n° 5 demande l'extension des déclarations au CEPS prévues à l'article L. 138-9-1 du Code de la sécurité sociale à tous les acteurs, y compris les courtiers, groupements et centrales d'achat, avec inclusion des rémunérations pour référencement et calcul au prorata du chiffre d'affaires des génériques pour les prestations commerciales. Plusieurs acteurs du secteur, dont le CNGPO et Federgy, considèrent qu'une clarification du cadre déclaratif est compatible avec leur modèle économique, à condition que les règles soient les mêmes pour tous les maillons de la chaîne.

Axe 2, marché d'acquisition des génériques. La proposition n° 2 demande à la Direction de la sécurité sociale, à la Direction générale de l'offre de soins, à la Direction générale des entreprises et à la CNAM d'expertiser la possibilité de confier à terme à des centrales d'achat l'acquisition pour la ville des médicaments génériques, hybrides et biosimilaires. Ce mécanisme, inspiré du modèle hospitalier déjà en vigueur via UNIHA et RESAH, révélerait le prix de revient industriel et permettrait de baisser le prix fabricant. La proposition n° 3 demande au CEPS un suivi des prix de revient industriel et des remises et prestations quelle que soit leur nature, "notamment par l'exploitation des données des marchés hospitaliers" déjà transmises au CEPS au titre de l'article L. 5121-18 du Code de la santé publique.

Axe 3, refonte de la rémunération officinale. La proposition n° 4 demande à la CNAM et à la DSS d'engager une négociation conventionnelle avec les pharmaciens afin de décorréler totalement leur rémunération des prix et volumes des médicaments. La proposition n° 7 demande l'étude d'une tarification à l'ordonnance dégressive au volume ou d'un forfait structure, ce dernier pouvant être assis sur des critères de qualité (taux d'encadrement, critères environnementaux). Le constat est sévère (page 7) : malgré l'introduction des honoraires de dispensation depuis 2015, 71 % de la rémunération du pharmacien restent indexés sur le volume de boîtes en 2024, et les honoraires à la boîte représentent 2,6 Md€ contre 1,6 Md€ pour les autres honoraires. La proposition n° 6 cible spécifiquement le maillage territorial : étendre le dispositif Territoires fragiles par un meilleur ciblage (127 officines aidées à ce jour avec 20 000 € par an pendant trois ans, mais avec une rentabilité médiane de 8,2 % proche de la médiane nationale, donc un ciblage jugé peu opérationnel) et généraliser l'expérimentation des antennes pharmaceutiques (12 antennes en exercice à ce jour) dans les communes de moins de 2 500 habitants.

Ce que le rapport dit en creux et qui doit être lu

Quatre constats méritent d'être explicités. Premier constat, les groupements occupent désormais une place centrale dans la chaîne de valeur officinale, et le rapport pose la question de la transparence de cette contribution. La mission relève (page 5) qu'elle n'a pas observé de remises commerciales plus avantageuses en fonction du chiffre d'affaires ni lorsque l'officine est adhérente à un groupement, sur l'échantillon analysé. Près de 90 % des officines y adhèrent pourtant, signe que la valeur ajoutée perçue par les titulaires dépasse largement la seule question du prix d'achat des génériques. La proposition n° 1, qui demande à l'Ordre des pharmaciens un contrôle effectif des contrats de groupement, ouvre un chantier déontologique que les acteurs du secteur appellent eux-mêmes de leurs vœux pour clarifier le cadre.

Deuxième constat, le plafond réglementaire des remises est techniquement obsolète. Le rapport l'écrit noir sur blanc (page 20). Quatre mécanismes de contournement sont documentés. Toute négociation conventionnelle qui se cantonnerait à la question du plafond ignorerait ces contournements.

Troisième constat, la transition vers un marché d'acquisition impose une compensation. Le rapport reconnaît explicitement (page 19) que "la suppression de ces dispositifs financiers mettrait en péril de nombreuses pharmacies" et que (page 21) "la baisse des remises et donc la rémunération des pharmaciens devra être compensée au moins partiellement par l'assurance maladie sur la base des économies réalisées via les baisses de prix". Ce point est crucial pour les négociations 2026-2027 : aucune réforme structurelle ne pourra avancer sans mécanisme de compensation explicite.

Quatrième constat, la marge des grossistes-répartiteurs sur les génériques est un sujet en suspens. Le rapport observe (page 6) que les grossistes-répartiteurs abandonnent systématiquement leur marge réglementée (6,93 % du PFHT) au profit des pharmaciens d'officine sur les génériques, en se faisant compenser par les fabricants via des contrats de prestation. La mission s'interroge ouvertement : "L'abandon systématique de cette marge pour les génériques interroge sur l'intérêt de la maintenir." En clair, la rémunération des grossistes-répartiteurs pourrait être restructurée à brève échéance, indépendamment du sort des remises officinales.

La voix des groupements : un acteur qui se défend

Le débat ouvert par le rapport ne saurait être lu sans entendre la parole des groupements, devenus en deux décennies un pilier structurant du réseau officinal. Le Collectif National des Groupements de Pharmaciens d'Officine (CNGPO), présidé par Pascal Louis et qui réunit 14 groupements et enseignes représentant environ 12 000 pharmacies, défend depuis plusieurs années une lecture plus nuancée que celle qui ressort du rapport. Selon une enquête CNGPO publiée en 2022 et toujours citée par la profession, 94 % des titulaires adhèrent à un groupement et 98 % se déclarent satisfaits de cet accompagnement, quelle que soit la taille de leur officine. Le CNGPO et l'UDGPO (17 groupements, 8 500 pharmacies) avaient déjà réagi conjointement à des études antérieures de l'IGF visant la profession, jugeant que ces travaux sous-estiment la valeur ajoutée des groupements en matière de services, de formation, de mutualisation des fonctions support, et plus récemment de déploiement opérationnel des nouvelles missions (vaccination, dépistage cardiovasculaire, prévention).

Dans une communication publiée quelques semaines avant la sortie du rapport IGAS-IGF, le CNGPO avait déjà posé sa ligne de défense : "au-delà de la rémunération, d'autres lignes doivent aussi bouger pour assurer l'avenir de notre profession". Une manière de réorienter le débat vers les vrais leviers structurels (missions, périmètre d'exercice, monopole pharmaceutique, vente en ligne) plutôt que sur la seule question des remises commerciales.

Du côté de l'UPGF (Union des Pharmacies Groupées de France) et de l'UDGPO, la ligne défensive se cristallise autour d'une distinction conceptuelle essentielle. Dans une publication LinkedIn diffusée fin avril 2026, François Tesson, président d'Essentiels Pharma, directeur général de l'UPGF et secrétaire général de l'UDGPO, pose la frontière à défendre : la financiarisation à combattre, c'est "l'entrée d'acteurs extérieurs au capital des officines", et non l'activité des groupements eux-mêmes. Il formule une équation que les négociations conventionnelles 2026-2027 devront trancher : "Indépendance = Rentabilité + Propriété + Responsabilité. Retirez une variable, l'officine libérale s'effondre." Avec un constat sans appel pour étayer cette équation : 25 % de pouvoir d'achat perdus en dix ans pour les titulaires, soit une trajectoire qui recoupe le -15 % en euros constants depuis 2016 documenté par le rapport IGAS-IGF en page 24. L'argument est clair : "un pharmacien étranglé financièrement, c'est un pharmacien vulnérable. Et un pharmacien vulnérable devient une cible." Selon cette lecture, la vraie porte d'entrée des prédateurs n'est pas la structure même des groupements, mais l'asphyxie économique qui rend les officinaux vulnérables à des montages capitalistiques externes.

La chambre syndicale Federgy, présidée par Alain Grollaud, s'était montrée beaucoup plus offensive en octobre 2025 lors du dépôt par le député Cyrille Isaac-Sibille d'un amendement au PLFSS 2026 visant à interdire les groupements dont le capital n'est pas majoritairement détenu par des officinaux. "C'est scandaleux et insensé", avait réagi Alain Grollaud, rappelant que les groupements accompagnent depuis plus de 30 ans les 19 600 officines de France. L'amendement avait été retiré, mais le climat politique reste tendu : la proposition n° 1 du rapport IGAS-IGF, en demandant à l'Ordre des pharmaciens de rendre effectif le contrôle des contrats de groupement, rouvre un débat que les groupements considéraient avoir refermé.

Le débat ouvert par le rapport ne se réduit donc pas à une opposition entre régulateur et groupements. Les questions que pose la mission sur la traçabilité des flux financiers et l'indépendance déontologique du pharmacien titulaire rencontrent en partie des préoccupations déjà portées par le CNGPO, l'UPGF et Federgy, qui défendent depuis plusieurs années l'idée que la transparence est aussi un levier de protection du modèle officinal indépendant. Les négociations conventionnelles 2026-2027 seront le moment où ces lectures convergentes ou divergentes devront se traduire en cadre opérationnel partagé : règles de déclaration au CEPS, périmètre du contrôle ordinal, articulation entre rémunération des prestations et indépendance du titulaire. C'est sur ce terrain technique, plus que sur la question politique des remises, que se jouera la place des groupements dans la chaîne de valeur de demain.

« Ces chiffres rendent beaucoup plus difficile la défense d'une stratégie consistant à réduire les remises sans mécanisme massif de compensation, car ils montrent que c'est désormais une part structurante de l'équilibre économique des officines qui est en jeu. »

Patrick Raimond, Membre du bureau national de l'Union des syndicats de pharmaciens d'officine (USPO), cité par Le Moniteur des pharmacies, 6 mai 2026

Ce que vous devez faire, et dans quel ordre

Action 1 : Calculer votre exposition réelle aux remises génériques avant l'été 2026

La clause de revoyure de l'avenant n° 1 à la convention nationale pharmaceutique doit intervenir à l'été 2026. Sans simuler votre propre dépendance économique aux remises, vous négocierez à l'aveugle. Isolez dans votre comptabilité la part des remises génériques dans votre EBE réel de l'exercice 2025. Si ce ratio dépasse 51 % (la moyenne nationale identifiée par le rapport), votre officine est dans la zone d'exposition standard. Au-delà de 60 %, vous êtes dans la zone critique. Si vous êtes en zone rurale à habitat très dispersé ou dans le premier quartile de chiffre d'affaires, le poids des génériques dans votre CA dépasse statistiquement les 16,8 à 17,6 %, et toute baisse du plafond vous touche plus durement que la moyenne. PharmaPex permet de croiser vos données d'achat génériques avec votre compte de résultat pour obtenir ce ratio en quelques clics.

Action 2 : Anticiper le scénario de substitution de marge dès le PLFSS 2027

Le rapport ouvre la voie à un marché d'acquisition des génériques et à une décorrélation rémunération/volumes via une tarification à l'ordonnance dégressive ou un forfait structure (propositions n° 2 et n° 7). Ces mécanismes ne seront pas neutres pour votre trésorerie. Identifiez dès maintenant quelles missions pharmaceutiques rémunérées (entretiens pharmaceutiques, bilans de médication, accompagnements chroniques) sont sous-exploitées dans votre officine. Les honoraires de dispensation représentent déjà 48 % de la rémunération du pharmacien sur le remboursé en 2024 contre 19 % pour la marge dégressive, et 4 232 M€ au total. La trajectoire de transition est tracée, mais les honoraires à la boîte (2,6 Md€) restent dominants par rapport aux autres honoraires (1,6 Md€). Votre marge de progression réelle se situe sur les missions hors boîte.

Action 3 : Auditer votre contrat de groupement à la lumière de la proposition n° 1

Le rapport demande à l'Ordre des pharmaciens de rendre effectif le contrôle des contrats liant les officines aux groupements pour vérifier les aspects déontologiques d'indépendance du pharmacien. Si votre contrat actuel comporte une clause d'exclusivité de fournisseur générique, une obligation de recourir à des grossistes référencés, une durée d'engagement supérieure à trois ans ou des frais de sortie disproportionnés, c'est l'occasion d'en discuter ouvertement avec votre groupement, qui a tout intérêt à la clarification du cadre. Demandez la communication écrite des rémunérations perçues des laboratoires sur votre activité (proposition n° 5) : le CNGPO, l'UPGF et Federgy défendent un modèle qu'ils jugent indispensable au maillage territorial, et plusieurs acteurs du secteur travaillent déjà à l'évolution de leurs contrats-types pour anticiper les attendus de la convention 2027. La clause de revoyure conventionnelle de l'été 2026 et la négociation 2027 s'appuieront sur ce niveau de transparence.

Action 4 : Suivre cinq indicateurs jusqu'à la fin de l'année 2026

Cinq signaux déclencheront les arbitrages qui affecteront votre modèle économique. Premier signal : la publication par la ministre de la Santé d'une lettre de cadrage ministérielle encadrant les négociations conventionnelles, attendue au printemps-été 2026 selon la FSPF. Deuxième signal : l'ouverture officielle ou non de négociations sur un avenant économique avant la fin de l'année. Troisième signal : le rapport au Parlement prévu par l'article 37 de la LFSS 2026, portant sur les plafonds de remise et les modèles de rémunération de la substitution. Quatrième signal : l'évolution du taux de pénétration des biosimilaires en ville, à 54,5 % à la fin de 2025 selon le GERS, et qui doit atteindre 80 % pour libérer les économies attendues (5,1 Md€ déjà réalisés entre 2010 et 2023, potentiel de 10 Md€ entre 2024 et 2028 selon IQVIA). Cinquième signal : la position que prendra l'Ordre des pharmaciens sur la proposition n° 1, et la suite donnée par les pouvoirs publics à la proposition n° 2 sur les centrales d'achat pour la ville. Si aucune discussion sérieuse ne s'ouvre d'ici l'automne, une dénonciation conventionnelle par les syndicats reste un scénario explicitement évoqué, avec en ligne de mire une renégociation globale de la convention nationale pharmaceutique en 2027.