1 407 transactions enregistrées sur le marché officinal en 2025, soit −2,5 % par rapport à 2024, après une chute de 10 % l'année précédente. Le revenu médian des titulaires en SEL recule à 60 400 €, et les défaillances progressent à 144 procédures collectives, soit 7,2 pour 1 000 officines. L'étude annuelle d'Interfimo, présentée le 2 avril 2026, ne dit pas que le secteur va mal : elle dit que deux marchés coexistent désormais, et que l'un d'eux est sous pression structurelle.
1 407 transactions en 2025 : le marché ralentit, mais ne s'effondre pas
1 407 opérations recensées sur le marché de la transaction officinale en 2025, contre 1 442 en 2024, une baisse de 2,5 % (Interfimo, 2 avril 2026). Après la chute brutale de 10 % enregistrée en 2024, ce ralentissement modéré constitue davantage une stabilisation qu'un nouvel effondrement. Le signal le plus significatif est ailleurs : les cessions de fonds de commerce progressent de +9,5 % et représentent désormais 57 % des transactions, une position dominante retrouvée. Le mécanisme est limpide : l'annonce de la fin prochaine du dispositif fiscal d'amortissement du fonds a précipité les cédants qui voulaient en profiter. Ce n'est pas un rebond de confiance. C'est une opportunité fiscale qui s'évapore et qui a accéléré des décisions déjà latentes.
Pour un cédant qui valorise son officine aujourd'hui, ce signal est double. D'un côté, le volume reste soutenu : 1 407 acheteurs potentiels actifs, c'est un marché liquide. De l'autre, la compression des prix se poursuit. L'indicateur de référence bascule progressivement du chiffre d'affaires vers l'EBE et la marge brute, ce qui pénalise directement les officines structurellement peu rentables, quelle que soit leur taille de CA.
60 400 € de revenu médian : le titulaire SEL à l'étiage de 2019
60 400 € : c'est la rémunération médiane nette perçue en 2024 par les titulaires d'officine exerçant en SEL, soit une baisse de 400 € par rapport aux 60 800 € de 2023 (Interfimo, étude présentée le 2 avril 2026). Ce chiffre n'est pas anecdotique. Il ramène la profession au niveau de 2019, avant la crise sanitaire, sans tenir compte de l'inflation accumulée depuis. En pouvoir d'achat réel, la perte est structurelle.
La dispersion, toutefois, est ce qui mérite attention. Pour 60 % des titulaires, la rémunération se situe entre 42 000 € et 95 000 € (Interfimo, 2025). Mais un titulaire d'officine réalisant moins de 1 M€ de CA ne perçoit en moyenne que 28 100 €, à peine le niveau d'un adjoint à temps plein. À l'opposé, les officines de 2,5 M€ à 4 M€ de CA permettent une rémunération moyenne de 72 100 € (CGP/Extencia, statistiques sectorielles 2025). Ce n'est pas un seul métier : c'est deux trajectoires économiques qui divergent année après année.
Pour un titulaire qui arbitre aujourd'hui entre investissement et distribution de revenu, ce contexte est décisif. Se sous-rémunérer pour préserver la trésorerie de l'officine, c'est la réponse de court terme que beaucoup ont adoptée. Mais cette stratégie a une limite : elle masque une dégradation de la valeur d'entreprise que l'EBE retraité finira par révéler au moment de la cession.
144 défaillances en 2025 : le plancher d'avant-Covid est franchi
144 ouvertures de procédures collectives ont touché le milieu officinal en 2025, contre 140 en 2024, soit 7,2 procédures pour 1 000 officines, contre 6,9 en 2024 (Interfimo, 2 avril 2026). Ce taux dépasse désormais le niveau pré-Covid, qui était de 5,1 pour 1 000 en 2023. Le détail des procédures 2025 est révélateur : 17 sauvegardes, 52 redressements judiciaires et 75 liquidations (Le Moniteur des pharmacies, avril 2026).
La comparaison avec le reste de l'économie nuance l'alarme, mais ne la dissipe pas. En 2025, la France a enregistré 69 957 défaillances d'entreprises tous secteurs confondus, un nouveau record depuis 2009 (Altares, 2026). Le taux de défaillance pour les entreprises de 10 à 49 salariés atteint 23 pour 1 000, soit plus de trois fois le taux officinal. La pharmacie résiste. Mais cette résistance n'est pas homogène : les petites officines à faible marge, les structures fortement endettées et les officines de centre-ville supportant des loyers élevés concentrent l'essentiel des sinistres.
Ce que ça change pour la valorisation : le chiffre d'affaires ne suffit plus
Le marché 2025 confirme une rupture méthodologique amorcée en 2023 : valoriser une officine en pourcentage du chiffre d'affaires est devenu quasi inexploitable lorsque le CA intègre des médicaments chers à marge de l'ordre de 3 % (Interfimo, 2025). Deux officines à 2 M€ de CA, mais l'une avec une marge à 29 % (580 K€) et l'autre à 25 % (500 K€), ne valent pas la même chose. L'EBE et la marge brute s'imposent comme les indicateurs de référence.
Pour les officines de plus de 1,2 M€ de CA, le prix moyen de cession en 2024 s'établissait à 7,2 fois l'EBE retraité, en hausse apparente, mais en réalité reflet de la dégradation de la rentabilité : l'EBE baissant, le multiple augmente mécaniquement pour aboutir au même prix en valeur absolue (Interfimo, étude 2025 sur données 2024). En multiple de marge, le signal est plus lisible : 2,66 fois pour les grandes officines (contre 2,75 en 2023) et 1,78 fois pour les petites (contre 1,87). La trajectoire est baissière sur les deux segments.
| Indicateur | Officines > 1,2 M€ CA (2024) | Officines < 1,2 M€ CA (2024) |
|---|---|---|
| Prix moyen en % du CA | 76 % (vs 84 % en 2023) | 54 % (vs 59 % en 2023) |
| Multiple EBE retraité | 7,2× (vs 6,4× en 2023) | 5,1× |
| Multiple de marge brute | 2,66× (vs 2,75× en 2023) | 1,78× (vs 1,87× en 2023) |
| Taux d'EBE / CA | 8,6 %, niveau historiquement bas | |
| Rémunération médiane titulaire SEL | 60 400 € (−400 € vs 2023) | |
| Sources : Interfimo, étude annuelle « Prix de cession des pharmacies en 2025 », présentée le 2 avril 2026 ; CGP/Extencia, statistiques sectorielles 2025. | ||
"Il est grand temps de sauter le pas, la répartition des produits chers dans le CA étant de plus en plus inégale d'une pharmacie à l'autre."
Pour un repreneur qui négocie son financement, ce changement de référentiel est concret. Les banques et les organismes de cautionnement raisonnent désormais en capacité de remboursement réelle, c'est-à-dire en EBE. Si le prix d'acquisition est trop élevé par rapport à l'EBE généré, le dossier sera refusé ou renégocié. Un multiple de 7,2× l'EBE, sur une officine dont l'EBE représente 8,6 % du CA, laisse peu de marge pour rembourser l'emprunt et se rémunérer. L'équation doit être posée avant de signer le compromis, pas après.
Ce que vous devez faire, et dans quel ordre
Action 1 : Refaire votre valorisation avec les bons indicateurs (avant fin juin 2026)
Si votre projet de cession ou d'acquisition repose encore sur un prix exprimé en pourcentage du chiffre d'affaires, ce référentiel est obsolète dans les officines intégrant des médicaments chers. Demandez à votre expert-comptable ou à un conseil spécialisé une valorisation en triple entrée : % du CA retraité des produits chers + multiple d'EBE + multiple de marge brute. Une officine à 2 M€ de CA avec 25 % de marge ne vaut pas la même chose qu'une à 2 M€ de CA avec 29 % de marge. L'écart peut atteindre potentiellement plusieurs dizaines de milliers d'euros sur le prix final. PharmaPex peut vous orienter vers les bons interlocuteurs pour ce diagnostic.
Action 2 : Auditer votre EBE avant de décider d'investir ou de vous distribuer
Le taux d'EBE moyen du secteur est à 8,6 % du CA, niveau historiquement bas selon Interfimo (2025). Si votre EBE est en dessous de ce seuil, toute décision d'investissement doit être précédée d'une analyse de la capacité de remboursement. Si vous envisagez une augmentation de rémunération, vérifiez d'abord que l'EBE retraité ne plonge pas sous le seuil bancaire de finançabilité de votre officine. Le revenu médian de 60 400 € signifie que la moitié des titulaires gagne moins : ne prenez pas cette médiane comme plancher sans analyser votre propre situation.
Action 3 : Surveiller mensuellement deux indicateurs d'alerte précoce
Les défaillances ne surviennent pas du jour au lendemain. 144 procédures collectives en 2025 ont précédé des signaux ignorés. Suivez chaque mois : (1) l'évolution de votre taux de marge brute par rapport au mois N-12, toute érosion de plus de 1 point mérite une analyse des causes ; (2) votre solde de trésorerie disponible après remboursement des emprunts et avant rémunération. Si ce solde devient régulièrement négatif, anticipez une restructuration bancaire avant que les banques ne vous la proposent.