Depuis le 9 décembre 2025, le pharmacien d'officine peut substituer 10 groupes biologiques similaires sans en référer au prescripteur, un droit acquis molécule par molécule depuis 2022. Le cadre économique change aussi : la marge est désormais alignée sur celle du médicament de référence, et des remises commerciales plafonnées à 20 % du prix fabricant sont désormais inscrites dans la LFSS. Ce que les circulaires ne disent pas : l'ustékinumab (Stelara®, 212 millions d'euros de chiffre d'affaires HT en 2025) a déjà reçu l'avis favorable de l'ANSM le 4 février 2026, l'arrêté d'application peut tomber à tout moment.

De 2 à 10 molécules substituables en 36 mois : la chronologie qui explique tout

En 2022, seuls le filgrastim et le pegfilgrastim étaient substituables. Le ranibizumab (Lucentis®) les a rejoints en novembre 2024. Puis l'arrêté du 20 février 2025 a ouvert six groupes supplémentaires en une seule vague : adalimumab (Humira®), énoxaparine (Lovenox®), érythropoïétine (Eprex®), étanercept (Enbrel®), follitropine α (Gonal-F®) et tériparatide (Forstéo®). L'arrêté du 4 décembre 2025, publié au Journal officiel du 9 décembre (NOR : SFHS2533964A), a ajouté un dixième groupe : l'aflibercept (Eylea® 40 mg/ml), dont le seul biosimilaire commercialisé à ce jour est l'Afqlir® 40 mg/ml.

La mécanique légale repose sur l'article L. 5125-23-2 du Code de la santé publique. La substitution n'est permise qu'à l'intérieur d'un même groupe biologique similaire, à condition que le médecin n'ait pas exclu cette possibilité par une mention expresse et justifiée portée sur l'ordonnance. Ce verrou, la mention « non substituable », se resserre : depuis 2026, cette mention doit être médicalement justifiée pour être opposable au pharmacien. La simple habitude ne suffit plus.

Un délai légal a été réduit pour accélérer le rythme : depuis la LFSS 2025, un biosimilaire commercialisé depuis au moins un an (contre deux ans auparavant) peut être inscrit sur la liste substituable. L'Assurance Maladie anticipe 90 millions d'euros d'économies en 2025 grâce à ce seul dispositif. (CNAM, Ameli.fr, 2025)

Les 10 molécules : ce que vous pouvez substituer, ce que vous ne pouvez pas

La liste complète au 9 décembre 2025 comprend : filgrastim (Neupogen®), pegfilgrastim (Neulasta®), ranibizumab (Lucentis®), tériparatide (Forstéo®), étanercept (Enbrel®), adalimumab (Humira®), énoxaparine (Lovenox®), follitropine α (Gonal-F®), érythropoïétine (Eprex®) et aflibercept (Eylea® 40 mg/ml uniquement). Ce dernier groupe ne couvre pas le dosage 114,3 mg/ml, qui n'a pas de biosimilaire associé à ce jour.

Quatre molécules restent explicitement exclues par l'ANSM : insuline asparte, insuline glargine, insuline lispro, exclues en raison du risque d'erreurs graves classées « never events », et somatropine, dont l'exclusion date de 2022. (ANSM, 2022 ; Ameli.fr, 2025)

Des contraintes spécifiques s'appliquent à certains groupes. Pour l'adalimumab : interdiction de substituer par un biosimilaire d'un volume d'injection supérieur. Pour l'étanercept, l'énoxaparine et l'érythropoïétine : substitution à dosage identique en substance active uniquement. Pour six molécules (adalimumab, énoxaparine, érythropoïétine, étanercept, follitropine α, tériparatide) : le patient peut revenir à la spécialité initialement délivrée si nécessaire, sur demande de l'ANSM.

Impact économique : ce que ça change vraiment sur vos marges

Le mécanisme de base est simple. La marge réglementée est calculée sur le prix fabricant hors taxe (PFHT) du médicament de référence, quel que soit le produit effectivement délivré. En substituant, vous vendez moins cher mais vous conservez la même marge réglementée en valeur absolue. Ce n'est donc pas une perte de chiffre d'affaires, c'est une neutralité sur la marge réglementée. (USPO, 2025)

Le levier est ailleurs : les remises commerciales. Depuis la LFSS 2026, elles sont plafonnées à 20 % du prix fabricant pour les biosimilaires, un plafond désormais inscrit dans la loi, ce qui garantit une visibilité économique stable. La FSPF estimait qu'avec un taux de remise autour de 30 %, la marge globale du réseau officinal sur les biosimilaires substituables pourrait potentiellement atteindre 300 millions d'euros à haut niveau de pénétration. Avec le plafond à 20 %, les projections de la FSPF s'établissent autour de 150 millions d'euros par an pour le réseau. (Moniteur des Pharmacies, mars 2025 ; LFSS 2026)

Un risque existe : si les industriels alignent rapidement leur prix de référent sur celui du biosimilaire, le gain sur la remise est neutralisé. David Syr, directeur général de GERS-Data, le formule ainsi : en l'absence d'alignement des prix, le chiffre d'affaires n'augmente pas mais la marge officinale s'améliore sensiblement. Sur le ranibizumab (Lucentis®), par exemple, avec 10 % de pénétration actuelle la marge totale du réseau serait de 4 millions d'euros ; à 80 % de substitution, elle pourrait potentiellement atteindre 30 millions d'euros. (Moniteur des Pharmacies / GERS-Data, 2025)

Autre signal à surveiller : 83 % des patients accepteraient un biosimilaire si leur professionnel de santé le leur proposait (ONB, 2024). L'adhésion n'est pas l'obstacle principal, c'est le médecin spécialiste prescripteur qui peut faire ou défaire le taux de pénétration sur votre territoire.

Les 10 groupes biosimilaires substituables au 9 décembre 2025, référents, contraintes clés et horizon économique
Molécule Référent principal Date substituable Contrainte clé Signaux économiques
Filgrastim Neupogen® Avr. 2022 Traçabilité nom + lot Marché mature, pénétration établie
Pegfilgrastim Neulasta® Avr. 2022 Traçabilité nom + lot Marché mature, pénétration établie
Ranibizumab Lucentis® Nov. 2024 Traçabilité nom + lot Pénétration ~10 % en 2024 ; potentiel jusqu'à 30 M€ à 80 %
Adalimumab Humira® Fév. 2025 Même volume injection max ; même dosage Fort potentiel (9 biosimilaires disponibles)
Énoxaparine Lovenox® Fév. 2025 Même dosage substance active Haut taux de pénétration attendu (traitement non chronique)
Érythropoïétine Eprex® Fév. 2025 Même dosage substance active Marché hospitalier important
Étanercept Enbrel® Fév. 2025 Même dosage ; vigilance infections Anti-TNF chronique à fort potentiel
Follitropine α Gonal-F® Fév. 2025 Posologie exacte ; stylos multi/unidoses Population ciblée (stimulation ovarienne)
Tériparatide Forstéo® Fév. 2025 Apprentissage stylo ; droit au retour Ostéoporose sévère, traitement chronique
Aflibercept 40 mg/ml Eylea® 40 mg/ml Déc. 2025 Dosage 40 mg/ml uniquement Seul Afqlir® disponible ; marché en construction
Sources : Ameli.fr (pharmacien), Légifrance, Meddispar, ANSM, données au 9 décembre 2025

"La substitution des biosimilaires devient un sujet de survie économique pour certaines officines, pas un simple outil de régulation des dépenses."

Guillaume Racle, Élu au bureau national, Union des syndicats de pharmaciens d'officine (USPO), janvier 2026

Stock, traçabilité, patient : le protocole à appliquer en 3 minutes

La traçabilité est une obligation légale absolue pour tous les médicaments biologiques, référents comme biosimilaires. À chaque dispensation par substitution, vous devez enregistrer le nom du médicament effectivement délivré et son numéro de lot, via le dossier pharmaceutique ou tout autre moyen adapté. Vous devez également mentionner sur l'ordonnance le nom du médicament délivré, informer le prescripteur par tout moyen (messagerie sécurisée, mention ordonnance), et assurer la continuité de dispensation du même médicament lors des renouvellements. (Ameli.fr pharmacien, décret, arrêté du 4 décembre 2025)

La gestion de stock est le deuxième enjeu opérationnel. Les biosimilaires sont des médicaments biologiques soumis à la chaîne du froid (généralement entre +2 °C et +8 °C), avec des durées de stabilité à température ambiante variables selon les spécialités. La règle d'or : ne pas stocker l'ensemble des références du groupe, l'adalimumab compte à lui seul 9 présentations différentes commercialisées. Priorisez les 2 ou 3 biosimilaires avec lesquels vos prescripteurs spécialistes sont déjà à l'aise, avant d'élargir progressivement votre assortiment.

Pour le patient, trois points suffisent en moins de 3 minutes : (1) « Ce médicament contient la même substance active, à la même efficacité et sécurité, validées par l'EMA et l'ANSM après plus de 15 ans d'usage et 250 millions de patients traités en Europe. » (2) « Vous gardez le même produit à chaque renouvellement, si jamais vous souhaitez revenir à votre spécialité habituelle, dites-le-moi. » (3) Pour les injectables : démonstration avec le dispositif factice, à demander gratuitement aux laboratoires. Les laboratoires mettent à disposition des dispositifs d'administration factices pour le tériparatide, l'étanercept, l'adalimumab, l'énoxaparine, la follitropine α et l'érythropoïétine. (Omedit Nouvelle-Aquitaine, 2025)

Ce que vous devez faire, et dans quel ordre

Action 1 : Auditer vos ordonnances biosimilaires actuelles avant fin avril 2026

Identifiez dans votre LGO les patients sous l'une des 10 molécules substituables, recevant encore le bioréférent sans mention « non substituable » médicalement justifiée. Priorisez l'énoxaparine (traitement court, fort taux de pénétration attendu) et l'adalimumab (volume de marché élevé). Pour chaque patient, vérifiez l'absence de contre-indication spécifique (volume d'injection adalimumab, dosage étanercept). Cette cartographie prend une demi-journée pour une officine moyenne. Elle conditionne votre niveau de substitution, et donc vos remises négociables. Critère de succès : liste nominative constituée, annotée « substituable » ou « NS justifié ».

Action 2 : Mettre à jour vos stocks et négocier vos conditions avec vos grossistes

Commandez un stock raisonné de biosimilaires sur les 3 à 5 molécules à fort potentiel de substitution sur votre patientèle. Demandez les dispositifs d'injection factices aux laboratoires, c'est gratuit et c'est légalement attendu pour l'adalimumab, l'étanercept et le tériparatide. Négociez dès maintenant les conditions de remise avec votre grossiste-répartiteur ou en direct avec les laboratoires : le plafond légal est de 20 % du prix fabricant (LFSS 2026). PharmaPex peut vous aider à simuler l'impact de différents taux de remise sur votre marge brute selon votre mix de substitution actuel. Critère de succès : au moins 2 biosimilaires en stock actif par groupe substituable pertinent pour votre patientèle.

Action 3 : Surveiller le Journal officiel pour l'ustékinumab et le tocilizumab

L'ANSM a rendu un avis favorable à la substitution de l'ustékinumab (Stelara®) le 4 février 2026. L'arrêté d'application est paru le 10 avril 2026 (Journal officiel du 14 avril) : l'ustékinumab est substituable depuis lors, onzième groupe de la liste. Programmez une alerte sur Légifrance (flux RSS ou newsletter CNOP) pour le terme « ustékinumab » ou « groupe biologique similaire ». Faites de même pour le tocilizumab (Roactemra® : 75,9 millions d'euros de chiffre d'affaires HT en 2025) et le dénosumab (Prolia® : 63,6 millions d'euros de chiffre d'affaires HT en 2025, biosimilaires commercialisés depuis décembre 2025). Selon GERS-Data, 2026 ne marquera pas encore la bascule complète, la dynamique pleine se jouera plutôt à l'horizon 2028 avec les nouvelles initiations de traitement. Critère de surveillance : dès la parution de l'arrêté, appliquer le protocole Action 1 aux patients concernés dans les 72 heures.