Les précommandes de vaccins antigrippaux pour la saison 2026-2027 affichent un retard de près de 20 % par rapport à l'objectif national (DGS, 9 avril 2026). La Direction générale de la santé (DGS) a prolongé la fenêtre jusqu'au 30 avril et demande aux titulaires d'augmenter leurs volumes d'au moins 20 % sous peine de pénurie à l'automne. Ce que cet article révèle : deux arbitrages ministériels du 24 mars lèvent les principales incertitudes, et l'équation financière penche clairement en faveur d'une commande raisonnée dès maintenant.
Un retard de 20 % sur les précommandes, une alerte sans précédent
Le signal est net. Selon le message d'information de santé publique (MISP) émis par la DGS le 9 avril 2026, les volumes de précommandes de vaccins trivalents remboursés sont inférieurs de près de 20 % à l'objectif visé. La période initiale devait se clore le 31 mars. Elle est désormais prolongée jusqu'au 30 avril, soit un mois supplémentaire accordé par les laboratoires Sanofi, Viatris et CSL Seqirus (Moniteur des Pharmacies, 11 avril 2026). Ce n'est pas une première : en 2025, la DGS avait déjà sollicité une hausse de 10 % sur la même période. Cette année, l'exigence est doublée, ce qui donne la mesure du retard accumulé.
Pourquoi ce recul ? Trois facteurs ont paralysé les commandes dès février. Premier point : l'incertitude sur le circuit d'approvisionnement des médecins et infirmiers, rendue possible par l'article 55 de la loi de financement de la Sécurité sociale (LFSS) pour 2026 créant l'article L.4211-4 du Code de la santé publique. Deuxième point : un projet d'alignement des marges entre vaccins hautement dosés (Efluelda, Fluad) et vaccins standards, qui aurait réduit la rentabilité des spécialités premium. Troisième point : l'absence de réponse sur la reprise des stocks périmés. Ces trois incertitudes cumulées ont conduit l'Union des syndicats de pharmaciens d'officine (USPO) à recommander d'attendre avant de commander. Résultat : un marché paralysé et des volumes dangereusement bas au 31 mars.
Ce que les arbitrages du 24 mars changent au calcul
La situation a évolué. Le 24 mars 2026, le ministère de la Santé a transmis deux arbitrages décisifs à Pierre-Olivier Variot, président de l'USPO. Premier arbitrage : si les médecins, infirmiers et sages-femmes devaient stocker des vaccins dans leurs cabinets, leur seul circuit d'approvisionnement sera exclusivement l'officine. Pas de livraison directe par les fabricants, pas de passage par les grossistes-répartiteurs. Deuxième arbitrage : le projet d'alignement des marges entre vaccins standards et vaccins hautement dosés ne sera pas appliqué lors de la campagne 2026-2027. Ce sont deux victoires syndicales directement opérationnelles pour la commande d'automne.
En pratique, le premier arbitrage valide la logique de volume. Pierre-Olivier Variot le résume clairement : en moyenne, un titulaire injecte directement 70 % des doses commandées. Les 30 % restants passent également par l'officine, y compris pour les autres effecteurs qui voudront stocker. Le volume à commander ne change donc pas structurellement par rapport aux campagnes précédentes. Sur l'obligation vaccinale des soignants, l'article 55 de la LFSS 2026 conditionne son entrée en vigueur à un avis favorable de la Haute Autorité de santé (HAS), attendu en avril 2026. L'Ordre national des pharmaciens (ONP) rappelle explicitement de ne pas intégrer ces besoins supplémentaires potentiels dans les précommandes actuelles, car l'obligation n'est pas encore effective.
Ce que ça change concrètement pour votre officine
La vaccination antigrippale représente une des missions rémunérées les plus denses sur un temps court. L'honoraire d'administration du vaccin est facturé 7,50 euros TTC (code VGP) ou 9,60 euros TTC si le titulaire est également prescripteur (arrêté du 4 décembre 2024, Légifrance). Un bonus de 3 euros TTC supplémentaires par acte prescrit s'applique si le taux de RVA à 9,60 euros dépasse 25 % des vaccinations totales de l'officine en 2026 (Avenant 1 à la convention nationale, arrêté du 5 juillet 2024). Sur une officine réalisant potentiellement 200 à 400 injections par saison, l'impact d'une rupture de stock en semaine 3 ou 4 de campagne représente une perte sèche de revenus sur 6 à 8 semaines d'activité vaccinale dense.
Rappel du calendrier : la campagne antigrippale débute habituellement mi-octobre. Les doses commandées avant le 30 avril 2026 conditionnent directement les volumes produits et livrés pour l'automne, les laboratoires calibrant leur production sur les précommandes reçues. Une officine qui commande trop peu en avril ne pourra pas compenser en septembre : les stocks nationaux seront déjà alloués.
| Critère | Commander avant le 30 avril | Attendre ou sous-commander |
|---|---|---|
| Circuit des autres effecteurs | Arbitré : exclusivement via l'officine | Risque écarté |
| Alignement des marges premium | Suspendu pour 2026-2027 | Risque écarté |
| Obligation vaccinale soignants | Avis HAS attendu, pas d'effet sur 2026-2027 selon ONP | Incertitude résiduelle |
| Reprise des vaccins périmés | Non tranchée, à négocier avec les laboratoires | Risque résiduel identique |
| Revenus vaccinaux automne 2026 | Sécurisés sur 6 à 8 semaines | Potentiellement perdus en cas de rupture |
| Tendance de la demande | +11 % en 2025-2026, dynamique confirmée | Sous-commande amplifie le risque de rupture |
| Sources : DGS (MISP 9 avril 2026), USPO (24 mars 2026), ONP (27 février 2026), Légifrance (arrêtés 2024) | ||
"En moyenne, un pharmacien injecte environ 70 % des doses de vaccins grippe qu'il a commandées. Comme les médecins, infirmiers ou sages-femmes devront passer par nous quoi qu'il arrive, cela ne changera pas grand-chose au volume que nous allons commander."
Ce que vous devez faire, et dans quel ordre
Action 1 : Calculer votre volume de référence avant le 25 avril
Ouvrez votre logiciel de gestion d'officine (LGO) et extrayez le nombre exact d'injections antigrippales réalisées lors de la campagne 2025-2026, ainsi que le nombre de doses commandées et le stock final retourné ou périmé. Appliquez la tendance de +11 % observée au niveau national, puis ajoutez la majoration de 20 % demandée par la DGS par rapport à votre volume de l'an dernier, sans intégrer de doses hypothétiques liées à l'obligation vaccinale des soignants. L'USPO recommande d'ajuster les commandes au plus près des besoins réels tout en tenant compte de la dynamique de hausse. PharmaPex permet d'automatiser ce calcul de volume optimal en croisant vos données historiques et les projections de la campagne, pour éviter à la fois la rupture et le surstock.
Action 2 : Passer la commande auprès de chaque laboratoire avant le 30 avril
Contactez séparément Sanofi (Vaxigrip, Efluelda), Viatris (Influvac) et CSL Seqirus (Flucelvax, Fluad) pour confirmer ou augmenter votre précommande. Vérifiez les conditions commerciales de chaque laboratoire : certains autorisent uniquement une révision à la hausse après la date limite, pas à la baisse. Gardez une copie de chaque confirmation de commande. Anticipez également la question des vaccins périmés non repris en negociant dès maintenant les conditions de retour avec votre délégué commercial.
Action 3 : Surveiller la publication de l'avis HAS sur l'obligation vaccinale
L'avis de la HAS sur l'obligation vaccinale contre la grippe pour les professionnels de santé est attendu en avril 2026. S'il est favorable, un décret en Conseil d'État précisera les modalités, mais l'ONP a d'ores et déjà indiqué que cette obligation ne serait pas effective pour la campagne 2026-2027. Mettez en place une veille sur les publications de la HAS et de la DGS : tout changement de doctrine interviendrait après la date butoir du 30 avril et ne vous concernerait plus pour cette saison. L'indicateur à suivre : la date de publication du décret d'application, qui conditionnerait une éventuelle mise en oeuvre pour la campagne 2027-2028.