Illustration de synthèse PharmaPex, sans lien avec une personne ou un établissement réel.

Le 8 octobre 2026, le collège de la Haute Autorité de santé (HAS) a rendu un avis favorable, sous réserve de plus de quarante demandes de modification, sur les supports du futur accompagnement des patients diabétiques de type 2 en officine. Ces supports, un guide pour le pharmacien et une fiche de suivi, seront annexés à un avenant à la convention pharmaceutique dont la signature est prévue courant 2026, pour une mise en place au cours de 2027. Ce que l’avis change surtout, c’est la densité de chaque rendez-vous : le projet laissait choisir deux thèmes sur sept, la HAS demande de les traiter tous dans les trois entretiens prévus, alors qu’aucun tarif n’est encore écrit.

Un avis favorable, mais conditionné à plus de quarante corrections

L’avis n° 2026.0061/AC/SBP a été adopté par le collège de la HAS en séance du 8 octobre 2026 et mis en ligne le 13 octobre. Il répond à une saisine de la Caisse nationale de l’Assurance Maladie (CNAM) datée du 12 août 2026, signée par la médecin-conseil nationale. L’article L. 161-39 du Code de la sécurité sociale impose à la HAS de rendre son avis dans un délai de deux mois, faute de quoi il est réputé favorable : le calendrier a donc été tenu (HAS, argumentaire de l’avis, octobre 2026). Pour vous, cela signifie que la pièce technique de la future mission est désormais publique, et qu’elle peut être lue avant la signature du texte conventionnel.

La conclusion est sans ambiguïté sur le principe et exigeante sur le contenu. L’avis se termine ainsi : « l’avis de la HAS est favorable sous réserve de la prise en compte de l’ensemble des propositions ci-dessus ». Notre décompte des considérants de l’avis aboutit à 43 demandes, dont deux formulées à l’identique, soit 42 demandes distinctes, réparties entre remarques générales, format du guide, chapitres thématiques et fiche de suivi. Certaines sont lexicales, d’autres modifient le périmètre même de l’entretien.

Les supports ont été élaborés par l’Assurance Maladie et les syndicats représentatifs des pharmaciens titulaires d’officine, à partir des fiches repères du programme Sophia et des recommandations de la HAS, dont le guide parcours de soins du patient adulte vivant avec un diabète de type 2 publié en juin 2025 (HAS, argumentaire). Cinq organismes ont été sollicités, trois ont répondu : le Conseil national de l’Ordre des pharmaciens, la Fédération française des diabétiques et le Conseil national professionnel de pharmacie. Le Collège de la médecine générale et le Conseil national professionnel d’endocrinologie, diabétologie et nutrition n’ont pas transmis d’avis, un détail qui compte pour la future coordination avec les prescripteurs.

Trois entretiens, sept thèmes : la HAS réécrit la séquence

Le projet transmis par la CNAM prévoit trois entretiens : un entretien initial d’évaluation, puis deux entretiens thématiques choisis parmi sept thèmes, à savoir compréhension de la pathologie, traitements, observance, suivi du diabète, complications, règles hygiéno-diététiques et activité physique (guide d’accompagnement en annexe 2 de l’argumentaire HAS). La logique était celle d’un accompagnement ciblé sur les besoins repérés au premier rendez-vous. La HAS la renverse.

« prévoir de traiter l’ensemble des thématiques proposées au cours des entretiens prévus au vu des besoins en accompagnement des patients, alors que le guide prévoit de choisir seulement deux thématiques parmi les sept proposées »

Collège de la Haute Autorité de santé, avis relatif au guide d’accompagnement pharmaceutique des patients diabétiques de type 2, 8 octobre 2026

La HAS propose une répartition précise. Un premier entretien serait consacré à la compréhension de la pathologie, de ses complications et à la vérification du suivi médical ; un deuxième à la compréhension du traitement et à l’adhésion ; un troisième aux mesures de prévention, vaccination, actions hygiéno-diététiques et activité physique comprises. Le nombre de rendez-vous ne bouge pas, mais chacun porte plus de matière. C’est la donnée qui pèsera le plus sur votre organisation.

L’avis relève aussi une contradiction interne au projet. La saisine destine l’accompagnement aux adultes atteints d’un diabète de type 2 et traités de manière chronique, depuis plus de six mois, alors que le guide indique que le dispositif s’adresse « aussi bien aux patients en initiation de traitement qu’aux patients déjà sous traitement ». La HAS demande de clarifier la population éligible. Tant que ce point n’est pas tranché dans le texte final, toute estimation de votre patientèle concernée reste provisoire.

Autosurveillance, capteurs, injections, détresse psychologique : le contenu s’épaissit

Le premier bloc d’ajouts touche la technique. La HAS demande un paragraphe sur l’autosurveillance glycémique par lecteur de glycémie capillaire et par système de mesure du glucose interstitiel, et détaille le rôle attendu du pharmacien : évaluer la bonne réalisation de l’automesure, vérifier que le patient connaît la zone cible et la fréquence recommandée des autocontrôles, s’assurer qu’il sait interpréter ses valeurs et réagir à une hypoglycémie ou à une hyperglycémie, rappeler la gestion des déchets (avis HAS du 8 octobre 2026). Le guide devra aussi compléter son paragraphe sur les techniques d’injection de l’insuline, y ajouter les modalités d’injection des analogues du GLP-1 et préciser les conditions de conservation de ces traitements avant et après ouverture, y compris par forte chaleur.

Le deuxième bloc touche la santé mentale. La HAS souhaite un dépistage systématique de toute répercussion émotionnelle, anxiété ou dépression, à l’aide d’outils validés d’auto-évaluation : le questionnaire PHQ-9, l’échelle Diabetes Distress Scale 17 et le questionnaire SCOFF. Elle demande de rappeler les possibilités d’orientation, notamment vers le dispositif Mon soutien psy. Elle ajoute la dimension sociale et professionnelle, précarité comprise, et l’orientation vers les associations de patients.

Le troisième bloc trace des limites. La HAS demande de « mieux identifier les actions qui relèvent du champ strict des compétences du pharmacien », en citant la recherche d’affections cutanées et celle du syndrome d’apnée du sommeil comme relevant d’autres professionnels. Elle demande aussi de préciser comment l’accompagnement complète l’éducation thérapeutique du patient, qui suppose des équipes spécifiquement formées. L’entretien officinal n’est ni une consultation, ni un programme d’éducation thérapeutique : le prescripteur reste maître de la stratégie thérapeutique.

Enfin, le vocabulaire change. « Adhésion au traitement » remplace « observance », « patient » remplace « malade », et l’évaluation de la fiche de suivi passe de « acquis, partiellement acquis, non acquis » à « acquis, à maintenir, à soutenir ». La HAS demande également de scinder le guide en deux documents, l’un théorique pour le pharmacien, l’autre servant de trame d’entretien. Pour l’équipe, cela veut dire une formation à reprendre sur la version finale, pas sur le projet.

Accompagnement diabète de type 2 : projet transmis à la HAS et demandes de l’avis du 8 octobre 2026
PointProjet de guide (août 2026)Demande de la HAS
Séquence1 entretien initial et 2 entretiens thématiques3 entretiens conservés
Thèmes couverts2 thèmes choisis parmi 7Les 7 thèmes répartis sur les 3 entretiens
PopulationInitiation et patients déjà traitésÀ clarifier : la saisine vise plus de six mois de traitement
GlycémieAutosurveillance évoquéeParagraphe dédié, capteurs de glucose interstitiel inclus
Santé mentaleBrièvement abordéeDépistage systématique, PHQ-9, DDS17, SCOFF
FormatUn guide uniqueDeux documents : théorie et trame d’entretien
Sources : HAS, avis n° 2026.0061 du 8 octobre 2026 et argumentaire, annexe 2 (guide transmis par la CNAM), mis en ligne le 13 octobre 2026.

Aucun tarif écrit : ce que paient aujourd’hui les accompagnements existants

La rémunération du futur entretien relève de la négociation conventionnelle, pas de la HAS. L’avenant n° 2 a été signé le 7 avril 2026 par l’Union nationale des caisses d’assurance maladie, dite Uncam, la FSPF, l’USPO et l’Union nationale des organismes complémentaires d’assurance maladie, dite Unocam, puis publié au Journal officiel du 21 mai 2026. Selon l’Ordre national des pharmaciens, il engage les partenaires à ouvrir des négociations en 2026, avec « un renforcement de l’offre d’entretiens pharmaceutiques au profit des personnes diabétiques de type 2 ». Nous avons détaillé ce texte dans notre analyse de l’avenant n° 2 signé le 7 avril.

La première séance de négociation s’est tenue le 22 septembre 2026. La FSPF y situe trois sujets pour l’avenant n° 3 : OSyS, la prise de la tension artérielle et les entretiens pour le diabète de type 2 (FSPF, 22 septembre 2026). Selon Le Moniteur des pharmacies, l’ouverture de l’avenant n° 3 était prévue dans la première quinzaine d’octobre et sa conclusion avant la fin de l’année n’est pas assurée, l’avenant n° 4 sur le modèle de rémunération devant s’ouvrir en novembre. Nous avons montré que la lettre de cadrage ne comporte aucun montant : c’est toujours le cas à la date du 20 octobre 2026.

Les seuls repères chiffrés disponibles sont donc ceux des accompagnements déjà conventionnés. Ils sont rémunérés à chaque étape, par code acte, selon les consignes de facturation de l’Assurance Maladie mises à jour le 8 janvier 2025 ; ces montants figurent à l’annexe I de la convention depuis l’avenant n° 1. Ces montants ne préjugent en rien du tarif qui sera négocié pour le diabète.

Repères : rémunération actuelle des accompagnements pharmaceutiques, métropole
AccompagnementCodeÉtapes de la 1re annéeTotal 1re annéeAnnées suivantes
Anticoagulants oraux (AVK, AOD) et asthmeASI puis ASS15 €, 15 €, 20 €50 €30 € (10 € et 20 €)
Anticancéreux oraux au long coursAC1 puis AC315 €, 15 €, 30 €60 €30 €
Autres anticancéreux oraux (ATC L01 et L02)AC2 puis AC415 €, 15 €, 50 €80 €30 €
Bilan partagé de médicationBMI puis BMS15 €, 15 €, 15 €, 20 €65 €30 €
Diabète de type 2 (futur)Non créé3 entretiens prévusNon fixéNon fixé
Sources : ameli.fr, synthèse des consignes et aide à la facturation, mise à jour du 8 janvier 2025 ; arrêté du 5 juillet 2024 portant approbation de l’avenant n° 1, annexe I. Coefficient de 1,05 dans les départements et régions d’outre-mer.

Un point de règle mérite l’attention avant tout calcul : une seule pharmacie peut accompagner un patient, et c’est celle qui a débuté la séquence qui perçoit la rémunération (Assurance Maladie, consignes de facturation). Pour une mission qui concernera une patientèle chronique fidèle, la question de l’inscription précoce des patients se posera dès l’ouverture.

Combien de temps par patient : le calcul à faire avant de connaître le tarif

Ni la convention, ni les consignes de l’Assurance Maladie, ni l’avis de la HAS ne fixent de durée pour un entretien. Toute durée ci-dessous est donc une hypothèse de travail, pas une donnée. La méthode consiste à rapporter le tarif d’un accompagnement existant au temps réellement passé, préparation et traçabilité comprises, pour savoir à partir de quel tarif la future mission couvre votre coût horaire.

Hypothèses : temps d’une 1re année d’accompagnement en 3 entretiens et rémunération horaire implicite au tarif AVK actuel (50 €)
Hypothèse de temps total par entretienTemps par patient, 1re annéeRémunération horaire implicite au tarif AVKTemps pour 20 patients accompagnés
20 minutes1 h50 € par heure20 h
30 minutes1 h 3033,33 € par heure30 h
45 minutes2 h 1522,22 € par heure45 h
Calcul PharmaPex : 50 € divisé par le temps par patient. Durées hypothétiques, à remplacer par vos mesures. Le tarif du futur entretien diabète n’est pas connu au 20 octobre 2026.

Le gisement théorique est large. Le guide transmis par la CNAM fait état de plus de 4,5 millions de personnes diabétiques en 2023, dont 4,2 millions atteintes d’un diabète de type 2, soit 93 % ; Santé publique France compte de son côté plus de 3,8 millions de personnes traitées par médicament pour un diabète en 2023, soit 5,6 % de la population (Santé publique France, 14 novembre 2024). L’écart tient probablement aux périmètres, personnes traitées par médicament d’un côté, prévalence repérée de l’autre. Rapportés aux 19 990 officines recensées au 1er janvier 2026 par l’Ordre, ces chiffres donnent potentiellement entre 190 et 210 patients diabétiques par officine en moyenne, avant application du critère de six mois de traitement et des préférences des patients.

La réalité de terrain est plus étroite. Selon GERS Data, 46 % des pharmacies de son panel avaient réalisé au moins un entretien pharmaceutique ou un accompagnement entre janvier et juillet 2026, avec une médiane d’un acte par mois (atelier GERS du 9 septembre 2026). Les missions rapportent pourtant : la revalorisation de l’honoraire et les nouvelles missions expliquent en moyenne 11 000 euros de marge supplémentaire par pharmacie en 2025 dans le panel de 1 905 officines du CGP, avec de fortes disparités, comme nous l’avons analysé dans notre article sur les missions et honoraires de 2025. Le diabète sera une mission de volume ; sa rentabilité dépendra du temps que votre équipe saura y consacrer sans dégrader le comptoir.

Ce que vous devez faire, et dans quel ordre

Action 1 : Compter vos patients potentiellement éligibles d’ici fin novembre

Extrayez de votre logiciel de gestion officinale (LGO) les patients adultes ayant reçu un antidiabétique de façon régulière depuis plus de six mois, en distinguant ceux qui utilisent un lecteur de glycémie ou un capteur de glucose et ceux sous traitement injectable. Ce sont ces profils que la HAS veut voir mieux accompagnés. Gardez ce chiffre comme une fourchette : la population éligible sera fixée par le texte final, pas par le projet.

Action 2 : Chronométrer dix entretiens existants avant la signature de l’avenant

Mesurez le temps effectivement passé, préparation et saisie comprises, de vos dix prochains accompagnements AVK, AOD, asthme ou bilans partagés de médication. Rapportez chaque séquence à son tarif conventionnel, selon la méthode du tableau ci-dessus : vous obtiendrez votre propre coût horaire de mission, celui qui permettra de juger le tarif diabète dès sa publication. Si vous voulez situer ce temps de mission dans l’économie globale de votre officine, le diagnostic de rentabilité PharmaPex, réalisé sur vos données réelles pour 290 € HT, se conclut par une restitution orale de 30 minutes et deux pistes d’action.

Action 3 : Surveiller trois signaux jusqu’en 2027

Suivez la signature de l’avenant n° 3 et sa publication au Journal officiel, la version finale du guide et de la fiche de suivi sur ameli.fr, qui devra intégrer ou écarter les demandes de la HAS, et le tarif par entretien. Votre indicateur à suivre : le nombre de patients diabétiques de type 2 que vous pourriez inscrire, multiplié par le temps mesuré à l’action 2, comparé aux heures de pharmacien réellement disponibles hors comptoir. Pour mesurer ce que rapportent déjà les missions ouvertes, notre bilan OSyS neuf mois après donne un point de comparaison.