Illustration de synthèse PharmaPex, sans lien avec une personne ou un établissement réel.

Le 15 décembre 2026, Zoladex 3,6 mg et Zoladex 10,8 mg sortiront de la liste des médicaments remboursables et de la liste des collectivités, à la demande d’AstraZeneca, alors que la Haute Autorité de santé leur reconnaît toujours un service médical rendu important. Le médicament ne disparaît pas : il garde son autorisation de mise sur le marché, mais il ne sera plus remboursé en ville, plus accessible à l’hôpital, et son prix deviendra libre. Pour un patient traité par l’implant trimestriel, la prochaine injection tombera déjà hors remboursement dès lors que la dernière a eu lieu le 15 septembre ou après.

Deux implants radiés au 15 décembre, à la demande du laboratoire

Deux arrêtés du 30 juin 2026, publiés au Journal officiel n° 153 du 2 juillet 2026, radient les deux présentations de Zoladex, l’implant d’acétate de goséréline en seringue préremplie (CIP 34009 329 326 7 2 pour le 3,6 mg, 34009 339 638 1 1 pour le 10,8 mg). Le premier, texte n° 21 (NOR SFHS2613020A), les retire de la liste des médicaments agréés à l’usage des collectivités prévue à l’article L. 5123-2 du code de la santé publique. Le second, texte n° 22 (NOR SFHS2613021A), les retire de la liste des spécialités remboursables de l’article L. 162-17 du code de la sécurité sociale (Légifrance, texte 21 et texte 22). Leur article 2 fixe la date d’effet : la radiation « sera en vigueur à compter du 15 décembre 2026 ». Le texte 22 conserve pourtant, à son article 1er, la mention type d’une prise d’effet « le 4me jour suivant la date de publication », reprise dans l’annexe des deux arrêtés ; le ministère, l’Ordre national des pharmaciens et Vidal retiennent tous le 15 décembre 2026, date fixée par l’article 2. Jusqu’au 14 décembre inclus, Zoladex reste remboursé à 100 % et agréé aux collectivités.

La demande vient d’AstraZeneca, titulaire de l’autorisation. La Commission de la transparence l’a examinée le 4 février 2026, sous l’intitulé « Demande de radiation » et avec cette précision : il s’agit d’une radiation « pour commercialisation en non remboursable ». Aucune donnée clinique nouvelle n’a été fournie, et la Commission a maintenu ses conclusions de 2016, qui accordaient à Zoladex un service médical rendu important (HAS, avis du 4 février 2026). Autrement dit, ni l’efficacité ni la sécurité du produit ne sont en cause.

Le signal récent date du 14 octobre 2026. Ce jour-là, l’Ordre national des pharmaciens (ONP) a relayé un message d’information de santé publique du ministère chargé de la Santé, le MISP n° 2026_10. La Direction générale de la santé (DGS) y appelle « l’ensemble des professionnels concernés à anticiper cette échéance » (ONP, 14 octobre 2026). Il reste donc 56 jours, à la date du 20 octobre 2026, avant la première délivrance non remboursable.

Une radiation commerciale, ni retrait d’AMM ni rupture de stock

Trois mécanismes différents se superposent, et les confondre fausse le conseil au comptoir. Le déremboursement retire la prise en charge par l’Assurance Maladie en ville. Le retrait de l’agrément aux collectivités ferme l’achat et l’usage par les établissements de santé, d’où la formule du ministère : les deux spécialités « ne seront plus accessibles en établissements de santé ». L’autorisation de mise sur le marché, elle, reste valide : la base de données publique des médicaments indique toujours, à sa mise à jour du 29 septembre 2026, un statut d’autorisation « valide » pour les deux dosages (base de données publique des médicaments).

Zoladex : ce qui change au 15 décembre 2026, et ce qui ne change pas
MécanismeJusqu’au 14 décembre 2026À partir du 15 décembre 2026
Liste des spécialités remboursables (article L. 162-17 du code de la sécurité sociale)Inscrit, remboursé à 100 %Radié, aucune prise en charge en ville
Liste des collectivités (article L. 5123-2 du code de la santé publique)AgrééRadié, plus accessible en établissement de santé
Autorisation de mise sur le marchéValideValide, aucune décision de retrait
Prix3,6 mg : 86,03 € hors honoraire ; 10,8 mg : 256,66 € hors honorairePrix libre, non fixé par le CEPS
Prescription et délivranceListe I, sur ordonnanceListe I, sur ordonnance, à la charge du patient
Sources : arrêtés du 30 juin 2026 (JO du 2 juillet 2026, textes 21 et 22) ; base de données publique des médicaments, mise à jour du 29 septembre 2026 ; MISP n° 2026_10 relayé par l’ONP le 14 octobre 2026.

La raison invoquée est économique. Selon APMnews du 2 juillet 2026, cité par Vidal, AstraZeneca estime que « dans un marché français qui ne s’adapte pas assez pour rester compétitif et attractif, le prix actuel de Zoladex ne permet plus d’assurer sa mise à disposition pérenne dans le cadre du remboursement » (Vidal, 16 juillet 2026). Une fois radié, le produit échappe à la fixation de prix par le Comité économique des produits de santé (CEPS). Sud Radio l’a résumé le 1er octobre : « Le prix va être libre » (Sud Radio, 1er octobre 2026). Le mouvement n’est pas propre à la France : en Australie, AstraZeneca retire l’implant mensuel de 3,6 mg du régime de prise en charge national à compter du 1er novembre 2026 (Breast Cancer Network Australia, 23 juillet 2026).

Prostate et sein métastatique : qui est concerné, et quelles options la HAS recense

Les indications sont celles de l’autorisation française. Les deux dosages traitent le cancer de la prostate métastasé et, en adjuvant de la radiothérapie externe, le cancer de la prostate localement avancé. Le seul dosage de 3,6 mg traite en outre le cancer du sein métastatique hormonodépendant de la femme préménopausée, lorsqu’une suppression de la fonction ovarienne est nécessaire ; l’avis précise qu’il n’est « en aucune façon le traitement adjuvant du cancer du sein non métastasé » (HAS, 4 février 2026). L’endométriose, parfois citée dans les commentaires et dans des publications étrangères, ne figure pas parmi les indications françaises visées par l’avis.

Aucune source officielle consultée ne publie le nombre de patients traités en France. Le seul ordre de grandeur disponible est financier : selon Que Choisir, les remboursements de Zoladex ont représenté 6,7 millions d’euros pour l’Assurance Maladie en 2025 (Que Choisir, 16 octobre 2026). Ce chiffre n’a pas pu être recoupé sur une base publique de l’Assurance Maladie, et il ne permet pas de déduire un nombre de patients, faute de connaître la répartition entre les deux dosages.

Le ministère affirme que l’arrêt de prise en charge « a été autorisé par les autorités sanitaires après vérification de l’existence et de la disponibilité d’alternatives thérapeutiques » et cite, « selon l’indication », la triptoréline et la leuproréline (ONP, 14 octobre 2026). L’annexe de l’avis de la HAS dresse la liste des comparateurs restant remboursables. Elle est reproduite ci-dessous à titre d’information, sans valeur de recommandation : le choix d’un relais relève du seul prescripteur, au vu de l’indication et de la situation clinique de chaque patient.

Comparateurs restant remboursables recensés par la HAS (avis du 4 février 2026)
Indication de ZoladexMême classe (agonistes de la GnRH)Autres traitements à même visée
Cancer de la prostate localement avancé ou métastatique (3,6 mg et 10,8 mg)Leuproréline : Eligard, Enantone LP, Leptoprol, Zeulide, Leuproréline Zentiva ; triptoréline : Gonapeptyl, Décapeptyl LPRélugolix (Orgovyx), dégarélix (Firmagon)
Cancer du sein métastatique hormonodépendant de la femme préménopausée (3,6 mg seulement)Leuproréline : Enantone LP 3,75 mg, Zeulide 3,75 mgAucun listé
Source : HAS, Commission de la transparence, avis du 4 février 2026, annexe, tableaux 1 et 2. Liste informative, ne vaut ni recommandation ni équivalence.

Deux nuances comptent au comptoir. La première : Zoladex n’appartient à aucun groupe générique, et ces molécules ne sont pas des substitutions au sens du répertoire, contrairement aux groupes biosimilaires que l’officine peut désormais substituer (notre dossier sur les 13 groupes biosimilaires). Le pharmacien ne peut donc pas remplacer Zoladex de sa propre initiative ; le message ministériel parle de « modalités de substitution » évaluées « par le médecin prescripteur », au sens d’un changement de prescription. La seconde : l’offre de relais est plus étroite pour le cancer du sein, avec deux spécialités de même classe recensées contre sept pour la prostate. C’est sur ce point que le président de l’Union des syndicats de pharmaciens d’officine, Pierre-Olivier Variot, a exprimé son inquiétude au micro de Sud Radio : « Pour le cancer de la prostate, il y aurait des alternatives, mais pour le cancer du sein, c’est une autre histoire » (Sud Radio, 1er octobre 2026).

Pour un patient qui poursuivrait Zoladex à ses frais, le coût dépendra du prix fixé après le 15 décembre, inconnu à ce jour. Au prix actuel, la dépense annuelle atteindrait potentiellement 1 132 € pour le 3,6 mg (13 implants par an, 365 jours divisés par 28, à 87,05 € honoraire compris) et 1 031 € pour le 10,8 mg (4 implants par an, un tous les trois mois, à 257,68 € honoraire compris). Ces montants ne sont que des repères au prix actuel : le prix devenant libre, le coût réel pourra être différent (base de données publique des médicaments, 10,8 mg).

« Afin d’assurer la continuité de prise en charge thérapeutique des patients, les prescripteurs, pharmaciens hospitaliers et pharmaciens d’officine sont invités à se coordonner afin d’anticiper les conséquences de cette radiation sur les modalités de prise en charge et d’approvisionnement. »

Ministère chargé de la Santé, message d’information de santé publique n° 2026_10, relayé par l’Ordre national des pharmaciens le 14 octobre 2026

Interpellée, la ministre de la Santé, Stéphanie Rist, a rappelé l’existence d’« alternatives thérapeutiques remboursées », selon Que Choisir (16 octobre 2026). Sur la conduite à tenir, le message ministériel l’écrit en toutes lettres : « aucune modification ni interruption de traitement ne doit intervenir sans évaluation médicale préalable ». Pour l’officine, la difficulté est surtout organisationnelle, dans un contexte où la gestion des tensions et des changements de traitement absorbe déjà un temps non rémunéré (voir notre analyse sur le temps perdu en pénuries).

Ce que vous devez faire, et dans quel ordre

Action 1 : repérer les patients cette semaine

Interrogez l’historique de délivrance du logiciel de gestion d’officine sur les deux codes CIP, 34009 329 326 7 2 et 34009 339 638 1 1. Une fenêtre de neuf mois couvre les deux rythmes : elle capte les patients sous 10,8 mg, délivré tous les trois mois, et ceux sous 3,6 mg, délivré tous les 28 jours. Pour chaque patient, notez la date de la dernière délivrance, le dosage, l’indication si elle est connue et le prescripteur. Classez ensuite par date de prochaine échéance : en priorité les échéances tombant à partir du 15 décembre, puis celles du mois de novembre, qui laissent encore une délivrance remboursée. C’est la date de délivrance qui est facturée à l’Assurance Maladie, et toute délivrance à partir du 15 décembre ne sera plus prise en charge.

Action 2 : prévenir le prescripteur et informer le patient avant fin novembre

Le message ministériel demande une coordination entre prescripteurs, pharmaciens hospitaliers et pharmaciens d’officine. Concrètement, un message au prescripteur, urologue, oncologue ou médecin traitant, signale le patient concerné et la date de sa prochaine échéance, sans proposer de molécule : la décision de poursuivre Zoladex à la charge du patient ou d’organiser un relais lui appartient. Au comptoir, l’information du patient tient en trois points vérifiables : le traitement n’est pas retiré du marché, il ne sera plus remboursé à partir du 15 décembre, et rien ne doit être arrêté ni changé sans avis médical. Pour les patientes traitées pour un cancer du sein, l’enjeu est plus sensible, puisque deux spécialités seulement sont recensées par la HAS dans cette indication. Les repères de coordination avec les équipes de cancérologie développés dans notre article sur la demande d’Unicancer s’appliquent ici.

Action 3 : ajuster les commandes et suivre chaque échéance jusqu’au 14 décembre

Calez les commandes de Zoladex sur les seules délivrances prévues avant le 15 décembre, à l’unité, pour éviter de détenir après cette date un stock acheté au prix réglementé et devenu non remboursable. Les conditions de reprise des invendus ne sont fixées par aucun texte consulté : elles relèvent du grossiste-répartiteur ou du laboratoire, et il vaut mieux les demander par écrit dès maintenant. Si un prescripteur organise un relais, anticipez la commande de la spécialité retenue, certaines n’étant pas en stock permanent. L’indicateur à suivre chaque semaine jusqu’au 14 décembre est simple : le nombre de patients repérés dont la prochaine échéance tombe après la date butoir et pour lesquels aucune décision du prescripteur n’est encore connue. Il doit être à zéro avant le 15 décembre.