Seize ans, seize éditions, et cette fois une salle au Palais d'Iéna chargée de dossiers concrets : l'avenant 3 à la convention pharmaceutique et la lutte contre la financiarisation des officines. Le 23 avril 2026, l'Union des syndicats de pharmaciens d'officine (USPO) a réuni pharmaciens, parlementaires, représentants de la Caisse nationale de l'assurance maladie (CNAM), de la Direction de la sécurité sociale (DSS), du Conseil national de l'Ordre des pharmaciens (CNOP) et de la Direction générale de l'offre de soins (DGOS). Ce que les décideurs ont dit, ce qu'ils n'ont pas dit, et ce que votre officine doit exiger avant juin 2026.
Avenant 2 signé le 7 avril : la porte ouverte sur l'avenant 3
Seize jours avant les Rencontres, la profession avait franchi une étape. Le 7 avril 2026, l'UNCAM, l'UNOCAM, la FSPF et l'USPO ont signé l'avenant n° 2 à la convention nationale pharmaceutique. Ce texte corrige d'abord l'échec retentissant du dispositif territorial né de l'avenant n° 1 : en 2025, environ 150 à 200 officines avaient bénéficié d'une aide pouvant atteindre 20 000 euros par an, pour un objectif initial fixé à près de 1 000 officines (Assurance Maladie, avril 2026). Soit un taux de réalisation inférieur à 20 %. Les critères d'éligibilité, trop restrictifs, ont été révisés après la publication de la Loi de financement de la Sécurité sociale (LFSS) pour 2026. Résultat attendu : jusqu'à un millier d'officines pourraient bénéficier du soutien conventionnel dès cette année.
Mais l'avenant 2 ne se limite pas à ce rattrapage territorial. Il formalise également l'ouverture de négociations sur le modèle économique officinal. Pierre-Olivier Variot, président de l'USPO, a formulé l'attente centrale lors des Rencontres :
"Cet avenant contient surtout un engagement essentiel : ouvrir sans délai des négociations structurelles."
L'USPO avait rencontré Pierre Pribile, directeur de la DSS, quelques jours avant le 23 avril. La rencontre a confirmé que toutes les pistes pour un avenant n° 3 structurel sont posées sur la table. Le calendrier reste la variable critique : l'USPO parle d'ouverture "très rapide" des négociations. La convention pharmaceutique arrivant à échéance en avril 2027, la fenêtre pour aboutir à un avenant 3 ambitieux est d'environ dix mois.
Financiarisation : la DGOS nomme les montages, le Parlement prépare un texte
Le second bloc des Rencontres du 23 avril a mis en scène la convergence inédite de quatre institutions, CNOP, DGOS, parlementaires et CNAM, sur un même constat : les officines sont contournées par des montages financiers qui échappent au droit commun. La DGOS a identifié plusieurs mécanismes précis, dont les obligations convertibles en actions assorties de clauses de gestion, les obligations imposant l'achat de produits internes à des taux fixés par l'investisseur, et les participations indirectes via des groupements adossés à des fonds.
Les données Xerfi publiées fin 2025 chiffrent le phénomène : les groupements financiarisés représentent 32 % des officines françaises et concentrent 42 % du chiffre d'affaires national (Xerfi, novembre 2025). Le rapport IGAS-IGF rendu public à l'été 2025 a posé une base d'analyse. Il ne préconise pas de limiter l'accès aux capitaux, mais exige transparence renforcée, gouvernance encadrée et codes de déontologie opposables. L'Ordre national des pharmaciens prépare un cahier thématique en vue d'une proposition de loi annoncée avant la fin 2026.
Un signal judiciaire est venu renforcer la position des syndicats : en janvier 2026, le tribunal judiciaire de Paris a annulé plusieurs clauses liant un titulaire à un investisseur, rappelant la primauté de l'indépendance professionnelle. Une décision dont l'USPO a demandé la diffusion auprès de tous les titulaires en cours de reprise.
| Critère | Avenant n° 1 (FSPF + UNCAM, juin 2024) | Avenant n° 2 (FSPF + USPO + UNCAM + UNOCAM, avril 2026) |
|---|---|---|
| Signataires côté profession | FSPF seule (USPO refus) | FSPF et USPO (signature unifiée) |
| Officines aidées en année 1 | Environ 150 à 200 officines (objectif : 1 000) | Jusqu'à 1 000 officines visées dès 2026 |
| Aide annuelle maximale | 20 000 euros TTC sur 3 ans | 20 000 euros TTC (maintenu, critères élargis) |
| Modèle économique | Hors champ des négociations | Ouverture formelle de négociations structurelles |
| Missions (OSyS, diabète type 2) | Évoquées, non activées | Fléchées pour négociation avenant 3, sous réserve décret |
| Sources : Légifrance, juillet 2024 ; Assurance Maladie, avril 2026 ; Le Moniteur des Pharmacies, avril 2026 | ||
Ce que Iéna ne dit pas : trois non-dits à surveiller
Premier non-dit : la revalorisation des honoraires. L'avenant 2 acte l'ouverture des discussions sur le modèle économique, mais ne fixe aucun chiffre. Les simulations conduites par l'USPO avec IQVIA et un économiste restent non rendues publiques. Le document présenté lors de la Commission paritaire nationale de décembre 2025 pointait vers une entrée en vigueur des nouvelles missions au 1er janvier 2027, ce qui contracte considérablement la fenêtre de négociation réelle.
Deuxième non-dit : le décret préalable. Philippe Besset, président de la Fédération des syndicats pharmaceutiques de France (FSPF), l'a formulé sans détour en avril 2026 : "Tant que le décret n'est pas publié, la négociation n'existe pas." La généralisation du protocole OSyS, l'entretien pharmaceutique diabète de type 2, la prescription par le pharmacien dans des situations cliniques définies, tout cela dépend de textes réglementaires dont la publication reste pendante. Sans décret, l'avenant 3 risque d'être une coquille vide.
Troisième non-dit : le calendrier de la clause de revoyure. L'avenant n° 1 prévoyait explicitement qu'une révision à la hausse de l'honoraire à l'ordonnance de 0,05 euro TTC serait envisagée à compter de 2027, sous condition que 75 % des officines aient réalisé au moins trois missions de santé publique avant l'été 2026 (Légifrance, juillet 2024). Au 23 avril, ce seuil de 75 % n'est pas garanti. Les Rencontres n'ont pas mis en avant cet enjeu : la revoyure de l'été 2026 est pourtant le premier verrou concret à surveiller.
Ce que vous devez faire, et dans quel ordre
Action 1 : Vérifier votre éligibilité à l'aide conventionnelle avant le 31 mai 2026
L'avenant 2 a élargi les critères de zonage et d'éligibilité. Si votre chiffre d'affaires est inférieur aux seuils révisés par la LFSS 2026 et que votre officine est située dans un territoire désormais qualifié de fragile, vous pouvez potentiellement bénéficier de jusqu'à 20 000 euros d'aide conventionnelle dès 2026. Connectez-vous sur le portail ameli.fr professionnel pour vérifier votre statut. N'attendez pas : l'enveloppe budgétaire est fléchée sur une cible d'environ 1 000 officines et les délais de traitement des dossiers sont réels.
Action 2 : Déclarer vos trois missions de santé publique avant l'été 2026
L'avenant n° 1 conditionne la révision à la hausse de l'honoraire à l'ordonnance en 2027 au fait que 75 % des officines aient réalisé au moins trois missions parmi : vaccination, dépistage angines ou cystites, remise du kit colorectal, entretien femme enceinte, entretien antalgique palier 2 ou accompagnement traitement chronique (Légifrance, juillet 2024). La déclaration s'effectue via le téléservice ameli. Si votre officine n'a pas encore coché trois missions, c'est la priorité absolue d'ici juin. Pour suivre vos indicateurs mission par mission, PharmaPex centralise ce tableau de bord dans votre espace titulaire.
Action 3 : Auditer vos contrats de financement avant toute négociation d'avenant 3
La DGOS surveille désormais quatre types de montages : obligations convertibles, clauses imposant des choix de gestion, participations indirectes via groupements, dispositifs associant des investisseurs à la gouvernance. Si votre officine est liée par un contrat de financement extérieur, faites-le analyser par un avocat spécialisé avant que la future proposition de loi ne crée une obligation déclarative. Le tribunal judiciaire de Paris a annulé des clauses similaires en janvier 2026 : le droit vous protège, mais seulement si vous agissez avant d'être en situation contentieuse.