La ROSP numérique, soit 75 millions d'euros engagés sur l'exercice 2025, a été versée le 22 juin 2026, avec deux mois et demi de retard sur le calendrier conventionnel fixé à fin avril. Pendant ce temps, cinq autres ROSP avaient déjà été distribuées ce printemps, certaines en progression, d'autres en chute libre. Ce que révèle l'analyse chiffre par chiffre : des indicateurs mal compris, un outil Asafo-Pharma sous-utilisé, et une ligne livraison à domicile qui n'a profité qu'à 500 officines sur plus de 20 000.
22 juin, deux mois et demi de retard : ce que la CNAM doit expliquer
La convention nationale pharmaceutique signée le 9 mars 2022 est claire : la rémunération pour le développement du numérique en santé et l'amélioration de l'accès aux soins, dite REMU NUM, est versée au plus tard au mois d'avril de l'année N+1 (Ameli.fr, 2026). En 2026, elle n'est arrivée que le 22 juin. Ce retard a été confirmé lors de la Commission paritaire nationale du 17 juin, réunion régulière entre l'Assurance Maladie et les syndicats d'officine (Le Moniteur des Pharmacies, 18 juin 2026).
Pierre-Olivier Variot, président de l'Union des syndicats de pharmaciens d'officine (USPO), a explicitement déploré ces « deux mois et demi de retard » imputés à un « problème technique » de la Caisse nationale de l'Assurance Maladie (CNAM). La trésorerie de milliers d'officines a attendu une somme qui représente, en moyenne, l'essentiel du revenu forfaitaire annuel de la rémunération numérique.
"Nous avons vivement protesté contre ce retard, dont nous évoquerons les effets en commission paritaire nationale. Nous étudierons également la possibilité de réclamer des indemnités de retard."
Cinq ROSP versées ce printemps : les gagnants, les effondrements, les angles morts
Pendant que la REMU NUM attendait en souffrance, cinq autres ROSP ont été distribuées. Le bilan est contrasté, et chaque ligne mérite une lecture séparée.
| ROSP | Montant 2025 (versé en 2026) | Montant 2024 (versé en 2025) | Variation |
|---|---|---|---|
| Bon usage des produits de santé (BUPS) | 7,9 M€ | 7,1 M€ | +11,3 % |
| Rappel vaccinal | 4,5 M€ | 1,9 M€ | +136,8 % |
| Dépistage cancer colorectal | 2,5 M€ | n.d. | En hausse |
| Dispensation à l'unité | 1,4 M€ | n.d. | Stable |
| Assistance à la téléconsultation | 1,3 M€ | n.d. | n.d. |
| Asafo (lutte anti-fraude) | 1,2 M€ | 3,0 M€ | -60 % |
| Livraison à domicile | 9 000 € | n.d. | Quasi-inexistant |
| Sources : FSPF (Philippe Besset, live hebdomadaire mai 2026), Le Moniteur des Pharmacies (18 juin 2026), Ameli.fr | |||
La ROSP Bon usage des produits de santé (BUPS) progresse à 7,9 millions d'euros, contre 7,1 millions l'année précédente, soit +11,3 %. Cette ROSP repose sur cinq indicateurs, dont deux indicateurs socles obligatoires : l'adhésion à la démarche qualité officinale et l'atteinte d'un taux moyen de substitution supérieur ou égal à 85 % (Ameli.fr, Pharmaprat). Toute officine qui n'a pas validé ces deux socles n'a rien perçu, quelle que soit sa performance sur les indicateurs complémentaires.
La ROSP Rappel vaccinal bondit à 4,5 millions d'euros, contre 1,9 million en 2025, soit une hausse de +136,8 %. Philippe Besset l'explique directement : la prime augmente lorsque c'est le titulaire qui prescrit lui-même le vaccin (Le Moniteur des Pharmacies, mai 2026). Cette ligne disparaîtra en 2027 au profit d'un paiement à l'acte, ce qui modifiera structurellement la rémunération vaccinale officinale.
La ROSP Assistance à la téléconsultation en officine s'établit à 1,3 million d'euros. Le barème conventionnel prévoit 1 225 € la première année d'installation d'une cabine, puis 25 € par téléconsultation dans la limite de 750 € par an (Le Moniteur des Pharmacies). Seules les officines équipées et actives perçoivent cette ligne, ce qui en concentre mécaniquement le montant sur un nombre limité de sites.
Asafo-Pharma : la chute de 3 M€ à 1,2 M€ s'explique en une phrase
La chute est brutale. La ROSP encourageant l'usage de l'outil Asafo-Pharma (Alerte sécurisée aux fausses ordonnances) s'effondre de 3 millions d'euros en 2025 à 1,2 million d'euros pour l'exercice 2025, soit -60 % (Le Moniteur des Pharmacies, mai 2026). Le mécanisme est simple à comprendre.
En 2024, les officines ont pu valider l'indicateur avec une seule connexion à l'outil en décembre. En 2025, les règles ont durci : la rémunération de 100 € par an exige désormais une utilisation hebdomadaire pendant au moins 46 semaines dans l'année civile (Agipi, septembre 2024 ; Pharma365). Des milliers de titulaires qui avaient touché 100 € sans effort particulier en 2024 n'ont pas maintenu la cadence hebdomadaire requise tout au long de 2025, et ont donc perdu l'intégralité de la ligne. Philippe Besset indique qu'il a demandé des précisions à l'Assurance Maladie sur les raisons exactes de cette chute (Le Moniteur des Pharmacies, mai 2026).
Asafo-Pharma reste pourtant un outil pertinent : un an après son lancement national, il avait dépassé les 15 000 suspicions transmises par les pharmacies, avec trois sur quatre confirmées comme frauduleuses (DSIH, octobre 2025). L'intégration dans les logiciels de gestion officinale est prévue par la CNAM pour faciliter la connexion quotidienne.
Ce que vous devez faire, et dans quel ordre
Action 1 : Vérifier votre relevé ROSP sur Ameli Pro avant le 31 juillet 2026
La CNAM adresse un récapitulatif détaillé du calcul de chaque ROSP à chaque officine. Connectez-vous sur amelipro, rubrique Activités, puis Convention-ROSP, et vérifiez ligne par ligne les montants perçus et les indicateurs évalués. Si un écart vous semble injustifié, vous disposez d'un délai de contestation. Contrôlez en priorité les deux indicateurs socles de la ROSP BUPS : adhésion à la démarche qualité officinale et taux de substitution supérieur ou égal à 85 %. Toute officine qui n'a pas validé ces socles n'a perçu aucune fraction de cette ROSP, quelle que soit sa performance sur les indicateurs secondaires.
Action 2 : Sécuriser dès maintenant la connexion hebdomadaire à Asafo-Pharma pour 2026
L'indicateur Asafo-Pharma exige une connexion au moins 46 semaines sur 52 dans l'année civile 2026 pour générer 100 € de rémunération. Le montant est modeste, mais c'est une ligne perdue d'avance si la cadence n'est pas tenue, comme l'a montré la chute de 3 à 1,2 million d'euros à l'échelle du réseau. Attention à ne pas confondre cette ligne avec les deux socles de la ROSP BUPS (démarche qualité et taux de substitution) : ce sont eux, et non Asafo, qui conditionnent l'éligibilité à l'ensemble de la BUPS. Programmez une connexion hebdomadaire dans votre routine d'équipe, idéalement chaque lundi matin lors de la réception des commandes. PharmaPex peut vous aider à intégrer ce suivi dans le pilotage hebdomadaire de vos indicateurs conventionnels, sans ajouter de charge administrative à votre adjoint ou à votre préparatrice.
Action 3 : Suivre mensuellement vos indicateurs ROSP NUM dès septembre 2026
L'indicateur clé qui suscite la plus grande vigilance pour la REMU NUM 2026 est le taux de feuilles de soins électroniques : la FSPF conteste l'objectif actuel de 95 %, jugé inatteignable, et a défendu lors de la Commission paritaire nationale du 17 juin 2026 un abaissement à 90 %, niveau atteint par plus de 25 % des titulaires selon Philippe Besset. Sans décision officielle de la CNAM à ce jour, continuez à maximiser la télétransmission et vérifiez trimestriellement votre taux sur amelipro. Le montant médian de la REMU NUM atteint environ 4 000 euros par officine : une dégradation du taux FSE peut faire basculer l'indicateur socle et supprimer l'intégralité du versement.