Illustration de synthèse PharmaPex, sans lien avec une personne ou un établissement réel.

L’Assurance Maladie appellera 250 000 assurés à partir de début novembre pour les convaincre de se faire vacciner contre la grippe, en ciblant les 18-64 ans entrés récemment en affection de longue durée et les assurés de 65 ans invités pour la première fois. Ce dispositif n’est pas nouveau, il est reconduit pour la deuxième année consécutive, et il s’ajoute à deux vagues de relances par courriel ou SMS espacées de trois semaines. Si la saison suit la courbe de la précédente, ces primo-invités arriveront au comptoir pour l’essentiel quand le flux de vaccination commence à retomber : c’est une question d’organisation plus que de volume.

250 000 appels dès début novembre, pour la deuxième année consécutive

Le chiffre figure dans deux communiqués datés du 8 octobre 2026. Le premier, commun à la Direction générale de la santé, à l’Assurance Maladie, à Santé publique France et à l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé, l’ANSM, annonce que « des téléconseillers prévention en santé appelleront 250 000 assurés invités pour la première fois et en situation de fragilité, notamment des bénéficiaires de la Complémentaire santé solidaire ou des personnes sans médecin traitant » (communiqué conjoint du 8 octobre 2026). Il ne s’agit donc pas d’un plan gouvernemental, mais d’un rappel coordonné des moyens de prévention de l’hiver.

Le communiqué propre à l’Assurance Maladie, publié le même jour, est plus précis et corrige l’impression de nouveauté. La campagne d’appels personnalisés est renouvelée « dès début novembre » et vise « pour la deuxième année consécutive » 250 000 assurés, avec deux publics prioritaires : les 18-64 ans qui bénéficient récemment du dispositif d’affection de longue durée (ALD), et les assurés de 65 ans invités pour la première fois (Assurance Maladie, 8 octobre 2026). Pour l’officine, ce second texte compte davantage, car il dit quand ces patients risquent de pousser la porte.

Les relances numériques suivent un calendrier distinct. Un courriel annonçant l’ouverture de la campagne était prévu pour les assurés à risque le 13 octobre, puis l’Assurance Maladie enverra deux vagues de relances par courriel ou SMS « à trois semaines d’intervalle », réservées aux assurés pour lesquels aucun remboursement de vaccin n’a été enregistré. Les messages distinguent les adultes qui se font vacciner pour la première fois des autres, et des SMS supplémentaires partiront en cas de pic épidémique attesté par Santé publique France. Ces relances sont pilotées par l’Assurance Maladie, pas par le ministère, et une campagne télévisée et radio court du 17 octobre au 20 décembre 2026.

Le contexte explique l’effort. Près de 21 millions de personnes ont reçu en septembre une invitation accompagnée d’un bon de prise en charge à 100 %, et trois Français sur dix sont aujourd’hui concernés par la vaccination antigrippale. La saison 2025-2026 a compté 12 000 décès, après 17 000 la saison précédente, et près de 1 400 cas graves signalés en réanimation, dont 70 % de non-vaccinés parmi ceux dont le statut était connu (Santé publique France, bulletin du 15 avril 2026, cité par l’Assurance Maladie). La campagne court du 13 octobre 2026 au 31 janvier 2027 en métropole.

Les primo-invités arriveront quand le flux de vaccination retombe

La saison dernière, 74,5 % des actes de vaccination antigrippale réalisés en officine l’ont été dans les six premières semaines. C’est le calcul que permet le jeu de données publié par IQVIA sur data.gouv.fr, qui extrapole à l’ensemble du réseau un panel couvrant 60 % des officines : 8 018 556 actes de vaccination codés VGP entre le 14 octobre 2025 et le 25 février 2026, réalisés par 18 585 officines, soit 93 % de l’univers suivi (IQVIA, data.gouv.fr). À la même date de la saison précédente, le compteur affichait 6 627 516 actes et 17 950 officines.

La première semaine concentre à elle seule 15,6 % des actes de la saison. Le flux reste soutenu trois semaines, connaît un rebond la quatrième, sans que les données permettent d’en attribuer la cause, puis décroît nettement. Une officine vaccinatrice a réalisé en moyenne 67 actes la semaine d’ouverture, 43 par semaine du 11 au 24 novembre et 17 mi-décembre. En 2026, la campagne s’est ouverte le mardi 13 octobre : les appels de début novembre commenceront donc en troisième ou quatrième semaine de campagne, et les vaccinations qu’ils déclencheront tomberont pour l’essentiel à partir de la cinquième, celle où, la saison passée, le volume moyen par officine était inférieur de plus d’un tiers à celui de la semaine d’ouverture.

Rythme des vaccinations antigrippales en officine, saison 2025-2026
Semaine de campagnePériode en 2025Part des actes de la saisonCumulActes par officine vaccinatrice et par semaine, en moyenne
Semaine 114 au 20 octobre15,6 %15,6 %67,4
Semaine 221 au 27 octobre12,9 %28,6 %55,8
Semaine 328 octobre au 3 novembre12,2 %40,8 %52,6
Semaine 44 au 10 novembre13,8 %54,6 %59,6
Semaines 5 et 611 au 24 novembre20,0 %74,5 %43,1
Semaines 7 et 825 novembre au 8 décembre14,3 %88,8 %30,8
Semaines 9 et 109 au 22 décembre8,1 %96,9 %17,4
Semaines 11 à 2023 décembre au 25 février3,1 %100 %1,3
Calcul PharmaPex sur les actes VGP quotidiens extrapolés par IQVIA (panel IQVIA-Pharmastat, data.gouv.fr, mise à jour du 26 février 2026), rapportés aux 18 585 officines ayant vacciné. Moyennes nationales, non représentatives d’une officine donnée.

Rapportés au réseau, 250 000 assurés représentent 3,1 % des actes de la saison passée. Si tous se faisaient vacciner en officine, ce qui ne sera pas le cas puisque médecins, infirmiers et sages-femmes vaccinent aussi, cela ferait jusqu’à 13 à 14 personnes par officine vaccinatrice en moyenne, sur une saison qui en a compté 431 par officine. L’enjeu n’est pas le chiffre d’affaires : c’est un public qui découvre le geste, parfois sans médecin traitant, et qui demandera plus de temps d’explication que le patient de 75 ans vacciné chaque automne.

28,9 % de couverture chez les moins de 65 ans à risque, premier public des appels

La couverture vaccinale atteignait 49,6 % chez l’ensemble des personnes à risque à l’issue de la saison 2025-2026, 56,7 % chez les 65 ans et plus et seulement 28,9 % chez les moins de 65 ans à risque de grippe sévère (ameli.fr, espace pharmacien, 13 octobre 2026). La progression est réelle, respectivement 3,1, 3 et 3,6 points en un an selon le bilan de Santé publique France du 17 avril 2026 (Vidal, 21 avril 2026), mais l’objectif de 75 % fixé pour les populations à risque reste loin. Les 18-64 ans en ALD récente, premier public des appels, appartiennent précisément au groupe le moins couvert.

L’officine est déjà le premier lieu de vaccination. Près de 69 % des 12,3 millions de doses administrées entre octobre 2025 et début janvier 2026 l’ont été en officine, quatre points de plus en un an, selon GERS Data, filiale de données de santé du groupe Cegedim (Le Moniteur des pharmacies, 16 janvier 2026). Un assuré appelé par un téléconseiller a donc de bonnes chances de finir au comptoir, bon de prise en charge en main.

« Se faire vacciner contre la grippe lorsque l’on devient une personne à risque, c’est ajouter un nouveau rendez-vous de prévention à son agenda : une fois l’habitude adoptée, le geste devient simple. Cependant, la première fois peut sembler plus difficile, en particulier pour les personnes en situation de précarité. »

Assurance Maladie, communiqué de presse « Campagne de vaccination contre la grippe saisonnière à partir du 13 octobre », 8 octobre 2026

Ce que le primo-vacciné change au comptoir

Le bon de prise en charge envoyé par l’Assurance Maladie vaut prescription, quel que soit l’âge (pour les moins de 11 ans, seul un médecin ou une sage-femme complète la partie prescription), alors que tous les vaccins antigrippaux sont désormais soumis à prescription obligatoire. Leur inscription sur la liste I des substances vénéneuses, décidée par l’ANSM le 7 juillet 2026 et publiée le 9 juillet, est en vigueur depuis le 10 juillet, et l’agence précise que les modalités d’accès par bon de prise en charge restent inchangées pour la campagne saisonnière (ANSM, 9 juillet 2026). Cette mise à jour complète notre article sur la grippe sous ordonnance : la campagne s’est ouverte le 13 octobre et se terminera le 31 janvier 2027.

Trois situations reviennent avec les primo-invités. Le bon perdu ou jamais reçu se règle à l’officine, puisque le pharmacien peut éditer un bon vierge sur amelipro pour les personnes de 11 ans et plus, en version avec ou sans mention ALD. L’allergie à l’ovalbumine ou à une vaccination antérieure impose d’orienter vers le médecin, selon le mémo pharmacien 2026-2027. Enfin, le patient sans médecin traitant : le pharmacien qui vaccine inscrit l’acte dans le carnet et le dossier médical partagé, ou remet une attestation, et ne transmet au médecin traitant qu’avec le consentement de la personne (mémo pharmacien grippe 2026-2027, Assurance Maladie).

La facturation suit le code VGP, l’officine s’identifiant comme prescripteur et exécutant pour les plus de 11 ans, en tiers payant, l’acte étant pris en charge à 70 %. Le mémo 2026-2027 ne rappelle pas le montant de l’acte VGP. La grille publiée par l’Assurance Maladie vaut pour les autres vaccins, facturés en code RVA : 7,50 euros TTC pour un vaccin non soumis à prescription obligatoire ou prescrit par un autre professionnel, 9,60 euros TTC lorsque le pharmacien le prescrit lui-même, avec un coefficient de 1,05 outre-mer ; pour la grippe, la même page renvoie aux consignes propres à chaque campagne (ameli.fr) ; le détail acte par acte figure dans notre guide pour facturer chaque acte sans indu. En cas de vaccination grippe et Covid-19 le même jour, deux factures distinctes restent obligatoires.

La concurrence pour ces patients s’organise aussi. Depuis cette saison, médecins, sages-femmes et infirmiers libéraux ainsi que les centres de santé peuvent s’approvisionner en vaccins à l’officine, facturés directement au professionnel après décommissionnement, ce que nous avons détaillé dans notre analyse des vaccins grippe en cabinet médical. Un primo-invité qui n’a pas de médecin traitant a toutefois peu de chances de passer par un cabinet : l’officine reste son point d’entrée naturel.

Suivre la campagne sans jamais nommer un patient

L’officine ne reçoit pas la liste des 250 000 assurés appelés et n’a pas à la reconstituer. La relance individuelle est le rôle de l’Assurance Maladie ; l’historique de délivrance n’est pas un fichier de prospection, et le secret professionnel interdit d’en faire un. Le suivi utile tient en quelques compteurs agrégés, tenus chaque semaine sur une simple feuille, sans aucun nom ni donnée de santé individuelle.

Grille de suivi hebdomadaire agrégé, à tenir du 13 octobre 2026 au 31 janvier 2027
IndicateurComment le compterRepère disponibleSignal à surveiller
Actes VGP de la semaineTotal des actes codés VGP dans le logiciel de gestion officinal67 par officine en semaine 1, 43 en semaines 5 et 6 (moyennes nationales 2025-2026)Baisse plus rapide que la courbe nationale
Premières vaccinations déclaréesUn trait par patient qui dit se faire vacciner pour la première fois, sans nomAucun repère national publiéHausse à partir de début novembre, date des appels
Bons édités à l’officineNombre de bons vierges imprimés sur ameliproAucun repère national publiéBons perdus en série après une vague de relances
Orientations vers un médecinAllergie, moins de 11 ans, contre-indicationMémo pharmacien 2026-2027Orientation sans relais possible faute de médecin traitant
Créneaux non pourvusRendez-vous libres en fin de journée et le samediSamedi : 7,0 % des actes en 2025-2026Demande refusée faute de créneau
Méthode PharmaPex, à appliquer sur un tableur ou une feuille papier. Données agrégées uniquement ; les informations nominatives restent dans le dossier du patient. Repères : IQVIA, data.gouv.fr ; Assurance Maladie, mémo pharmacien 2026-2027.

Ce que vous devez faire, et dans quel ordre

Action 1 : ouvrir des créneaux dédiés à partir du lundi 2 novembre

Les appels commencent début novembre ; les deux vagues de relances numériques, qui suivent le courriel du 13 octobre, sont espacées de trois semaines, sans date publiée. Réservez chaque semaine, jusqu’à mi-décembre, quelques créneaux de fin de journée et du samedi, avec un adjoint ou un préparateur formé : le préparateur en pharmacie peut vacciner sous le contrôle du pharmacien, sous condition de formation. Calibrez sur l’ordre de grandeur national, jusqu’à 13 à 14 primo-invités par officine sur la saison si tous venaient à l’officine, et sur votre propre courbe d’octobre.

Action 2 : écrire le parcours de la première fois cette semaine

Un primo-vacciné pose des questions que le patient habitué ne pose plus. Préparez une réponse de deux minutes sur le délai de deux semaines avant protection optimale, rappelé par la médecin-conseil nationale de l’Assurance Maladie, la conduite en cas d’infection en cours, les contre-indications qui imposent d’orienter, la réédition du bon et la remise de l’attestation quand il n’y a pas de médecin traitant. Vérifiez votre stock d’Efluelda et de Fluad, recommandés préférentiellement aux 65 ans et plus : les assurés de 65 ans invités pour la première fois en font partie.

Action 3 : tenir la grille agrégée chaque lundi jusqu’au 31 janvier

Relevez les cinq compteurs du tableau ci-dessus chaque lundi matin et comparez vos actes VGP à la courbe nationale de la saison passée. Une hausse des premières vaccinations après le 2 novembre indique que les appels et les relances se traduisent au comptoir ; une demande refusée faute de créneau indique où réallouer le temps de l’équipe. L’indicateur à suivre jusqu’à la fin de la campagne est la part des premières vaccinations dans vos actes de la semaine.