Illustration de synthèse PharmaPex, sans lien avec une personne ou un établissement réel.

Le 15 octobre 2026, la FSPF a rencontré la CNAM pour lancer les travaux préparatoires à la réforme de la rémunération officinale, le futur avenant n° 4 à la convention pharmaceutique. Le compte rendu publié ne fait état d’aucun chiffre, d’aucun scénario ni d’aucune date de signature : la négociation proprement dite est annoncée pour novembre. D’ici là, une question décide de la façon dont chaque titulaire abordera la réforme : en 2025, chaque euro de chiffre d’affaires supplémentaire n’a rapporté en moyenne qu’environ 14 centimes de marge brute, contre 27,57 centimes pour l’euro moyen.

Le 15 octobre, la CNAM et la FSPF ont ouvert le chantier de l’avenant n° 4

La Fédération des syndicats pharmaceutiques de France (FSPF) a publié le 16 octobre 2026 un court compte rendu : elle « avait rendez-vous hier avec la CNAM pour le lancement des travaux préparatoires à la réforme de notre rémunération ». Le texte renvoie à une vidéo de Julien Chauvin, président de sa commission Études et stratégie économiques, et ne détaille ni les thèmes abordés ni le prochain rendez-vous. C’est une étape de méthode, pas un accord tarifaire.

Ce chantier n’est pas séparé des négociations conventionnelles : il en est le second étage. Le 22 septembre 2026, lors de la première séance ouverte par la CNAM, la FSPF rapportait que la convention serait d’abord complétée par un avenant n° 3 (OSyS, prise de la tension artérielle, entretiens pour le diabète de type 2), puis par un avenant n° 4 consacré au modèle économique (communiqué FSPF, 22 septembre 2026). Selon Le Moniteur des pharmacies, la CNAM a proposé d’ouvrir l’avenant n° 3 dans la première quinzaine d’octobre et l’avenant n° 4 dans la première quinzaine de novembre, avec ensuite une réunion mensuelle.

Le directeur général de la CNAM, Thomas Fatôme, a résumé l’ambition le même jour : « nous nous engageons dans une réforme du modèle de rémunération de l’officine complexe » (Le Quotidien du pharmacien, 22 septembre 2026). Aucune date de fin n’est fixée. L’Union des syndicats de pharmaciens d’officine (USPO) demande que l’avenant n° 4 soit conclu au plus tard à la mi-2027 ; elle n’avait publié sur son site, au 19 octobre 2026, aucun compte rendu de son côté sur des travaux tenus le 15 octobre.

« Mais surtout la CNAM a confirmé le lancement des travaux préparatoires à un avenant qu’elle a annoncé comme étant un avenant n° 4 et qui portera l’indispensable réforme de notre modèle économique. »

Fédération des syndicats pharmaceutiques de France, communiqué « Lancement des négociations de l’avenant n° 3 », 22 septembre 2026

La lettre de cadrage vise les volumes et les prix, pas un barème déjà écrit

Le mandat est posé depuis le 4 septembre 2026. Dans sa lettre de cadrage, la ministre chargée de la Santé demande à l’Assurance Maladie une rémunération marquée par une « moindre dépendance aux volumes de boîtes délivrées et aux prix des médicaments » (Vidal, 17 septembre 2026). La lettre renvoie aux analyses du rapport IGAS-IGF, mais elle ne fixe ni enveloppe ni barème.

Ce rapport, daté de janvier 2026 et mis en ligne le 7 mai 2026, chiffre la dépendance actuelle. Fin 2024, les honoraires représentaient 48 % de la rémunération du pharmacien sur les médicaments remboursés et la marge dégressive 19 %. Mais en ajoutant les honoraires à la boîte (2,6 milliards d’euros en 2024), les remises et la marge réglementée, « la part de la rémunération indexée sur le volume de boîtes reste à 71 % en 2024 » (rapport IGAS-IGF). Sa proposition n° 4 demande une négociation pour « décorréler totalement » la rémunération des prix et des volumes ; il cite, à titre d’exemple, une tarification à l’ordonnance dégressive selon le volume d’ordonnances traitées. C’est une piste d’inspection, pas une position de la CNAM.

Les syndicats préviennent que la bascule fera des écarts. « Les pouvoirs publics ont parfaitement conscience qu’une évolution du mode de rémunération fera apparaître des gagnants et des perdants », déclarait en juin Philippe Besset, alors président de la FSPF (Le Moniteur des pharmacies, 22 juin 2026) ; Fabrice Camaioni, président par intérim depuis le 1er septembre, a été élu pour lui succéder le 25 septembre 2026. L’USPO indiquait alors avoir alerté les pouvoirs publics sur « la problématique spécifique des médicaments coûteux ». Qui gagne et qui perd dépendra de la structure de chaque officine, et c’est elle qu’il faut connaître avant novembre.

Une boîte à 1 000 euros fait cent fois le chiffre d’affaires d’une boîte à 10 euros, pas cent fois la marge

La marge réglementée de l’officine est fixée par l’annexe I-2 de l’arrêté du 4 août 1987, en vigueur depuis le 1er janvier 2020 : 10 % du prix fabricant hors taxes jusqu’à 1,91 euro, 7 % de 1,92 à 22,90 euros, 5,5 % de 22,91 à 150 euros, 5 % de 150,01 à 1 930 euros, et 0 % au-delà (Légifrance, relu le 20 octobre 2026). Le barème est cumulatif par tranche. À 1 930 euros, la marge plafonne donc à 97,65 euros par boîte, quel que soit le prix. S’y ajoute un honoraire de dispensation de 1 euro HT par conditionnement mensuel (ameli.fr), identique pour une boîte de paracétamol et pour une biothérapie.

Ce que rapporte une boîte selon son prix fabricant, barème en vigueur au 20 octobre 2026
Prix fabricant HTMarge dégressive officineAvec honoraire de 1 € HTPrix public HT estiméPart de la rémunération dans le prix public HT
10 €0,76 €1,76 €12,45 €14,1 %
100 €5,90 €6,90 €113,83 €6,1 %
1 000 €51,15 €52,15 €1 084,65 €4,8 %
3 000 €97,65 €98,65 €3 131,15 €3,2 %
Calcul PharmaPex. Marge officine : arrêté du 4 août 1987, annexe I-2. Marge du grossiste-répartiteur incluse dans le prix public : 6,93 % jusqu’à 468,97 €, plancher 0,30 €, plafond 32,50 € (annexe I-1). Honoraire de conditionnement mensuel : ameli.fr. Hors TVA, hors honoraires à l’ordonnance, hors remises.

Le calcul répond à la question de la veille. Cent boîtes à 10 euros et une boîte à 1 000 euros représentent le même prix fabricant, soit 1 000 euros. Les cent boîtes rapportent 175,73 euros (75,73 euros de marge et 100 euros d’honoraires), la boîte unique 52,15 euros, soit 3,4 fois moins. Une officine qui gagne du chiffre d’affaires par les médicaments chers gagne donc surtout du chiffre d’affaires.

Prenons une hypothèse, avec la moyenne du panel du Conseil de gestion pharmacie (CGP) : 2 656 100 euros de chiffre d’affaires et 732 400 euros de marge brute en 2025. Si cette officine délivre 100 boîtes de plus à 1 000 euros dans l’année, son chiffre d’affaires HT progresse de 108 465 euros, soit +4,1 %, et sa marge de 5 215 euros, soit +0,7 %. Les remises, le stock et le crédit fournisseur ne sont pas comptés. C’est un scénario modélisé, pas une moyenne observée.

Les chiffres du réseau montrent déjà l’écart entre chiffre d’affaires et résultat

Le décalage n’est pas théorique. Sur 1 905 officines aux exercices clos en 2025, le CGP mesure un chiffre d’affaires moyen de 2 656 100 euros, en hausse de 5,62 %, mais un taux de marge brute tombé de 28,34 % à 27,57 % (CGP, chiffres clés 2026). La marge brute en valeur n’a progressé que de 2,77 %, soit 19 800 euros, et l’excédent brut d’exploitation (EBE) de 3,39 %, à 267 100 euros. Interfimo mesure sur son propre échantillon une marge brute en hausse d’environ 2,9 % et un EBE en hausse de 3,5 %.

La cause principale est connue. Les médicaments chers, définis par le CGP comme ceux dont le prix fabricant dépasse 150 euros, représentent 44,24 % des ventes de médicaments remboursables, et leurs ventes ont progressé de 15,59 % en un an (CGP, chiffres clés 2026 ; Le Moniteur des pharmacies, 16 mars 2026). Au-delà de 1 930 euros, là où le taux de marge de la tranche est nul, les achats des officines sont passés de 2 933 millions d’euros en 2020 à 6 323 millions en 2025, soit 2,2 fois plus, et progressent encore de 10 % sur les huit premiers mois de 2026 (GERS Data, atelier du 9 septembre 2026). Ces produits pèsent 28 % du chiffre d’affaires HT des médicaments remboursables à prescription obligatoire pour 0,1 % des volumes. Les deux seuils mesurent deux réalités différentes : 44,24 % et 28 % ne s’additionnent pas et ne se comparent pas.

À l’inverse, les honoraires de dispensation stagnent : 157 400 euros en moyenne, 5,93 % du chiffre d’affaires, en recul de 0,07 % (CGP). Selon Bastien Legrand, président du réseau CGP, sur les 20 000 euros de marge gagnés en 2025, 11 000 euros viennent de la revalorisation de l’honoraire et des nouvelles missions : 5 000 euros pour les honoraires à l’ordonnance revalorisés par l’avenant n° 1, 6 000 euros pour les missions, dont environ 1 000 euros de rémunération sur objectifs de santé publique, selon Revue Pharma en avril 2026. Les fortes disparités entre officines rappellent que ces moyennes ne disent rien de la vôtre. C’est exactement ce que la réforme va rebattre : la part de votre marge qui dépend de la boîte, et celle qui dépend de l’acte.

Pour suivre les étapes précédentes, l’article de juin sur l’avenant structurel de 2027 retrace l’origine du chantier, et notre lecture du rapport IGAS-IGF sur les remises génériques détaille l’exposition aux remises. Les missions en discussion dans l’avenant n° 3 sont présentées dans notre article du 28 septembre.

Ce que vous devez faire, et dans quel ordre

Action 1 : sortir trois chiffres de vos comptes avant la mi-novembre

La négociation de l’avenant n° 4 doit s’ouvrir dans la première quinzaine de novembre, selon le calendrier proposé par la CNAM. Votre syndicat départemental et votre expert-comptable auront besoin de faits, pas d’impressions. Trois chiffres suffisent pour situer votre officine, et votre logiciel de gestion d’officine ainsi que votre bilan permettent de les produire.

Grille de lecture à remplir avec vos exports et votre dernier bilan
IndicateurComment le calculerRepère disponible
Part des médicaments chersChiffre d’affaires des remboursables au prix fabricant supérieur à 150 €, divisé par le chiffre d’affaires total des remboursables44,24 % (panel CGP 2025)
Part au-delà de 1 930 €Même calcul avec le seuil de 1 930 €, où la marge par boîte ne progresse plus28 % du CA HT des remboursables à prescription obligatoire (GERS, 2026)
Taux de marge marginalHausse de la marge brute divisée par la hausse du chiffre d’affaires entre vos deux derniers exercicesEnviron 14 % en 2025 (calcul sur le panel CGP)
Part de la marge liée à la boîteMarge dégressive, honoraires au conditionnement et remises, rapportés à la marge brute totale71 % de la rémunération sur le remboursé indexée sur la boîte (IGAS-IGF, 2024)
Repères nationaux : CGP, chiffres clés 2026 ; GERS Data, 9 septembre 2026 ; rapport IGAS-IGF de janvier 2026, publié le 7 mai 2026. Les périmètres diffèrent : comparer chaque indicateur à son seul repère.

Action 2 : faire relire ces chiffres d’ici la fin novembre

Un taux de marge marginal inférieur à la moitié de votre taux moyen signale une croissance portée par les produits chers. Une part de marge liée à la boîte supérieure à 70 % signale une exposition forte à toute réforme qui déplacerait la rémunération vers l’ordonnance ou l’acte. Ces deux lectures ne disent pas si vous serez gagnant ou perdant, puisqu’aucun scénario n’est écrit, mais elles disent où regarder. Si vous voulez que ces chiffres soient établis sur vos données réelles, le diagnostic de rentabilité PharmaPex (290 euros HT) les calcule à partir de vos exports et les restitue en 30 minutes, avec deux pistes d’action ; votre expert-comptable garde son rôle.

Action 3 : suivre un indicateur par trimestre jusqu’à la signature

Suivez chaque trimestre la part de votre marge brute qui vient des honoraires et des missions, et comparez-la aux comptes rendus de séance de la FSPF et de l’USPO. Tant qu’aucun texte n’est publié, aucune projection de gain ou de perte n’a de valeur. Le prochain fait à guetter est la date de la première séance de l’avenant n° 4, puis la première simulation présentée par la CNAM.